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vendredi 2 décembre 2011

The mayor of hell (Archie Mayo, 1933). Un gangster réformant une maison de correction, il fallait oser. Au début, il s'intéresse surtout à l'infirmière. Il n'a pas vraiment d'idéaux. Il veut juste la draguer. Ce qu'il fera, en épousant ses convictions à elle, en quelques sortes se réformant et alors on peut dire que c'est elle, la véritable réformatrice, la tête pensante, la révolutionnaire. Lui, il apportera son style. Car, sans style, rien n'est possible. Il instaure une république des enfants. Le vieux système répressif a fait son temps. Ça ira jusqu'à la révolution. Le directeur brutal et conservateur sera même mis à mort, après juste procès tout de même, poursuivi par une meute d'enfants vengeurs, finira même avec les cochons. James Cagney évitera de justesse la chaise électrique, acceptera à la fin le poste de directeur de maison de correction, car ça lui convient bien mieux que gangster finalement, là il s'épanouit vraiment, car il aime les enfants, surtout ceux de la rue et de la misère d'où il vient lui aussi... et puis il y a la jolie infirmière, évidemment... C'est un film d'une grande dureté, d'une grande violence et à la fois d'une grande joie. Le directeur a fini le crâne ouvert avec les cochons? Il l'avait bien mérité, le cochon... Il n'y a pas de quoi fouetter un chat en tout cas et encore moins un gamin même s'il avait des lueurs meurtrières dans les yeux... La société approuve... Bon débarras... (Le scénariste, Edward Chodorov, sera blacklisté en 1953...) On retrouve avec plaisir en gamin dur à cuire Frankie Darro qui jouait, la même année, dans l'excellent wild boys of the road de l'excellent Wild Bill Wellman. (Il avait quelques années plus tôt joué dans l'ennemi public le rôle de Cagney jeune. Bien des années plus tard, il fera Robbie le robot dans planète interdite...) Juillet 1934 : instauration du code Hays. Les anges aux figures sales, magnifique, tragique, sort en 1938. Une chape de plomb pèse sur tout le film. On voit bien ce qui a changé. James Cagney, le prince des gangsters, finit sur la chaise électrique. La société et la morale conservatrices gagnent toujours à la fin. Soit curé, soit gangster... Une petite chose aussi, qui m'a sauté aux yeux. Dans the mayor of hell, il y a un petit noir, parmi les enfants. En fait c'est un gamin comme les autres, pas du tout une caricature, il s'exprime même très bien, il a même un sacré caractère. Son père, lui, est une caricature, mais c'est la génération d'avant... Les choses ont donc changé... Dans les anges aux figures sales, Cagney, en prison, moleste un peu un noir en le traitant de sale negro. Je ne crois pas que Curtiz était plus raciste que Mayo. Seulement, il fallait aller au moins un peu dans le sens du poil des censeurs, qui n'interdisaient pas le racisme mais bien plutôt l'encourageaient. Il ne fallait plus mélanger... Un petit moment de racisme ordinaire pouvait dans certains cas peut-être faire pencher la balance du bon côté, voilant un peu certaines ambiguïtés qui sinon auraient été bien trop voyantes...

mardi 20 avril 2010

J'ai bien connu Ana Tot. Je la connais d'ailleurs toujours un peu. Il y a quelques jours, elle était à Lyon. On a dîné ensemble, deux fois. Ça faisait au moins cinq ans qu'on ne s'était pas vus. Elle n'a pas tellement changé. Elle m'a dit que moi non plus je n'avais pas tellement changé. Hier soir, j'ai revu les anges aux figures sales (James Cagney, c'était quand même la classe...) et je me suis souvenu que c'était avec elle que je l'avais vu la première fois. C'était du temps des tout premiers magnétoscopes, il y en avait un chez elle, on prenait des films à la bibliothèque... Ça ne nous rajeunit pas... C'était bien avant le Tournevisme... Alors, elle m'a offert son livre, plus un autre... On était à l'école ensemble, dès l'âge de 10 ans... On ne s'aimait pas tellement, au début... Une fois, elle a craché sur mon cahier... Je l'ai alors giflée... Devant tout l'monde... Voilà comment on s'est connus... Il est beau ce papier, je lui ai dit, en ouvrant le livre, en caressant les pages, broché?... Cousu! m'a-t-elle répondu. Plus tard, seul, je l'ai un peu lu, en picorant... Ça m'a rappelé des moments... Certaines choses étaient dans hélice... jadis... On se marrait bien, quand même, en ce temps-là... Même si on se bagarrait toujours un peu... (Elle avait une forte personnalité, j'avais parfois du mal à exister...) Sinon, on se serait peut-être bien ennuyés... Ce qui me fait penser qu'on s'est parfois beaucoup ennuyés, ensemble, quand on traînait, je me souviens... C'est peut-être bien l'ennui, qui est le point de départ de tout... En tout cas, il est bien, son livre, bien cousu... J'ai parfois ri bien fort... La poésie, il faut que ça soit drôle, sinon c'est bien trop triste...

