C'était histoire de calmer un peu les chevaux, après quelques galops qui m'ont un peu emballé la cervelle et le cœur — je me fais un peu vieux : les faire rentrer au petit trot, puis au pas, à l'écurie. Plus question désormais de traverser furieusement les steppes et au delà dans un nuage de poussière en massacrant tout. Juste un petit tour du pâté de maisons, ça ira bien, ma promenade digestive. Qu'ils se dégourdissent aussi un peu les jarrets, mes chevaux... Car j'ai appris à les connaître. Et à les tenir. (Je les ai lâchés, une fois, une vraie fois, j'ai vu ce que ça faisait, impossible de reprendre les rênes, failli même finir comme Messala, on ne m'y reprendra pas. On se croit fort, tellement fort, sur le coup, dans le feu de l'action, alors qu'on n'est au bout du compte qu'une vraiment toute petite merde...) Calmer ses chevaux, avant de rentrer. Ce n'est pas que pour soi, c'est aussi pour les chevaux, John Wayne le savait bien, dans la prisonnière du désert, qu'à un moment il faut calmer les chevaux, arrêter de faire galoper à bride abattue sa monture. Elle crèvera sinon avant destination. Ou alors c'est vous qui crèverez. Voire les deux. Quelle connerie... (Destination? Juste retourner à la maison. Nous fêterons ton retour dans les ruines et la cendre, est-il dit dans Ben-Hur.) Mais John Wayne il savait tout — ou presque — dans la prisonnière du désert. Je ne l'ai jamais pris pour un con, moi, John Wayne. Je l'écoute, quand il parle et même quand il ne parle pas ce que me disent ses yeux et même tout son corps de gros félin assoupi. Il m'intéresse. Souvent même me captive. Les chevaux, il connaît. Les Indiens aussi, il connaît. Un sacré bonhomme, John Wayne, dans la prisonnière du désert. Plein de haine? Eh oui... Plein de haine à vider... Et de dégoût... De lui-même surtout?... Et puis à la fin, n'est-ce pas, tout bien vidé, tellement soulagé, le pus tout bien drainé, il retourne dans le désert, où il n'y a plus de prisonnière, où il n'y a même plus personne ni plus rien, tout seul, car tout est dit, tout est joué, il peut bien maintenant se reposer, ou crever... Ceux qui méprisent John Wayne dans la prisonnière du désert sont des cons, je ne le dirai pas deux fois...
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jeudi 26 septembre 2013
vendredi 9 septembre 2011
1964. A distant trumpet. Le dernier western et même le dernier film de Raoul Walsh. Lui, il s'appelle Hazard. Elle, elle s'appelle Kitty. Hasard et Minou, si on veut. Hasard et Minou sont sur un cheval, donc. Noir, le cheval. Il a pourtant dans ses affaires la photo d'une belle blonde, la fille d'un général, très distinguée. D'ailleurs, elle aimerait bien lui mettre le grappin dessus, la blonde, elle vient même le retrouver, pour l'épouser, le plus vite possible, tellement elle a peur qu'il lui échappe, le Hasard. Elle le voit déjà général, comme papa, fringant, avec des médailles qui brillent et tout, dans des soirées de gala... Sauf que maintenant, il y a Minou. Elle est mariée, Minou, mais le hasard fait bien les choses, car son mari, cavalier lui aussi, se fait bientôt occire par les Chiricahuas. (C'est quand même bien bizarre : avant qu'il ne débarque, Hasard, au Fort de la Délivrance, ou de l'Accouchement si on préfère, ou plus épistolairement de la Livraison, ils n'avaient jamais vu la plume d'un Indien... Elle s'ennuyait alors tellement, Minou, même si elle était mariée alors avec un très gentil garçon...) Désormais, c'est donc la Veuve Minou. Elle est toute simple, pas du tout guindée comme la blonde. Elle fait drôlement envie, Minou, une bien jolie veuve, la Veuve Minou... Ah... vous avez entendu?... Là-bas, au loin... Une trompette?... C'est le signal... Mais de quoi?... Du réveil?... De la charge?... De la... retraite?... 