À peine apparu, il est déjà temps de disparaître. Tu vois? Ce matin, j'ai remarqué qu'il me manquait une partie du visage. Je n'en ai pas été ému beaucoup. Il faut dire que je m'y attendais quand même un peu. Comme si c'était programmé. (Mais oui, c'est certain, c'est programmé.) Je savais. Il n'y a même que ça que je sais : Tout ce qui apparaît est destiné à disparaître. Et donc moi aussi, qui suis apparu, je vais disparaître. Ça commence par des petites choses. Dans la nuit, vous perdez quelques dents. Le matin, il vous manque aussi un œil et vous remarquez même que toute une partie de votre visage s'est effacée et votre petit doigt vous dit alors que ça ne va pas s'arrêter là, que cette espèce de gangrène va continuer de s'étendre et même jusqu'à complète dissolution du sujet. Le sujet, c'est à dire moi. En attendant, je suis encore un peu là. Mais à peine. Si peu. De moins en moins on dirait. J'ai pu à une époque me révolter, refuser cette inéluctable perte, gesticulant et bataillant pour rattraper au vol tous mes morceaux, pour me les recoller dessus, devenant bientôt ce grotesque patchwork de souvenirs, d'émotions perdues, d'images recomposées, de personnages eux-mêmes gauchis... Mais rien n'est vrai... Rien non plus n'est faux... Jusqu'au jour où une certaine lassitude vous prend et vous cessez de courir après vos morceaux qui s'en vont... Qu'ils s'en aillent... Que tout disparaisse... Que moi-même je disparaisse... Quelle importance... Je n'ai pas le souci de l'héritage, de ce que je laisserai de moi... Ou plutôt je ne l'ai plus... Car j'ai dû l'avoir, à une époque, organisant mentalement mon œuvre forcément posthume, n'y voyant bientôt qu'un immense et illisible foutoir... Il aurait fallu que je reprenne tout, que je corrige tout, et pendant ce temps le foutoir grossissait... grossissait... de plus en plus indigeste, ingérable, décourageant... Il n'y a rien à sauver...
Affichage des articles dont le libellé est miroir. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est miroir. Afficher tous les articles
mardi 6 janvier 2015
dimanche 4 janvier 2015
Ma tronche. Il n'y en a que pour ma tronche. Car il n'y a que ça qui m'intéresse vraiment : apparaître. (Je privilégie la pénombre et le noir et blanc, qui estompent les outrages du temps.) Je pose. Je prends un air inspiré, un peu sombre, dédaigneux, façon poète qui aurait cartographié l'Enfer, tirant sur mon Kraken, en face de ma webcam. Parce que je n'ai pas d'autre image. Je suis même en panne d'images. L'air pensif. Émergeant de mes vapeurs. Mais ce n'est qu'une pose. Je suis vide, seulement absorbé à poser et produire mes vapeurs, montrer ce que je veux bien montrer, même si je ne veux rien montrer de particulier. (Mais mon œil me trahit...) Le nombre de fois dans la journée où je m'arrête devant un miroir... Et dans la rue, à inspecter à la moindre surface réfléchissante du coin de l'œil mon profil, ou voir comment est mon cul... (C'est dans la vitrine d'une boutique d'antiquités, rue Auguste Comte, que je me mire le plus souvent le cul.) Mes trajets sont jalonnés de miroirs... Voilà, ma tronche, aujourd'hui... Mais le pire, c'est les dents... Le nombre de fois dans la journée où je me regarde les dents... Si j'étais vraiment honnête et voulais vraiment donner une image honnête de moi, je montrerais mes dents... Mes pauvres dents... À chaque instant, je suis conscient de mes dents, de ma lente et pénible décrépitude... J'envie ces squelettes qu'on retrouve des siècles voire des millénaires plus tard équipés de toutes leurs dents... Je donne peut-être parfois l'air de penser de nobles pensées, quand en fait je ne pense qu'à mes dents... Et à ma tronche, qui est tout autour de mes dents... Et à ma ligne aussi, comment je me tiens, ma démarche aussi, comment je me meus, ma façon de bondir sur un trottoir ou par dessus une flaque, défiant la gravité d'effleurer le bitume, cet entrechat gracieux, soudain, pour éviter une crotte de chien... Mais surtout mes dents... Rien n'est plus intime, secret, inavouable, terrible, que mes dents... Mon œil ne reflète pas l'état de mon âme, mais celui de mes dents... Dans un rêve, il y a quelques nuits, j'en perdais au moins trois, voire cinq, que je tenais fataliste dans le creux de ma main après les avoir mâchées très longtemps...
jeudi 14 novembre 2013
Mais où l'avais-je déjà vue, cette sacrément jolie nénette? Je débarque un soir à Toulouse chez mon copain A, avec tout mon barda d'aïkidoka d'occasion qui vient de se prendre une raclée par des cadors et même par des vieux arthrosés et même par des filles énervées, dans un stage international, encore tout transpireux, crevant de chaud, fumant comme le trotteur après la course sur la piste gelée, les pieds et les coudes en sang, mais bien, épuisé, vidé, bon à foutre à la poubelle, tout vilain mais tellement tranquille, au fond, vaincu, ruiné à tout point de vue mais heureux, humilié même en public par le Grand Chef en personne, Sensei, mon Maître, car à mon âge je ne sais même pas encore m'habiller et il m'a appris, le Grand Chef, Sensei, mon Maître international, dans le vestiaire, après m'avoir vertement et publiquement rabroué — quel exemple abominable j'étais pour la jeunesse... — à nouer ma jupette, à moi, la tache, la honte, l'indécrottable, le tout mal fagoté, le vite cramoisi, suant et même saignant, le fumeur ceinture noire, à la pause, aux doigts tout jaunes comme Gabin, la tumeur de l'aïkido international, mais badin, ne craignant plus ni Dieu ni Maître fussent-il internationaux et c'est là que je la vois : une grande fille, brune, élégante, ligne parfaite, comme rayonnant un charme, bien plus vivante que le commun, réduisant même instantanément tous les humains autour à zombies, comme une fleur qui ferait se faner alentour d'un coup toutes les autres, dans la rue, en bas de chez mon copain A, poussant la porte du 24, en compagnie d'un grand type maigre et d'une petite fille, sa petite