lundi 12 avril 2010

Ah!... Olivia de Haviland, Errol Flynn!... Ah!... Captain Blood!... Michael Curtiz!... La grande aventure quoi, toute mon enfance retrouvée... Quand ça passait à la télé, c'était de la joie pure, du rêve les yeux écarquillés... Aujourd'hui, c'est toujours là, toujours le même effet... Après, ça c'est certain, je vais revoir l'aigle des mers... Qu'est-ce que je l'aime, celui-là, Michael Curtiz, qu'est-ce qu'il m'a fait rêver, quand j'étais p'tit... Comme c'est bien, Captain Blood... Mine de rien, le rythme est parfait, fluide, un rêve... Ce qui est remarquable, dans la mise en scène, c'est qu'on ne remarque rien... La signature, c'est qu'il n'y en a pas... Je m'exprime peut-être mal... C'est rare, de savoir disparaître avec autant de style... J'aimerais savoir en faire autant... Et comme c'est beau, l'amour, raconté de cette façon... Elle l'achète pour 10 pièces... Plus tard, il la rachète pour 12 perles... Esclave?... Otage?... Elle trouve ça drôle, de l'acheter, mais beaucoup moins drôle quand les rôles sont inversés... Alors, ce n'est plus un jeu?... Un peu de légèreté, voyons... Et puis quelle élégance, cet Errol... Et le beau regard grand ouvert d'Olivia alors, avec juste un très léger soupçon de tristesse qui donne envie de s'y noyer... Âmes à la mer!... Non, ça c'est avec Gary Cooper...

vendredi 11 décembre 2009

"I die inside when you kiss me..." qu'elle lui dit. Après une telle déclaration, lui, il ne peut qu'être cynique et blessant. On n'est pas dans un film à l'eau de rose. Lui, en plus, l'amour et les beaux sentiments, ça n'est pas trop son truc... Son truc, depuis ses 14 ans, c'est la vengeance... Alors, quand une petite prostituée lui déclare sa flamme, ça le fait méchamment ricaner... Elle est divine... Il ne peut être qu'odieux... C'est un moment très gênant, voire révoltant, mais tellement jouissif... Comme dans pick-up on south street, la fille se prend au début un grand coup de poing dans la figure. (Au cas où l'envie lui viendrait de faire la femme fatale...) Samuel Fuller était un peu boxeur, quelque part et avait un truc bien à lui pour faire tomber les filles. Quel punch, dans underworld usa... Il était très en forme... C'est un de ses meilleurs rounds... La violence est parfois plus percutante, quand on ne la voit pas directement. Jacques Tourneur l'avait bien compris. Mizoguchi également... Dolorès Dorn est magnifique... Je ne l'ai jamais vue dans un autre film... Dommage... J'écris son nom, pour m'en souvenir... (Elle a joué surtout pour la télé...) Dès le départ, on est pris par le rythme sec et nerveux, porté par l'efficace musique d'Harry Sukman, également presqu'inconnu au bataillon... C'est filmé de façon magnifique par Hal Mohr, que je ne connais pas non plus, mais après une rapide recherche je vois qu'il a travaillé pour Don Siegel, qu'il a aussi filmé rancho notorious pour Fritz Lang, Captain Blood... (J'adore les films de pirates, surtout avec Errol Flynn, un truc de quand j'étais gamin...) Le chanteur de jazz... qu'il était déjà là en 1915, au temps du cinéma muet, derrière la caméra... Enfin, il n'y a rien à jeter... C'est du tout bon Fuller... comme on l'aime... du nerf... et puis cette sorte de lyrisme sec... A la fin, j'ai eu envie de retourner voir quelques scènes, qui semblaient déjà gravées à jamais dans ma mémoire...