J'ai hésité quelques secondes entre Bach et Billie Holiday. Puis c'était évident qu'il fallait Billie Holiday. Tout doucement, pour accompagner. Il était autour de minuit. C'est tellement doucement déchirant, Billie Holiday. C'est ce qu'il fallait. Le silence n'était pas envisageable, à ce moment. J'avais ouvert un peu la fenêtre, pour qu'elle ait un peu d'air. Peu de temps avant, ses petites plaintes étaient devenues tellement déchirantes que je m'étais enfin décidé. J'ai commencé à composer le numéro des urgences bien trois ou quatre fois avant de pouvoir le terminer. C'est difficile. Mais ce n'était plus possible. Ses pattes étaient de plus en faibles. Plus rien ne fonctionnait. Rien ne rentrait. Rien ne sortait. Quand j'ai parlé au téléphone, il me semble qu'elle m'a compris, avec ses grands yeux qui ne me quittaient plus. Quelques minutes plus tard, elle a fait une autre tentative pour se lever, pour aller vers sa caisse, en zigzaguant, tellement volontaire, comme pour me prouver qu'elle pouvait y arriver, que ce n'était pas encore le moment de fermer le rideau. Elle a gratté sa litière énergiquement, frénétiquement... A fait un long miaou déchirant. Je suis vite arrivé. Évidemment, rien n'était sorti... En faisant un pas vers moi, ses pattes avant se sont dérobées. J'ai juste eu le temps de la rattraper, l'ai vite portée jusqu'à sa couverture près du poêle. A peine l'y avais-je déposée qu'elle faisait une crise énorme, avec des gros spasmes bruyants dans la poitrine, ses pattes se raidissant et frappant à toute volée la tôle du poêle, avant de se figer sur le flanc, les yeux grand ouverts. J'ai cru qu'elle était morte, foudroyée, après un tel choc. Mais non. Elle respirait encore. Elle était même consciente. Je lui ai doucement caressé la tête, en lui parlant, ne cessant plus de regarder ma montre. Il m'avait dit qu'il fallait compter une demi-heure, le type, au téléphone. C'est long, une demi-heure. Heureusement, il fut là en une vingtaine de minutes, donc à peu près dix minutes après la crise terrifiante. Tout se passa très gentiment. Ma voix tremblait parfois, en posant des questions au type. (Je suis curieux.) Souvent, les cœurs malades mettent beaucoup plus longtemps à s'arrêter que les autres. Parce qu'ils sont habitués à lutter? (Il dut lui faire une seconde injection.) Alors que le type remettait sa sacoche sur l'épaule, je me suis baissé, ai pris délicatement le sac avec dedans ma petite Mouche toute molle, l'ai remise au type. C'était mon rituel à moi. (Une urne pour les cendres? Ah non merci. Dispersion dans la fosse commune c'est très bien. C'est ce que je choisirais pour moi.) Quand il l'a prise, je lui ai dit : Attention... doucement... Il est parti. J'ai ouvert toutes les fenêtres en grand. Ai fait brûler du papier d'Arménie dans tous les coins. Ai jeté la couverture. Vidé, nettoyé et remisé toutes ses affaires. Dès que je m'arrêtais, je me mettais à pleurer bruyamment. Pendant peut-être deux heures, je me suis activé. Revenant sur mes pas pour une broutille. Ah, ses cachets... Dans mon sac. Je les ramènerai lundi chez le vétérinaire. Ça, poubelle... Le cyclamen aussi... Quand je me suis couché, il ne me restait