fille, une jeune maman donc. Je leur dis bonsoir, en bas, dans le hall, car je suis poli et aussi parce que, du coin de l'œil, je la trouve quand même assez jolie, intéressante, intrigante, je ne sais pas quoi, trouve alors un peu dommage, presque même un peu déchirant, de m'éloigner déjà, si vite, à peine aperçue, d'une si rayonnante créature. Ils sont lents, piétinants, comme indécis... Un couple, souvent, c'est lent, quand l'individu lui est vif comme le vent... Je monte alors lestement, en tête, les marches jusqu'à chez A. Je suis tellement content de le revoir. Plus de deux ans qu'on ne s'étaient pas vus... Lui a l'air un peu moins enthousiaste. Il semble un peu fatigué, il faut dire, le boulot, la vie de famille, deux morveux un peu terribles, et puis l'âge, on se fait vieux, mine de rien — et de plus en plus cons, il me dit et je suis bien d'accord avec lui et alors, philosophes, vieux copains enfin retrouvés, on rigole... Il se sent alors peut-être un peu envahi... Surtout que les autres aussi débarquent, juste derrière moi, la jolie brune, le grand type maigre, la petite fille... Ses amis, je me dis... La fille, réservée, se tient debout dans la cuisine, tandis que le grand type maigre, un peu artiste, visiblement, parle de choses culturelles, d'un spectacle épatant qu'il a vu, un type à poil qui s'était peint tout en rouge — pour cacher sa confusion? ai-je demandé... Une belle fille, vraiment, racée, délicate à la fois, je la regarde, je ne peux pas m'empêcher de la regarder, ses yeux, ses mains, ses épaules, ses hanches, la chair que je pressens, chaude, qui palpite... j'aimerais tant voir ses pieds, sans même parler du reste... Au bout d'un moment, je lui demande si on ne s'est pas déjà rencontrés, un vieux truc de dragueur pas fin, sauf que c'est vrai, que j'ai vraiment le sentiment de l'avoir déjà rencontrée et même de la connaître... Ils ne sont là que pour récupérer pour la soirée un des deux gamins de mon copain A, qui d'ailleurs n'a jamais vu la fille avant, ne connaît que le grand type maigre. Mais elle accepte, finalement, comme sur un coup de tête, de boire un verre de vin au salon... Je la regarde... Sans m'en rendre compte, sans même le vouloir, par peut-être une sorte d'instinct de mâle dominant, je ne rate pas une occasion de ridiculiser ou d'amoindrir, l'air de rien, le grand type maigre qui l'accompagne et qui ne me regarde jamais dans les yeux... Elle me regarde, elle aussi, je la sens parfois un peu troublée... À un moment, elle avoue qu'elle aussi m'a déjà vu quelque part, elle croit bien, oui oui, c'est étrange, ça la travaille elle aussi... Mais où?... On cherche... Où on a vécu, de quand à quand... (On me dira plus tard qu'elle a rougi plusieurs fois...) Elle me captive... C'est bon... C'est tellement rare, pour moi, d'être captivé comme ça... Le grand type maigre, on me dira plus tard, est un grand séducteur, un tombeur, colle même les photos de ses conquêtes dans un album comme le botaniste les belles plantes dans son herbier... Moi pas, pas pour un sou grand séducteur ni botaniste... Mais je suis quelques fois, très rarement, captivé et j'en prends parfois alors pour dix... vingt... trente ans à me décaptiver tout en n'y parvenant jamais complètement, pour dire je pense encore à une fille en CM2 avec qui j'avais fait touche pipi sous le préau vers les cabinets et ça me trouble toujours autant, me demandant encore lequel des deux avait pris les devants et je crois bien que c'était elle, qui avait la première descendu ma culotte et touché mon petit robinet, je me souviens encore de son regard à ce moment, debout, sous le préau, vers les cabinets, on s'était un peu frottés en respirant vite, les jambes un peu en coton, un peu aussi fait pipi sur les doigts, et si son père, le directeur de l'école, de son bureau, là-haut, derrière le carreau, nous avait observés, parce que je m'étais senti observé et qu'il m'avait regardé de travers, les jours suivants, son père, le directeur de l'école... Les pères, il faut dire, ne m'ont jamais tellement apprécié... Et après, elles m'abandonnent, c'est comme ça, n'ont plus même un regard, soit que je suis trop vicieux, je me dis, soit que je ne le suis pas suffisamment... Et puis un type sans avenir, aussi, peut-être même surtout, et donc sans lendemains... Ou bien c'est à cause des pères, peut-être, qui sont toujours là d'une façon ou d'une autre dans un coin à lorgner... Mais quelle fille... Ce n'est pas seulement qu'elle est jolie, élancée, gracieuse, c'est qu'elle est intense, que j'ai l'impression de la voir tout entière, de la sentir tout entière et qu'elle n'est là alors que pour moi... Je finis même par oublier complètement le grand type maigre... Il n'existe plus... Il n'y a que la grande fille brune... Elle a un joli grain de beauté... Des yeux scintillants avec une âme dedans, c'est tellement rare... Je la regarde... Elle me regarde... Il n'y a plus que nous... Dans un rêve, peut-être, je me dis... Puis ils s'en vont... Je l'embrasse, sur les joues, lentement, posant doucement mes mains sur ses épaules, on se sourit, suis sur le point de lui dire ce que m'avait dit jadis une autre créature de rêve : Au revoir?... Ou adieu?... Mais m'abstiens... Ne pas rejouer à perpétuité la même pièce désastreuse quand même... Plus tard, me brossant les dents dans la salle de bain avec mon copain A, j'aperçois ma face dans le miroir, que j'avais oubliée : une gueule de vieux... Ah... si j'avais seulement dix ans de moins... et quelques illusions encore... Mais j'y ai pensé toute la semaine, à la jolie nénette, en pointillés, c'est déjà ça, je me suis senti renaître, un moment, vivre, capable soudain de franchir de nouveau déserts et océans d'un bond... Mais où l'avais-je donc déjà vue?... Mystère... Je lui ai dit qu'un jour je lui ferais peut-être savoir, si ça me revenait... Comme elle sentait bon... Dans un rêve, je me dis, peut-être... Ou dans une autre vie... Tout ça est bien étrange..