13 ans après distant drums, Walsh tire sa révérence avec a distant trumpet... 23 ans après they died with their boots on, où Errol Flynn campait un Custer tellement élégant, glorieux, l'histoire est bien différente... Les Apaches ne sont pas sans noblesse... Les blancs ne sont pas sans reproche... Mais ce qui intéresse vraiment Walsh, ce n'est pas tant ce qui intéressait John Ford dans son dernier western, Cheyenne autumn, d'ailleurs sorti la même année, 1964, une année donc cruciale, pour le western, et même testamentaire... et la trompette, au loin, c'est peut-être alors celle de l'Adieu... (On a du mal à se dire qu'un film aussi dynamique, rythmique, vigoureux, est un dernier film.) Ce qui l'intéresse vraiment, Walsh, c'est Hasard et Minou sur un cheval, noir... le cheval... C'est même plutôt Minou, qui l'intéresse vraiment, parce que Hasard il est un peu transparent, finalement... Non?... Hasard, il fait bien les choses, c'est ainsi, c'est son rôle, on ne lui en demande pas plus... Pas toujours, mais là oui, il fait très bien les choses... Il fait même tout très parfaitement... Mais on a bien vite oublié son visage... On se demande même s'il en avait vraiment un de visage... On n'a d'ailleurs pas vraiment envie de s'en souvenir, pas plus que de son nom... Alors que Minou, on n'est pas prêt de l'oublier... ça non...
vendredi 17 décembre 2010
Elle est drôlement jolie, Constance Towers, dans les cavaliers, de John Ford. On est bien, dans ce western. On se promène. Ils se battent contre des réservistes éclopés. Un régiment d'enfants les met en fuite. Ils s'embourbent. Ils se font finalement rétamer par les confédérés. Mais on est bien. En somme, c'est une belle galère, cette chevauchée. Mais comme elle est jolie, Constance Towers, de plus en plus jolie, semant ses oripeaux le long du chemin... Alors ça change tout, ce n'est plus une déroute ordinaire... Et John Wayne n'est jamais aussi bien que quand il est fatigué, blessé... Il le porte sur sa figure... Ce n'est pas une balle dans la jambe qui va changer quelque chose... La balle, on la retire, ça fait mal sur le coup, un petit bobo de rien du tout... C'est son cœur, qui est blessé... Il se traîne, depuis toutes ces années... Aura-t-il une autre chance?... Le vieil animal a tendance à vouloir lécher ses blessures tout seul dans son coin... Mais certaines blessures ne guérissent pas comme ça... A la fin, il s'en va, à bride abattue, faisant sauter le pont derrière lui, pour retarder les poursuivants, mais alors on se dit qu'il la laisse derrière lui, aussi, qu'il coupe les ponts... avec elle?... Alors qu'il vient juste de la serrer dans ses bras pour la première fois?... Ou alors avec son passé... On ne sait pas trop... Ça se termine là... On est partagé entre un certain optimisme et une profonde tristesse...lundi 13 décembre 2010
J'ai une tendresse particulière pour Will Rogers, dans les 3 films qu'il a faits avec John Ford : Judge Priest, Doctor Bull, steamboat 'round the bend... Je les vois plus comme des films avec Will Rogers que comme des films de John Ford. Pourtant, ce sont bien des films de John Ford. Lequel regrettait tellement de ne pas avoir pu faire d'autres films avec Will Rogers. C'était le Sud, Will, le Sud que John aimait tant... S'il n'était pas mort en 1935... Je me demande si John Wayne aurait été John Wayne, si Will Rogers n'était pas mort en 1935... Y aurait-il eu Stagecoach, en 1939?... John Ford aurait-il été John Ford?... Bien sûr, qu'il aurait été John Ford, mais sans doute qu'il aurait fait d'autres