plus que quelques heures avant de partir au boulot... La couette sentait la Mouchette... Je changerai la housse demain... En fermant mes yeux brûlants, j'ai eu une sorte de vision... C'était dans la cour, chez mes grands-parents, à côté des clapiers qui autrefois avaient été les cabinets, qu'on appelait toujours les cabinets. Vers les cabinets donc, il y avait mon grand-père, assis sur une chaise de camping en toile avec des accoudoirs, tranquille, avec sa casquette sur la tête, sa roulée à la bouche. Mon père aussi était là, debout, les mains sur les hanches, en short, avec ses genoux cagneux... Ils étaient cool, me souriaient tous les deux... Puis Mouchette arrivait, la queue en l'air, tournait un peu autour d'eux avant de s'arrêter et de me regarder elle aussi... Quelques heures auparavant, en début de soirée, elle avait tant bien que mal réussi à sauter sur le canapé et à venir se coucher sur moi. Elle m'avait même tendu la patte. Elle avait même ronronné tranquillement tandis que je la caressais et lui parlais. Un long moment, peut-être une heure. On avait alors un peu réussi à mettre de côté toutes nos misères. Un dernier moment parfait. Ça dure ce que ça dure, je lui avais murmuré, ce qui compte c'est le moment, c'est maintenant... Elle semblait d'accord avec moi... Juste pour ce moment, je n'en veux plus à mon vétérinaire de me l'avoir rafistolée sans m'avoir demandé mon avis et rendue toute moribonde, à l'essai... Même si ça m'a coûté deux nuits blanches et deux grises sur quatre... Elle a dormi, la plupart du temps, paisiblement, sur mon lit, ou sur sa couverture près du poêle... Et puis elle est morte à la maison, dans son environnement, pas dans une clinique qui ne sent pas bon, avec toutes ces bêtes malades... Et puis j'étais là, à chaque miaou... Avec des caresses, des paroles, j'arrivais à la soulager de sa détresse, je crois... Ça marche pas, qu'elle me disait... Ben oui, ma cocotte, je vois bien... Le lendemain, aujourd'hui, je suis parti bosser, dans mon cinéma, j'avais dans la tête my old flame, Billie Holiday, 1944, toute la journée. J'étais épuisé, toute la journée. J'ai marché, toute la journée, en zigzaguant, comme Mouchette hier. Dès que je m'arrêtais, me posais, les larmes me montaient. J'ai fait un décadrage sur Au delà, de Clint Eastwood, ce qui ne m'arrive jamais. On m'a prévenu au talkie. J'ai dû y retourner en vitesse, en zigzaguant. Enfin, la journée s'est terminée. Je suis rentré, en zigzaguant. Un moment d'absence : ah ben j'vais retrouver Mouchette... Ben non... Derrière ma porte verte, plus de miaou... Je suis arrivé, j'ai tout de suite changé la housse de couette, ai voulu ensuite passer l'aspirateur, mais mes jambes flageolaient... Alors, stop... Repos... Je me suis fait du thé... Dans la salle de bain, j'ai vu des empreintes de pas de Mouchette, allant vers où il y avait sa caisse... Non, un autre jour... Je me suis effondré dans mon canapé, ma théière à portée de main, emmitouflé dans ma vieille couverture pleine de trous, me suis mis Billie Holiday... My old flame... I can't even think of his name... But it's funny now and then... How my thougths go flashing back again... To my old flame...