jeudi 31 octobre 2013
Il faudrait que je m'organise. J'ai tout mon temps, mais je ne trouve le temps de rien faire. Même lire : en un mois, je n'ai lu que 10 pages. (Dans les hauteurs, de Thomas Bernhard. Son chien pue. Mais la puanteur de son chien lui est indispensable. Va-t-il tuer son chien?...) Piètre lecteur. Piètre n'importe quoi. Bien court? m'a demandé la coiffeuse. Bien court, ai-je confirmé. Je suis ressorti avec cette gueule de militaire. Je ferais mieux de m'acheter une tondeuse. Imbécilement je me dis que la dixième coupe sera gratuite. Bien court, pour que ça dure plus longtemps. Une gueule de pauvre. Au dessus d'un évier de pauvre. (Ça y est, je suis pauvre, officiellement. Je me rends compte que c'est mieux que de craindre d'être pauvre. On y pense moins, quand on l'est, on s'habitue. Il y a même des avantages : on ne pense plus à consommer, mais à survivre, le mieux qu'on peut. Et puis il y a pauvre et pauvre...) Je blanchis. Mais surtout à droite. À gauche, pas trop, je suis encore un peu jeune, à gauche. Mais à droite, on dirait qu'on m'a décoloré. Je me regarde trop dans le miroir au dessus de l'évier peut-être et la lumière m'use alors surtout à droite. Ma gueule. Il n'y a que ma gueule, finalement, qui m'intéresse. Depuis deux ans je me croyais condamné, à cause du sang, du mauvais sang, celui de mon père, celui de mes ancêtres, le mien aussi, un mauvais sang. Les médecins vous mettent des idées dans la tête. Vous n'allez pas bien. Même si vous ne la savez pas. Même si vous ne le sentez pas. Le sang le dit. J'avais fini par renoncer à aller mieux, constatant que tout ce que j'avais fait pour aller mieux, toutes mes bonnes intentions, ne m'avaient entraîné que vers le pire. M'étais même remis à manger du saucisson. Quitte à dépérir, autant le faire avec goût. Résultat : mon sang est redevenu très bien. Un cœur de sportif, on me dit même. 56 battements par minutes. Quelle plaisanterie. Parce que je m'appauvris, je me dis, globalement je mange moins. Je perds mon gras. Un kilo par an en moins. Bientôt je retrouverai mon poids de 30 ans, puis celui de 20, puis celui de 10... Mais comme les journées passent vite. Je n'ai rien le temps de faire. Aujourd'hui, j'ai couru après mes maigres sous, puis la paperasse, j'ai recousu deux boutons de ma veste en cuir, sans me piquer les doigts, j'ai lu deux pages d'un livre. Et le soir déjà tombe. Je me dis qu'il serait temps de m'organiser. J'ai tout mon temps. Il me faudrait découper mon temps. Commencer dès le petit déjeuner par une heure ou deux de musique, histoire de se vider, même si on est déjà vide, surtout si on est déjà vide. Une heure ou deux dehors ensuite à juste baguenauder. Une heure ou deux ensuite à écrire n'importe quoi, ce qui vient, tirer le fil. Une heure ou deux à faire la sieste. Une heure ou deux à écouter de la musique ou regarder un film ou lire un livre, en buvant du thé. Une heure ou deux à faire la cuisine et l'engloutir. Puis le néant douillet du soir. Un film ou deux, ou trois... une lampée ou deux, ou trois de whisky... J'ai parfois l'impression de m'anéantir dans le cinéma. Il est peut-être là le problème : je passe parfois 7 ou 8 heures par jour à regarder des films. Pas que des chefs-d'œuvre. Plein de grosses merdes aussi. Parce que j'aime bien, les grosses merdes, aussi, m'abrutir pour de bon. Parce qu'il y a une sorte de bonheur, à s'abrutir, à se vautrer dans la médiocrité, voire la nullité, pour moi en tout cas, ma façon peut-être de faire partie de l'humanité, à ne plus rien penser finalement, ni ressentir, à se couler dans la masse de merde, à disparaître même dedans, à être un gros con finalement comme un autre. Parce qu'autrement je ne suis pas un gros con comme un autre? Bonne question. Peu importe. Comme gros con, en tout cas, je n'ai plus besoin depuis longtemps de me mesurer à tel ou tel gros con pour évaluer mon degré de connerie. La différence, si différence il y a, c'est que je décide sciemment de m'y vautrer, un certain temps plus ou moins long, en solitaire, peut-être juste pour m'oublier, pour être en vacance de moi. Pour aussi me baigner dans l'air du temps, je me dis, communier avec mes semblables, faire ainsi partie de l'humanité, dans la masse d'abrutis. Mais peut-être que quand j'en sors, de ce bain, ruisselant de connerie semblable, je n'en suis pas moins un gros con, je me dis et même peut-être un pire gros con. Parce que j'en vois beaucoup, des gros cons, autour de moi, pas juste à la télé ou sur internet. Comment moi serais-je différent? Je regarde tout ça comme un immense cirque, un entremêlement de milliards de fictions toutes très semblables finalement et pathétiques, la mienne y comprise, mais je me laisse parfois attendrir, par la mienne y comprise. Pauvres humains... Les gens m'ennuient, férocement. Je n'accepte de communier avec eux qu'en solitaire. Mais tout ça importe tellement peu. Mon problème : il faudrait que je m'organise. Je n'ai jamais su m'organiser. La musique, ça me manque tellement. À une époque, je ne passais pas une journée sans avoir soufflé une heure ou deux voire trois dans mon saxophone ou ma clarinette — plus ou moins gros sifflets — et je crois que globalement ma vie était bien plus satisfaisante. Je n'avais pas de télé, à l'époque, pas de cinémathèque, je n'avais pas non plus d'internet, il n'y avait que la musique... Chaque jour avait son air... Je soufflais, sifflais des volutes de Lester Young, des bribes de Coltrane, de Parker, des bizarreries monkiennes et même des airs à moi, surtout des airs à moi... Il n'y avait que le Son... la vibration de l'anche... Un monde sans paroles, le meilleur des mondes, comme le cinéma avant qu'il se mette à parler... Un copain m'a dit, il y a quelques semaines : Je vais me mettre à la cigarette électronique, pour arrêter de fumer... Et j'ai répliqué, du tac au tac, que moi j'allais me mettre à la vie électronique, pour arrêter de vivre... Je me rends compte alors que ça fait tellement longtemps que je me vautre là-dedans, du matin au soir... un gouffre... que ça n'est pas innocent... que ça ne peut pas être innocent... que c'est un puissant, très puissant anesthésiant, annihilant... — mais n'est-ce pas nous perdre, disparaître, que nous cherchons?... — que je me suis laissé engluer, absorber dans cette toile électronique qu'un simple orage magnétique un jour grillera, anéantira et moi, ce qu'il en restera, avec... que peut-être même je suis mort depuis déjà longtemps... et qu'alors ici, nulle part, je ne suis peut-être bien qu'un vague écho de qui je fus, ou de qui je crus être, une suite éphémère, banale, de uns et de zéros...
lundi 14 octobre 2013
Ah... Bibi Andersson... Les fraises sauvages... — Comme dans le septième sceau, c'est elle qui cueille les fraises sauvages... — Et Max Von Sydow, il est toujours chevalier?... — Non non... il est devenu pompiste... à peine plus qu'un figurant... — Un chevalier des temps modernes?... — Peut-être bien... — Mais il y a toujours les fraises sauvages... et Bibi qui cueille les fraises sauvages... — Oui... et Victor Sjöström qui se souvient... — De Bibi?... — Oui, de Bibi... Ce sont un peu ses madeleines, les fraises sauvages... La Mort approche, se précise... Il fait alors le bilan, son examen de conscience et d'inconscience... — Et alors?... — Une vie de merde... — Le même Sjöström qui a fait la charrette fantôme et le vent?... — Oui, le même... D'ailleurs, on pourrait mettre en parallèle les deux personnages qu'il joue dans la charrette fantôme et les fraises sauvages... Attends que mon âme soit arrivée à maturité pour venir la cueillir... — Un peu comme les fraises sauvages... — Oui... — Et les fraises sauvages, c'est quoi?... — La jeunesse... L'insouciance... Les regrets... — Elle ne l'aimait pas, Bibi, quand ils étaient jeunes... — Non, elle préfèrait son frère... — C'est son drame... — Ce ne serait pas celui-ci, ce serait peut-être un autre... Cette histoire de montre sans aiguilles, aussi... dans son rêve... — Celle de son père... — Oui, il me semble... — Il a raté sa vie... — Au contraire, il l'a réussie... Mais ça ne pèse rien, par rapport aux fraises sauvages et à la montre sans aiguilles... avec le regard — sévère — du père, peut-être... qui l'avait déjà jugé... avait peut-être aussi préféré son frère... — Ah... s'il avait eu Bibi... — S'il avait eu Bibi, il lui aurait sans doute pourri la vie... — Mais peut-être pas... — Peut-être pas... On ne saura jamais... Dans sa rêverie, elle lui tend un miroir : Regarde-toi... Il ne veut pas... Il a peur de se voir... De voir ce qu'il sait mais se cache à lui-même, qu'il n'est pas le type bien, aimable et désirable qu'il croyait et mettait en scène jusque dans ses souvenirs, mais un monstre de froideur et d'égoïsme... — Et la charrette fantôme vient le chercher à la fin?... — Non... il est juste dans son lit, tout seul, un vieillard, avec ses souvenirs, ses regrets, sa tête de con, sa vie de merde... Et c'est alors qu'on se met peut-être enfin à l'aimer, dans cette sorte de déchéance ordinaire... On a pitié...