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dimanche 20 février 2011
samedi 17 avril 2010
(Après Street Angel, m'étirant comme un chat après la sieste.) Le cinéma, c'était un truc du XXème siècle peut-être seulement, je me dis. C'est comme le jazz, c'est fini, c'est le passé, le de plus en plus lointain et nébuleux passé. Les brumes du rêve se sont peu à peu dissipées. Il n'en reste plus grand chose, de ce mystère des origines. On s'est mis ensuite à faire parler les acteurs. Puis la couleur est venue. Maintenant, il y a la 3D, Avatar, on en prend plein les yeux, fascinés de bout en bout, c'est du très grand spectacle. Mais qu'en reste-t-il? Un film assez banal et même un peu simplet, finalement, dont le seul vrai intérêt est la technologie développée pour le réaliser. (Mais on ira voir Avatar 2, évidemment, on a même hâte qu'il existe, parce qu'on en veut encore, on est même toute langue pendante, baveuse, toute cervelle avide de vide en attendant la chose, même si on connaît la suite que n'importe qui pourrait écrire en un quart d'heure sur un coin de table de fast food, on est bien de son époque... Grosso-modo, ce sera l'empire contre-attaque... Vivement... Le THX est mort!... Vive le Real3D!... (Aucune ironie là-dedans, je suis vraiment client...) Comme si on croyait que le rêve pouvait renaître avec des béquilles, des trucs pour donner du relief à ce qui a perdu toute profondeur...) Qui se souvient encore de Janet Gaynor et de Charles Farrell? Qui se souvient de Frank Borzage? C'était du rêve. De l'émotion. On n'avait pas encore appris à parler et donc on ne disait pas encore trop de conneries. L'histoire qui nous est contée est très banale, bien plus banale par exemple que celle d'Avatar. On la connaît même par cœur, cette histoire, c'est un peu comme ces bluettes que chantait Billie Holiday, sauf que là ça finit plutôt bien. Elle aurait pu chanter n'importe quoi, Billie, de toutes façons... Là, c'est un peu pareil, Borzage, avec Janet Gaynor et Charles Farrell, ils auraient pu prendre n'importe quelle histoire... Leur association tenait de l'alchimie, ils auraient transformé n'importe quoi en rêve... C'est une histoire d'amour, voilà, il n'y a rien à dire de plus, à un moment, il est à deux doigts de l'étrangler, comme dans toute histoire d'amour qui se respecte, il faut dire qu'il a tellement souffert, quand elle a disparu, tellement d'amertume en a résulté, il a même perdu foi en son art... (Dans l'Aurore également le meurtre n'était pas très loin...) Parce que dans l'ombre, tapie, attendant son heure, il y a toujours une menace et même et surtout l'amour le plus tendre, le plus pur peut y sombrer, dans l'ombre... Et puis il y a la lumière... On peut la retrouver, parfois, même si on l'a perdue depuis longtemps... (On a bien le droit de rêver...)dimanche 8 mars 2009
Parfois encore, dans mes pensées un peu vagues, je me retrouve là-bas. Avant d'aller là-bas, je croyais savoir ce qu'était la solitude. Mais je ne le savais pas vraiment. C'est là-bas, que j'ai vraiment su. Je ne savais plus où était le nord, où était le sud. Je ne savais plus vraiment qui j'étais, je crois... Peut-être que finalement je ne suis allé là-bas que pour le découvrir et que j'ai compris alors qu'il n'y avait rien, ni personne... J'allais m'asseoir, de temps en temps, de jour comme de nuit, sur un banc, au bout d'un ponton qui avançait dans le lagon. Je regardais devant moi. Mais il n'y avait rien, devant moi. Je semblais attendre. Personne ne venait jamais. J'essayais de faire le vide, pour ne plus sembler attendre, n'y parvenais pas souvent... De ma chambre d'hôtel, j'entendais la mer, d'un côté, de l'autre l'air qui sifflait sous la porte et la faisait parfois un peu cogner dans le chambranle. Il y avait une reproduction sinistre de Gauguin au mur. J'écoutais Billie Holiday, accompagnée par Lester Young, my first impression of you (was like the sight of flowers in spring...), il m'a fallu peut-être dix ans pour pouvoir réécouter ces enregistrements sans avoir envie de me jeter par la fenêtre. Je fumais énormément, quasiment sans arrêt, des gitanes sans filtre, j'avais toujours l'impression d'être en manque, et je l'étais. Je ne dormais plus mais parfois je m'effondrais, une heure ou deux dans une sorte de coma dont je sortais brusquement, blême et suant, par besoin de fumer. Je pleurais sur mon lit, parfois, en position fœtale. Puis je me trouvais idiot. Je trouvais ça très moche, puis je trouvais ça très beau et j'avais honte, parfois, de trouver ça très beau, d'être un tel idiot... Quelle vanité... J'avais le ventre creux. Une fois, de toute la journée, je n'ai mangé qu'un oignon, en riant et en pleurant. Une autre fois, pensivement, trois olives. Il n'y avait plus rien. J'étais presque tout seul, dans cet hôtel qui était bien au dessus de mes moyens... Je n'y ai engagé la conversation qu'une fois, avec un homme d'affaires australien, au bout du ponton. Hello... What are you watching?... Green lights... fishes... in the sea... Don't you see?... Oh yes... beautifull... Yes... Are you... english?... You're joking?... I speak so bad... I'm french... Holidays?... No... Affair?... No... So What?... Nothing at all... Greenlights maybe, who knows... Ah... french men... C'est peut-être la seule fois où j'ai ri de bon cœur, en presque un mois... Je n'ai jamais rien regretté, à part peut-être un certain manque d'élégance, même si je n'ai jamais autant souffert que là-bas... C'était nécessaire, vital, c'est peut-être même là-bas que je suis vraiment né... Autrement, je marchais, des kilomètres et des kilomètres en bord de mer, sans but, tournant en rond, dans l'île... Souvent, des chiens méchants se jetaient sauvagement sur moi derrière les portails des villas sans lesquels ils m'auraient égorgé et j'en tremblais encore longtemps après. Alors, je m'éloignais des zones résidentielles qui ne voulaient pas de moi. Je me sentais chassé, banni, totalement indésirable. J'avais un air de vagabond, un peu déguenillé mais propre. Je ne savais jamais où était le soleil, où il était censé se lever ou se coucher, j'étais perdu, je ne savais pas non plus où regarder pour savoir d'où je venais... Parfois, je m'arrêtais, je m'asseyais sur un rocher ou sur un bout de plage désert, je regardais la mer, devant moi, mais il n'y avait rien... En marchant, un jour, sans but, longtemps, jusqu'à m'oublier, ne plus être alors que la sensation de marcher, je suis arrivé dans les ruines de l'ancien bagne... (Ce qui peut vouloir dire qu'il y en avait un nouveau, quelque part...) Un grand chien noir est venu vers moi et m'a léché la main...lundi 15 décembre 2008
J'ai aimé, 20 ans plus tard, revoir let's get lost. Il y a 20 ans, je n'avais vu que le délabrement, Chet Baker en phase terminale, je l'avais trouvé sordide, pathétique, peur constante que son dentier se décolle au milieu d'une chanson, j'étais ressorti du cinéma tout poisseux, misérable. Aujourd'hui, plus du tout. Un film sans fard, riche de points de vue, tendre. Chet Baker magnifique du début à la fin, égoïste, doux, malheureux, manipulateur, à bout de souffle, un attachant salopard tout écorché, un type qui au début avait une tête de cow boy et d'indien à la fin, un vrai rebelle sans cause mais avec trompette qui était un peu aussi sa canne. Toutes ces femmes magnifiques dans sa vie, toutes très différentes, la douce, la chienne, la maman et la putain... J'ai toujours aimé Chet Baker, profondément. C'est un peu Billie Holiday en garçon, quand il chante. Parfois, même, si on ferme les yeux, on dirait une femme. Chet Baker était trompettiste et chanteuse de jazz. Et puis il n'était pas plus délabré à la fin qu'au début. Il était comme ça. S'il n'avait pas existé, Miles Davis n'aurait peut-être pas joué comme il a joué. Si Miles Davis n'avait pas existé, ça n'aurait absolument rien changé, pour Chet Baker. Dès qu'il l'a entendu, Charlie Parker a voulu jouer avec ce petit blanc édenté. Les princes de la défonce. Sa