samedi 28 septembre 2013
Je croyais avoir tout brûlé. Mais je savais bien que je n'avais pas tout brûlé. Ce que j'ai dit au Singe, il n'y a pas longtemps : J'ai tout brûlé. À la décharge. Tout dans le coffre de la voiture et hop. Toute cette merde. Cette merde qui m'obsédait. Alors pourquoi lui avoir dit que j'avais tout brûlé si je n'avais pas tout brûlé? Parce que ça ne comptait pas, ça... Ça n'était même pas digne d'être brûlé. Et puis c'était dans un cahier de dessin, un croquis, il restait encore des feuilles vierges, je n'allais quand même pas brûler tout ce très bon papier. Parce que je respecte le papier. Arracher les pages souillées? Ça n'aurait plus été un cahier. (Je respecte les cahiers...) Après avoir (presque) tout brûlé et avoir brûlé peut-être aussi auparavant le seul livre qui comptait, une lettre, au début, à une inconnue, un livre fleuve, à la fin, un livre étang, où j'étais vraiment, un livre total, risible et grave, un livre debout, avec deux jambes, deux bras et une valise, plein de peine et de joie, après peut-être aussi avoir tué ma mère — je me souviens, c'était dans la cuisine, peu avant l'aube, d'un seul regard — je suis devenu fou. Quand j'étais fou... avais-je coutume de dire à une époque à mes amis, et ça les faisait toujours rire. Mon détachement... (Il faudrait toujours, pour certains, que tout soit dramatique...) Quand j'étais fou, en plus de compter systématiquement les pigeons sur le toit et même tous les oiseaux qui passaient dans le ciel, de léviter sur ma paillasse dans mon gourbi, d'être en société parmi les fantômes et les bêtes et bien d'autres (trop) passionnants dadas, je lisais (un peu) les cahiers d'Antonin Artaud et j'en pleurais. De pitié. Des grosses larmes brûlantes. Tout ce qu'il disait, tout ce qu'il voyait, je le voyais aussi. En pire. (Je n'avais jamais su les lire avant et je n'ai jamais su les lire après, ses cahiers.) J'ai alors eu aussi au bout d'un moment pitié de moi... Comme tout ça est pathétique... (En voilà un, Artaud, qui n'a pas su tenir ses chevaux... Quel gâchis...) Et moi j'avais tout brûlé, avant de devenir vraiment fou. Pour peut-être même devenir vraiment fou. Car j'avais besoin d'y aller, à la décharge et au delà. J'étais jeune, assoiffé d'Aventure... C'était toujours Tout ou Rien, le plus souvent rien... Je me souviens précisément de toutes les peintures — à l'huile — que j'ai brûlées. Toutes d'une très grande laideur mais qui me fascinaient. Peintes dans la pénombre. Un christ bleu... Ma version (jaune) du Cri de Munch... Je me levais la nuit pour me planter devant... En émanait une lumière glauque, malsaine... Je passais aussi des heures à me regarder dans les yeux, dans le miroir, intensément, jusqu'à la fusion... (Longtemps, après cette aventure, j'ai évité les miroirs...) Je me souviens quand j'ai balancé les toiles dans le feu. Je me souviens aussi quand les feuilles de mon livre se tordaient, dans la cheminée de la maison où mon père était mort. Je me souviens de tout. On ne brûle que ce qui compte vraiment. Le reste, ça ne compte pas vraiment. Je ne regrette pas. Je ne brûlerai sans doute plus jamais rien — pour dire l'opinion médiocre que j'ai de moi. Ce n'est pas le chaos, qui mène à la folie. C'est au contraire la vision un peu trop forte d'un cosmos. En tout cas en ce qui m'a concerné.
dimanche 22 septembre 2013
Sans même m'en rendre compte, j'ai écrit un livre — voilà pourquoi peut-être je me sens aujourd'hui à ce point épuisé, vidé — un petit, tout petit livre. (Il compte douze brefs chapitres, a même un titre.) Il est là, quelque part, tout petit, je le sens qui palpite, dans les herbes, tout chaud, un petit animal, au petit cœur qui bat très vite. Un sentiment de paix m'envahit doucement. Moi qui ne voulais plus en écrire. Je comprends que c'est en ne voulant plus, justement, que ça s'est fait. Après tout ce temps, presqu'une vie. Ça s'est fait. Je n'étais que l'instrument, le passant, le passager. Et moi seul désormais ai la clé. Il est caché dans les herbes. Il suffit de le remettre à l'endroit. (Écrit dans un miroir, tout est à l'envers.) Juste avant, encore hier, une grande agitation, une nervosité sans objet, j'étais un fauve en cage, fumant comme un crassier. Puis j'ai compris. Qu'il s'était écrit, le petit livre caché dans les herbes, tout seul, s'était joué de moi et que c'était terminé, plus même une virgule à déplacer : plus besoin alors de s'agiter. Je l'ai vu. Ça m'a calmé aussitôt. Un genre d'autoportrait, où je disparais. Tout petit. Mais définitif. Si j'étais écrivain et l'écrivain d'un seul livre, ce serait celui-ci, le petit, tout petit livre caché dans les herbes, que je voudrais montrer au Monde. Si j'avais voulu l'écrire, je n'aurais jamais pu, jamais su. Il s'est écrit tout seul. La Volonté n'était pas la mienne. Ma volonté était même depuis longtemps de ne plus jamais en écrire. Je sentais qu'il se passait quelque chose d'inhabituel, mais ne savais pas quoi. Le livre se faisait, tout seul, me travaillait, comme une poussée de fièvre. Je n'en ai eu conscience que quand il a été terminé. (L'auteur, je n'y crois plus, il devrait disparaître, une fois pour toutes.) Je me sens comme guéri de tout ce qui me rongeait. (Je sais que c'est momentané, mais savoure amplement le moment.) De cette maladie. Cette maladie des livres. Je suis heureux. Libéré. Mon livre est là, caché dans les herbes, je viens de le relire, tranquillement, en buvant mon wulong, sans aucune fierté, détaché, j'ai souri, j'ai ri et j'ai pleuré, un peu. Et j'ai la clé. Ça me suffit. (Peut-être vais-je la perdre, comme j'ai perdu autrefois la clé de quatrains écrits dans une langue oubliée de cannibales d'autrefois, tendre, musicale, mais cruelle, définitivement morte, heureusement — je ne sais plus du tout ce que ça disait, il n'y a plus que la musique : berceuses tendres et cruelles des îles au Temps Jadis...) Il n'est pas caché parce que j'aurais peur de le montrer. Il n'est caché que parce que c'est dans sa nature, qu'il s'est fait sans ma volonté et que ce n'est pas du tout dans son intérêt de se montrer. Il n'est pas brillant du tout, ce petit livre, il faut dire, il n'en a pas besoin. Un si petit animal, de toutes façons, ne survivrait pas longtemps.
lundi 26 août 2013
C'est un grand mystère. Je le regarde. Comprends qu'il en sait bien plus que moi. Il c'est à dire moi. Mais est-ce vraiment moi? Il semble lui aussi me regarder et le temps alors est aboli. Ça se passe maintenant. Dans ce maintenant douteux que je bricole ici. Il m'intimide. (Un peu.) Il sait. Et moi je ne sais plus rien. Que sait-il? Mais rien. Rien du tout. Il n'a pas encore les mots. Mais il sait. (Peut-être que ce sont les mots, qui ont tout embrouillé.) On lui a mis un bouquet de marguerites entre les mains. Pour la photo. Lui, il n'aurait jamais cueilli un bouquet de marguerites. Un bouquet... un bouquet... quelle idée... Il en aurait arrachée une, juste la tête, l'aurait mangée, plutôt. C'est d'ailleurs ce qu'il a fait, comme il a goûté l'herbe, comme il a goûté le petit escargot jaune, avec la coquille, une autre fois, puis bien plus tard l'essence de térébenthine ou le liquide pour nettoyer l'aspirateur qui ressemblait à du lait, sauf pour le goût. Il me regarde. Je le regarde. C'est comme s'il savait, à ce moment-là, qu'on avait rendez-vous, maintenant. [Gomme le langage, gomme l'expérience, gomme toute croissance, toute maturité, tout déclin et tout regret.] Te voilà. Me voilà. Tous ces insectes qui stridulent, les rampants, les volants... Les sauterelles qui bondissent, surtout, et que tu n'arrives pas encore à attraper. Ces gros insectes cuirassés qui approchent, viennent te chatouiller les pieds, inlassables topographes dont les antennes t'explorent et t'enregistrent comme une soudaine et mystérieuse montagne, qu'un jour ou l'autre ils coloniseront. La puanteur des marguerites. Le bourdon entêtant des lignes à haute tension. Comme un insecte géant qui l'émet. Tu ne le vois pas mais il est quelque part, au loin, comme une menace, un présage sombre, et il englobe tout. S'il n'y avait pas tout ce tintamarre des insectes et le froufrou des herbes, ce serait le silence, ce bourdon. Je te regarde. Tu me regardes. Qu'es-tu devenu? sembles-tu me demander. Tu vois bien, je te réponds. Mais tu n'es pas sarcastique. Tu ne me fais pas non plus la leçon. Ou alors la leçon qu'il n'y a pas de leçon. Je m'aperçois bientôt que ma position n'a pas changé, sauf que je suis dans mon canapé, mon canapé qui est rouge, comme ce bout de tissu que je possède encore, mon territoire d'alors, rouge, plein d'yeux, qui sera peut-être aussi mon linceul, les jambes nues, en caleçon, étendues, la gauche un peu repliée, en miroir, une cigarette au lieu des marguerites, juste un peu plus avachi. (Ma vie est un long... lent avachissement.) Peut-être même que tu attendais ce moment où on aurait la même posture, la seule posture acceptable, et finalement le même demi-sourire, le même regard.
mercredi 3 avril 2013
Œil de très grand corbeau, œil de baleine, de bœuf ou de perdrix, je ne sais plus vraiment. L'animal me regardait, en tout cas, ça j'en suis sûr, et je me voyais dans son œil qui me regardait et je savais que j'allais disparaître, à un moment ou à un autre, soit qu'il ne me regarderait plus, soit que je cesserais de le voir et alors de me voir dans son œil me regardant, tout simplement peut-être parce que j'aurais cessé de voir, qu'un voile aurait peu à peu tout obscurci. Un voile sur mon œil, ou alors sur le sien. C'est là que je me suis dit que c'était peut-être moi, le Grand Corbeau, car c'était un grand corbeau, je ne vais pas continuer à me voiler l'œil en supputant un animal plus rassurant, oui, un grand, très grand corbeau, sur sa branche, qui me regardait et je me voyais dans son œil qui luisait comme une flaque de pétrole, parfaitement, dans mon rêve, et le matin, à l'aube, une corneille s'est posée sur une antenne télé et le grand corbeau m'est revenu : effroi. Mais c'était peut-être moi, le Grand Corbeau, juste moi, je me dis maintenant. Et le reflet dans son œil? Une projection, rien de plus, anthropomorphe. Ça aurait pu être n'importe quoi d'autre. Un humain, voilà, la projection, je serais un humain, comme on dit dans l'enfance quand on joue. Et j'ai fini par y croire, à cette projection. Un humain. Je serais un humain, on dirait. Alors que je suis le Grand Corbeau. J'aurais préféré éléphant, ou baleine, renard ou chat. Je n'ai pas choisi. Quel effroi, de se rencontrer. On se rejette alors très loin. Mais maintenant, je me dis que ce n'est pas si mal, grand corbeau.
vendredi 22 mars 2013
Cette image, ou alors une autre, je me suis dit, mais prenons celle-là, plutôt qu'une autre, celle qui vient, qu'on a tout de suite sous la main, de toute façon j'en dirai toujours la même chose, ça m'emmènera toujours au même endroit, alors à quoi bon s'user les yeux à trouver la bonne image, puisqu'il n'y a pas en soi de bonne image, que n'importe quelle image, y compris un carré noir, ou blanc, aurait le même effet, celui de déclencher la parole, si parole il y a, au moins le son, la voix, si voix il y a, mais le son au moins, qu'il y ait un son qui sorte, que ça emmène là ou ailleurs ou nulle part quelle importance au fond, même si d'ailleurs l'image se suffit à elle-même et qu'on pourrait alors s'en contenter, de l'image même muette. L'instant est passé, ce que ça me dit. C'est figé, là, étrangement. Toutes ces histoires, derrière les fenêtres, toutes ces vies qui sont déjà passées, perdues, englouties. Ça n'existe déjà plus. C'était ce matin, il y a une éternité. Je me suis arrêté, je me suis accroupi, dans le caniveau, ai regardé longtemps en bas, pour voir ce qu'il y avait en haut. Ça m'a rappelé un film de Sokourov que j'avais vu hier soir, il y a une éternité : Élégie de la traversée. Une voix, sur des images, monotone et intense. Elle aurait pu me raconter n'importe quoi, je l'aurais suivie, cette voix, même me raconter rien du tout je l'aurais suivie, c'était comme l'eau qui court dans le caniveau avec dessus les reflets à la fois figés et fuyants de la vie, du temps. Tout est englouti, déjà. On ne peut pas reproduire ça. On ne peut pas l'emprisonner dans un cadre. Même si on le fait. C'est alors juste un constat d'impuissance. Un instantané. C'est l'appareil, qui le prend. Moi, je ne prends rien, je ne sais rien prendre. Je ne vois rien, d'ailleurs, quand l'appareil le prend. C'est l'appareil, qui voit. Alors, je regarde, après, ce qu'il a pris, l'appareil. C'est à peine si j'admets que mon doigt a appuyé sur le déclencheur à un moment donné. J'envisage pour très bientôt de déclencher les yeux fermés, pour voir, ou plutôt pour ne plus voir et donc pour enfin voir, comme s'il y avait un secret, là-dedans, un mystère, qui se déroberait à l'instant même où on voudrait l'apercevoir et le cadrer, le figer. Il faudrait donc arrêter de vouloir saisir ce qui ne se saisit pas, arrêter de porter un regard, quel qu'il soit, sur quoi que ce soit. Peut-être qu'alors, une fois, un instant, ou entre deux instants, on verrait.