drogue préférée? Celle qui fait peur à tout le monde, le speedball, un mélange d'héroïne et de cocaïne. Il dit ça comme il dirait qu'il aime la glace à la pistache. Il n'a pas appris à jouer. On lui a mis dans les mains une trompette, il a trouvé ça chouette, rien de plus, rien de moins, il a soufflé dedans. Il est mort en tombant du balcon d'une chambre d'hôtel à Amsterdam. Ça lui va bien, finalement. Il est tombé, c'est tout... dans un moment d'égarement, une absence... Il n'a peut-être même jamais eu conscience qu'il tombait tellement tomber lui était naturel. Je l'imagine mal se mettre à battre des bras et des jambes dans le vide en hurlant comme un indien qui tombe d'une falaise dans un western... Non, il devait être assis sur la rambarde, pensif, on dira... et il a basculé, doucement, presque au ralenti, avec cette même expression que sur la photo, qu'il a gardée tout du long, une cigarette continuant de se consumer entre le majeur et l'index jusqu'au moment peut-être où la brûlure le fera sursauter, se tenant à sa trompette avec l'air de se masturber, juste un peu décoiffé peut-être, la mèche au vent... Have a good trip Lady!jeudi 27 novembre 2008
Lester Young sera toujours dans mon cœur. Il m'arrive encore de siffloter Stardust, du début à la fin, 3'32'', la version de 1959, que j'avais apprise par cœur sur mon vieux saxophone, note après note et qui est restée gravée là, qui fait maintenant partie de moi. J'ai mis du temps, à vraiment aimer Lester Young, à vraiment l'entendre. Je ne le trouvais peut-être pas assez brillant, pas assez spectaculaire. Il ne crie pas, ne parle jamais pour ne rien dire, il murmure, le plus souvent, n'a pas peur du silence, il faut tendre l'oreille. Au début, je l'écoutais surtout quand il jouait avec Billie Holiday, il n'existait d'ailleurs pour moi que dans son ombre. Puis je me suis mis à l'entendre et jamais peut-être un musicien ne m'a touché autant. Les personnes qu'il appréciait, hommes ou femmes, il les appelait Lady. C'était la distinction suprême, Lady. Il n'attaquait pas les notes comme la plupart des autres saxophonistes. D'ailleurs, il ne les attaquait pas vraiment, les notes, il les libérait, plutôt. Il était tout autant habité à la clarinette et c'est bien dommage qu'il n'ait pas enregistré plus avec cet instrument, dont il est l'une des plus belles voix, sinon la plus belle. (Je pense aussi à Pee Wee Russell, à Jimmy Giuffre...) Je n'ai jamais entendu une seule note gratuite de Lester Young... Chacune était vivante... Même ses couacs étaient essentiels, poétiques... Charlie Parker, Lady Bird, dont je suis un fan absolu, s'est parfois singé, il faut être juste... John Coltrane, mon idole, s'est parfois perdu dans ses propres méandres... C'est aussi ce qui faisait leur splendeur... Ces deux-là étaient des extrémistes, des dangereux pyromanes, des aspirants icares. Pas Lester Young, peut-être déjà consumé, qui n'était que lui-même. Finalement, souffler dans son saxophone (Lady Violet) ce n'était pas plus important que fumer une cigarette, c'était même pareil, finalement, fumer une cigarette et souffler dans son saxophone, hautement spirituel. Parfois même, une cigarette, en se consumant, fait plus de bruit. C'est également ma philosophie, à moi qui ne suis hélas pas musicien, quand il me prend l'envie de souffler dans ma clarinette. Au moins, mes voisins ne se mettent pas à hurler à la fenêtre, quand je joue à deux heures du matin. D'ailleurs, parfois, après avoir longuement, pensivement mâchouillé mon anche parfois un peu dentelée, amoureusement caressé l'ébène de ma vieille et noble clarinette fêlée du bocal que j'ai moi-même restauré à la pâte à bois, promené mes doigts sur les élégantes, sensuelles mécaniques, je repose Lady Clarinette sur mes genoux, car la lune vient d'apparaître au coin de ma fenêtre, j'ai déjà eu mon moment de pure émotion musicale, j'estime même que pour une fois j'ai magnifiquement joué. Tant pis s'il n'y avait personne pour entendre.