jeudi 28 février 2013
Je suis le Guerrier Immobile. Devant le Robinet du Temps. Ploc... Ploc... Ploc... Je suis le Guerrier Immobile. J'attends. Le Temps est une fuite, une simple fuite, la conséquence d'une avarie minuscule pour ainsi dire, d'une simple usure. Il suffira qu'une fois quelqu'un ou quelque chose ou rien du tout ni personne se décide enfin à changer un petit joint de rien du tout pour que le Temps soit aboli. Et ça arrivera forcément. Et c'est même déjà arrivé plein de fois. Ce sera peut-être moi, d'ailleurs, qui changerai le joint, ou alors le prochain locataire. Ou alors je suis le Gardien, le Guerrier Immobile, veillant sur le Robinet du Temps, prêt à pourfendre tout intrus, annihiler toute velléité plombière. Car l'avarie, la fuite, l'usure, c'est la Vie. Ou alors je suis les deux. L'Intrus et à la fois le Guerrier Immobile. Ne le regarde pas, il n'existe pas, m'a dit un jour mon Maître. Un souffle suffit pour l'effacer. Tout comme la cible, il faut l'oublier. La flèche sait où aller. Tu es la flèche. Je suis le Guerrier Immobile. Devant le Robinet du Temps. J'attends. Je sens la Guerre qui vient, repart, revient, c'est comme une pulsation. Elle se rapproche. La Grande. La Der des Ders. Je suis prêt. Je suis le Guerrier Immobile. Devant le Robinet du Temps. De temps en temps, je passe un coup d'éponge, dans le Grand Évier du Temps. Les guerriers, en temps de paix, ont ce genre d'activité, ils font de l'entretien, ou bien de l'exercice, quand ils ne s'ennuient pas à mourir. Mais je la sens qui vient, la Guerre, la Grande, la Der des Ders, la Vraie 14-18, qui sera bien plus brève et terrible que l'autre je pressens, du genre entre 14 et 18 heures, voire entre 14 et 18 minutes, secondes... On se rapproche, d'ailleurs... Le bubon a tellement gonflé il faut dire, la saloperie tellement proliféré, épaisse, jaunâtre, que ça ne peut qu'exploser. Les pommades, au bout d'un moment, sont sans effet, il faut que ça sorte, que les humeurs s'expriment enfin librement, explosent, s'épanchent, enfin, pour soulager le Corps. En attendant, je suis là, debout, bien droit, devant le Robinet du Temps. Je suis le Guerrier Immobile et j'attends. Je suis prêt.
mercredi 27 février 2013
Tu vois, je n'ai rien fait de ma vie. Je n'ai aucune descendance, aucune carrière, aucune œuvre non plus qui m'aurait accompli ni aucune œuvre, même en secret, à accomplir. Depuis 10 ans, je n'ai travaillé qu'à respirer. Car je ne savais pas respirer. Il a fallu que j'apprenne. Que je désapprenne, au début. Les 35 premières années de ma vie, je les ai vécues en apnée. Je ne suis pas encore très fin respirant mais je sens que j'ai évolué vers le mieux même si je n'en aurai jamais fini d'avancer vers le Souffle et fatalement le Dernier Souffle que de plus en plus je considère comme le seul accomplissement possible, pas trop le foirer si possible. Je m'étais dit à une époque je souffle mal, ça ne va pas. Comment accomplir quoi que ce soit en respirant si mal? Pendant ce temps, mes cheveux blanchissaient. Mais je respire mieux. Ou plutôt je respire, je commence enfin à respirer. Avant, je croyais respirer, mais je ne respirais pas. Maintenant, je respire, pas très bien encore mais au moins je le sais et aspire à mieux respirer. Car je suis un débutant. Le reste, n'est-ce pas, est bien secondaire, anecdotique. Que vais-je laisser? Qu'ai-je besoin de laisser quoi que ce soit? Je pourrais disparaître à l'instant sans le moindre regret ni la moindre amertume. À une époque je croyais avoir une œuvre à accomplir et j'avais même commencé à la tricoter tant bien que mal, langue sortie, une maille à l'endroit, une maille à l'envers... Mais il ne s'agissait que de ma place dans le Monde. Montrer au Monde ce que je valais. Et je valais beaucoup. J'étais même un génie, souvent. Mais je ne savais pas respirer. Et je ne savais pas encore que je ne savais pas respirer. J'étouffais, en permanence étouffais, dans le vide de mon importance. Maintenant que je sais un peu mieux respirer j'ai bien mieux conscience de ma petitesse, de mon insignifiance, de l'absurdité de toute œuvre passée, présente ou à venir. D'où ma joie profonde, parfois. Au moins, je ne m'épuiserai pas en vain. J'ai renoncé. Musicien, j'aurais aimé. Pour personne. Mais je ne savais pas respirer. J'aimais l'idée que la musique se jouât et se perdît dans l'instant. Je n'aurais pas accepté d'être enregistré. Qu'il n'y ait que l'instant... Qu'as-tu fait de ta vie? Mais rien du tout, ma jolie, que voulais-tu que j'en fasse? Fallait-il donc absolument que j'en fasse quelque chose? On m'aurait donné la vie et moi j'aurais dû en faire quelque chose? Et je devrais me sentir coupable de n'en rien avoir fait? Alors c'était plutôt un prêt, avec des intérêts? Il faut rembourser, au bout d'un moment, et même au centuple? On m'a donné une motte de terre. Plus tard, quelqu'un est venu et m'a regardé sévèrement : Qu'as-tu fait de ta motte de terre? Et moi : Je l'ai simplement regardée. Et encore, pas tout le temps...
vendredi 13 juillet 2012
dimanche 17 juin 2012
Il y a des jours qu'on n'oublie pas. Qu'on n'oubliera pas. Marquer d'une pierre. Il m'est arrivé quelques fois de ramasser un caillou et de le garder ensuite longtemps dans ma poche, parfois même des années, d'en savoir parfaitement le poids, la forme, de le toucher souvent, de le regarder souvent, longtemps et même de le lire et le relire, quand il était à lire et à relire, comme pour le connaître parfaitement. J'en ai eu quelques uns, dans ma poche, des cailloux. Un jour, à Paris, je me suis fait braquer. Ouf, je me suis dit après, il ne m'a pris que ma carte bleue avec le code, m'a laissé mon caillou. Malheureux comme les pierres, on dit. Ça m'a toujours habité, cette expression. Ma grand-mère le disait souvent, je crois, même si tout est un peu flou maintenant. Étais-je aussi malheureux que mon caillou? L'étais-je davantage? Moins?... Pourquoi les pierres seraient-elles malheureuses?... Je me suis toujours demandé... Mon caillou, il était malheureux parce que moi-même je l'étais... Mon braqueur me l'aurait volé en même temps que ma carte bleue, j'aurais été anéanti... J'y tenais donc tant que ça, à mon malheur? Il faut croire... Mais d'autres cailloux étaient joyeux... Car ils n'étaient pas forcément malheureux, mes cailloux... On pourrait dire aussi joyeux comme les pierres... ou bien con comme les pierres... sauf qu'on dit con comme la Lune... mais c'est un peu une pierre, aussi, la Lune... Vous vous souvenez? Vous étiez occupée au lavoir. Je fumais dans la rue en regardant en l'air. C'était avant-hier... C'est ça que je voyais, à ce moment. Ou plutôt ça que j'aurais vu si je n'avais pas été myope. Ça et d'autres choses, mais c'est ça qui est resté. Ça m'intriguait, m'attirait l'œil, j'ai regardé en l'air. J'ai trouvé plus tard dans un bac du lavoir trois miroirs minuscules, petits carrés d'un centimètre carré collés ensemble. Des petites choses. A une époque, j'aurais trouvé du sens, me serais perdu dans des délires chiffrés, mystiques... 5 pigeons sur un fil... Je n'aurais plus vu que des 5... Je n'ai pas cherché à voir 5 et encore moins à voir 5 successivement à deux endroits différents... Ce ne sont pas les mêmes 5... Ça chute... Météores dans le ciel... Heureusement, ça m'a passé, ces divagations qui peuvent mener à la folie... J'ai accepté le hasard... l'insignifiance... Mon père est mort ce jour-là et il avait 55 ans?... Et alors?... Peut-être suis-je devenu alors moi-même insignifiant... Mais ce jour, en tout cas, je ne l'oublierai pas...lundi 27 février 2012
De toutes façons, tout le monde s'en fout. Croyez-le bien. De moi comme du monde. Tout ceci a lieu à peu près nulle part. Vous imaginez qu'une Autre vient se vautrer dans ce que vous croyez être chez moi, où elle se sentirait chez elle. Mais ce n'est pas chez moi. Je n'y suis même pas locataire. Et encore moins chez elle. Et il n'y a pas d'Autre. Dans cet à peu près nulle part, tout le monde cherche un miroir, c'est tout, et personne n'en trouve vraiment, ou alors tout le monde trouve le miroir qu'il mérite. Certains aussi sans doute y cultivent une certaine nostalgie, ou une curiosité vaine, croient retrouver quelque chose ou quelqu'un mais ne trouvent en fin de compte que leur solitude, leur misérable petit être dans un pauvre miroir. Moi aussi, pareil, je ne suis pas différent, je cherche aussi parfois un miroir et n'en trouve jamais vraiment, ou alors seulement le miroir que je mérite, misérable et vain. Du vide. En fait, dans cet à peu près nulle part, il n'y a presque personne et presque rien. Il n'y a que des gens. Et les gens ne sont rien. Des atomes, dans l'espace ou l'à peu près vide de cet à peu près nulle part. Ils vont et viennent comme dans les couloirs du métro, sans regarder, pressés par on ne sait quoi, mais investis de leur mission. Des atomes. Programmés. Ils viennent et reviennent toujours à la même heure aux mêmes endroits. Ils ne disent rien, même s'ils parlent. Ils ne font rien, même s'ils ont l'air d'agir. Ils ne font que circuler. On pourrait les mettre en équations, déterminer exactement leurs trajectoires et leurs destins. Ils aiment se retrouver entre eux et croire même souvent qu'ils existent ensemble, en réseaux, dans cet à peu près nulle part. Laissons-les croire ce qu'ils veulent. En tout cas, il ne faut pas y rester trop longtemps, dans cet à peu près nulle part, et surtout pas croire que c'est le monde. Je n'existe pas plus ici qu'ailleurs et j'aurais même tendance à penser que j'existe infiniment plus ailleurs qu'ici, même si je n'y existe peut-être pas non plus énormément. Je viens ici pour faire ma petite crotte, c'est tout. Je pourrais la faire ailleurs. Mais je viens la faire ici. Me dire que je la fais en public doit sans doute m'amuser. Là, j'ai été un peu malade, une dizaine de jours, ne suis pas trop sorti, rien de bien grave, une bonne crève, suis donc resté chez moi, ai donc été tenté plus souvent de faire ma petite crotte à domicile dans cet à peu près nulle part. Parce que c'est commode. C'est un peu comme un pot de chambre, vous voyez, quand on est malade, sous le lit. Un jour, je me dis, il faudra bien le vider.
dimanche 19 février 2012
[Retour en Ozuie.] Dans récit d'un propriétaire, une dame au seuil de la vieillesse recueille un gamin égaré. Au début, elle n'est pas trop contente, on lui a forcé un peu la main, elle était bien tranquille toute seule, son petit train-train, sa vieille copine, ses réunions de voisins, pas besoin d'un morveux plein de puces. En plus, il pisse au lit et même abondamment, comme un cheval. Elle voudrait s'en débarrasser. Elle le houspille sans arrêt. Lui fait les gros yeux, comme pour éloigner un chien errant qui lui renifle les mollets. Puis, peu à peu... Il s'est mis à l'appeler tata... (Mémé, elle voulait pas... Pas si vieille, tout de même...) Là, ils sont chez le photographe. Elle lui maintient par derrière sur la tête sa casquette un peu trop grande. Parce qu'elle s'est dit que sa tête allait grossir et que c'était mieux alors de lui acheter en prévision une casquette un peu plus grande. Ils se sont faits beaux, pour l'occasion. Alors, d'un coup, ils se retrouvent la tête en bas. On dirait des chauve-souris. Ça dure un certain temps. Le temps pour le photographe de cadrer, dans le miroir. Il faut ce qu'il faut. Le photographe demande à la dame de fermer la bouche... Elle n'arrêtait pas de rectifier des détails sur le gamin quand en fait c'était elle qui se tenait mal... Maintenant, ne plus bouger, surtout... Alors, il y a un long plan noir. Le miroir s'est escamoté. Ça dure un certain temps. Il faut ce qu'il faut. Le temps d'impressionner la plaque. On se demande si les chauve-souris se sont envolées. On entend bientôt des voix, dans le noir. On a le temps de penser. On se dit que ce n'est pas seulement le temps d'impression de la plaque. Ce n'est pas la nuit. Il n'y a vraiment plus rien. La lumière a disparu quand le miroir s'est escamoté pour impressionner la plaque. On est comme piégés dans un espace privé totalement de lumière, hermétique. Puis la lumière revient, enfin. (Ça ne durera pas longtemps, le bonheur... Le père du gamin, depuis une semaine, était à sa recherche et finira par le retrouver...)
jeudi 9 février 2012
Je passais souvent devant l'échoppe du tatoueur, rue de la charité. Il y avait souvent un type, tatoué des pieds à la tête, un bras coupé au dessus du coude, qui fumait sa cigarette devant l'échoppe. C'était d'ailleurs peut-être le tatoueur. Le tatoueur manchot. Il avait aussi toutes sortes d'anneaux, de perles et de barres d'acier incrustés dans le corps. Je n'osais pas trop le regarder, à cause de son bras coupé. S'il n'y avait pas eu son bras coupé, je l'aurais sans doute mieux regardé, car il m'intriguait. Intégralement tatoué, visage et crâne tondu inclus, façon guerrier maori pour la tête. D'autres influences sans doute sur d'autres parties de son corps, j'imaginais. Même son moignon était tatoué. Je passais devant. Il avait l'air triste. Peut-être parce que personne n'osait le regarder. Il m'est arrivé de me dire que peut-être il s'était lui-même amputé, dans l'échoppe, pour parfaire son œuvre, que c'était un genre de manifeste, ou une signature. Ou bien il avait raté le tatouage sur son bras et avait décidé de l'amputer pour ne pas gâcher l'ensemble, comme on froisse et jette à la poubelle le chapitre inutile d'un roman. La peau. J'avais vu, une fois, à une exposition d'art contemporain, une peau de légionnaire. A la fin, il avait légué sa peau. Ou peut-être l'avait-il vendue? En tout cas, sa peau s'était retrouvée exposée comme de l'art contemporain, alors qu'elle n'avait rien de contemporain. C'était comme un livre, sa peau, ou une carte au trésor. On y suivait ses amours, ses deuils, ses voyages.
mardi 7 février 2012
Un peu plus tôt, dans la ville déserte et glacée, j'ai croisé deux créatures élancées qui semblaient chercher leur chemin. J'ai voulu les renseigner mais leurs oreilles ne m'entendaient pas et leurs yeux ne me voyaient pas on aurait dit, comme si on ne faisait pas partie du même monde. Ou alors, flairant l'importun, elles ont fait comme si je n'existais pas. Je les ai laissées se débrouiller. Tant pis pour elles. En repassant, plus tard, revenant du supermarché avec mes sacs de courses, elles étaient toujours là, dans la même rue. Cette fois je ne les ai pas même regardées. Qu'elles se débrouillent. Qu'elles restent dans leur monde. Je voulais juste être gentil. Je n'avais aucune arrière-pensée. Elles auraient pu être vieilles et moches je me serais pareillement inquiété de leur sort. Au supermarché, la caissière, tout en scannant mes code-barres, avait pris son talkie pour prévenir l'agent de sécurité qu'une famille entière de Roumains venait d'entrer. Elle avait fait une description très détaillée du papa, avait-elle-dit, le papa, taille moyenne, porte une veste rouge, a les cheveux mi-longs, une moustache... Puis, son devoir accompli, elle m'avait regardé avec complicité, comme si on avait fait partie du même monde, à ce moment-là, mais moi je ne l'avais pas regardée du tout avec complicité, je m'étais même dit alors que soit je n'existais pas, soit j'étais complice et que c'était souvent parce que je ne voulais pas être complice que je n'existais pas, parce que j'aurais préféré encore être Roumain plutôt qu'être complice...
lundi 6 février 2012
Un peu plus tard, frigorifié, je me suis retrouvé à la boulangerie à faire la queue derrière une rousse sublime. J'ai eu envie soudain d'enfouir mon visage et mes mains dans son ample chevelure de feu. Sa peau était parfaite, blanche comme le lait. Elle était très élégante, un manteau gris clair très cintré qui soulignait la courbure de ses hanches, des bottines marron à lacets la finesse de sa cheville, une écharpe en laine à grosses mailles olive verte, finement gantée de cuir vert Véronèse. Elle a acheté un petit pain au chocolat noir, c'est tout. Je n'ai jamais pu voir la couleur de ses yeux, ai imaginé qu'ils étaient verts, ni son visage tout entier. Un joli nez. Sa voix, quand elle a commandé son petit pain au chocolat noir, était chaude et même brûlante tout comme sa chevelure. J'aurais donné ma vie, à cet instant, pour me plonger en elle, pour l'avoir tout entière pour moi ne serait-ce qu'à cet instant, me plonger en elle et y être englouti, m'y lover tout entier, bien au chaud, dans ce feu, enfin, ne plus bouger et que tout se termine ainsi ou continue dans cet instant éternellement. Mais elle ne m'a pas remarqué, juste derrière elle, les yeux mi-clos, respirant lentement, profondément son ample chevelure de feu. Elle est repartie avec son petit pain au chocolat noir, s'est évaporée dans la ville déserte et glacée.
lundi 24 octobre 2011
C'est un type plutôt gentil, l'assassin sans visage (follow me quietly), il ne fait pas de bruit, il est tranquille. Son seul vice avéré, c'est la cigarette. (Il en faut bien un...) Tout le monde l'aime bien, même si personne ne le fréquente vraiment. C'est un peu un loser, un peu un minable, il a passé la quarantaine, il vit tout seul dans une petite chambre meublée... Il a ses petites habitudes dans le quartier... Qui irait imaginer qu'il cultive depuis toujours son petit jardin secret, son même petit jardin des horreurs... Parce qu'il a l'air tellement humble, comme ça, tout simple, tellement doux, poli, inoffensif, le gars sans histoire(s)... Je ne peux évidemment que m'identifier fortement, moi qui suis également un doux monstre d'égocentrisme qui cultive à ma façon également mon petit jardin secret des horreurs, même si ce ne sont pas tout à fait les mêmes horreurs... La seule grande différence, entre lui et moi, c'est que lui, quand il se met à pleuvoir, il a des pulsions meurtrières, quand les miennes me conduiraient plutôt à faire la sieste... Un détail... Un détail?... Oui, un simple détail... Un monstre ordinaire... Et puis un jour, tellement frustré, tellement proche de l'implosion, lui qui n'a jamais été personne, il a besoin de se faire connaître, enfin, d'exister, socialement et même universellement, totalement, il devient alors... le Juge... Rien que ça... Il s'est fait un album, qu'il feuillette, quand il ne pleut pas, juste pour lui, comme il feuilletterait un album de famille peut-être, s'il en avait une... parce que quand il pleut il a d'autres envies (comme moi de faire la sieste)... mais quand il ne pleut pas, il feuillette son album, son livre secret, juste pour lui, son œuvre... Tiens, ce jour-là, si je me souviens bien, il pleuvait... Et puis, ce jour-là... peut-être bien aussi... Il pense aussi aux messages qu'il a laissés derrière lui, signés le juge, son œuvre aussi mais publique celle-là, pour le monde, la postérité... Normal, qu'il soit tranquille, la plupart du temps, sa vie est si bien remplie, mine de rien, même s'il a l'air un peu d'un pauvre type qui vit tout seul dans son meublé, qui feuillette au café du coin des magazines pleins de faits divers sordides mais ô combien stimulants pour l'imagination et même parfois tellement émouvants, quand on y parle de lui, alors ce n'est pas si grave, son air, car lui c'est un modeste, un homme de l'ombre... Ce qui est important, c'est son œuvre... Là, il existe... Si vous saviez comme je suis fort, comme je suis grand, au fond, tout au fond, et malin... Et comme ça m'amuse aussi, quelque part, de paraître tellement petit, tellement insignifiant...

