films avec Will Rogers, parce qu'il aimait beaucoup Will Rogers, ils devaient boire de sacrés coups ensemble... Aurait-il eu envie de boire autant de coups avec John Wayne?... Ou tout simplement de l'inventer?... Car on peut se demander si John Ford n'a pas inventé John Wayne... Peut-être pour se consoler de la perte de Will Rogers... Pourtant, il n'y a pas grand chose de commun entre John Wayne et Will Rogers... John Ford n'a pas inventé Will Rogers... Will Rogers, c'était Will Rogers, un point c'est tout... Certes on avait vu John Wayne, avant 1939, il apparaissait même, simple figurant, dans des films muets de John Ford, puis il crevait l'écran dans The Big Trail, de Raoul Walsh, en 1930... Avant de retomber dans des westerns B, où certes il avait de l'allure, mais que fort peu d'aura... Jusqu'à Stagecoach... où il devient vraiment John Wayne... L' Icône du western... Et celui qui a peint l'Icône, c'est John Ford... Il n'aurait jamais pu faire de Will Rogers une icône... L'idée ne l'a sans doute même jamais effleuré... Parce que Will Rogers était Will Rogers et ce qu'attendait John Ford de Will Rogers, c'était qu'il fût Will Rogers... John Wayne, si ça n'avait tenu qu'à lui, il aurait fait cascadeur, un point c'est tout, c'est ce qui lui plaisait... John Ford ne filmera pas John Wayne comme il avait filmé Will Rogers... John Wayne était son invention, sa chose, son golem... Ces films-là sont plus des films de John Ford que des films avec John Wayne... John Wayne, c'est la Créature... En inventant John Wayne, John Ford s'est réinventé lui-même... John Wayne, c'est John Ford... Alors que Will Rogers, c'était Will Rogers... Suis-je bien clair?... John Ford, c'est John Wayne... Finalement, il fallait peut-être qu'il meure, Will Rogers, pour que John Ford renaisse... S'il n'était pas mort si tôt, Will Rogers, alors peut-être que John Ford n'aurait pas ressenti le besoin d'inventer John Wayne, ou de se réinventer lui-même je ne sais plus très bien... Parce qu'il était bien, en compagnie de Will, John, peut-être que ça lui aurait suffit, de rester avec Will, à boire des coups, dans le Sud profond, en remontant le Mississipi, un peu saoul, à moitié sommeillant... Le désert, les cow-boys et les indiens, ça ne l'intéressait pas tellement, à l'époque... Quelque part, on peut donc se réjouir qu'il soit mort si tôt, Will, même si on l'aimait bien... Parce que quand même, John Wayne, c'est une sacrée invention...samedi 2 mai 2009
Je suis toujours autant ému, quand je revois cheyenne autumn. Pour son dernier western, John Ford a vu les choses en grand, tourné en 70 mm, une distribution pléthorique, des paysages somptueux, cieux à couper le souffle. Un sergent d'origine polonaise dit qu'il est fier d'être dans la cavalerie, mais qu'il a honte d'être un cosaque. Je ne suis
pas seulement ému par la tragédie de l'agonie de la nation Cheyenne. Je suis ému aussi car ce film pourrait avoir pour titre : Ford's autumn. Il sait que c'est son dernier western. C'est ainsi une sorte de testament. Une veillée funèbre. De première classe. Presque tout le monde est venu. Même ceux qui ne font pas vraiment partie de la famille, Karl Malden fantastique, Edward G. Robinson, qui, on imagine, n'a pu se rendre à Monument Valley, pour une raison ou pour une autre et il semble être là parfois en duplex... Ne manquent que John Wayne (mais son fils est venu... et Richard Widmark est parfait...) et Victor Mc Laglen et peut-être aussi Ward Bond, ces deux derniers étant morts depuis quelques années et je me souviens du juge, dans Sergeant Rutledge, je m'étais dit que c'était un rôle pour Ward Bond, je comprends maintenant pourquoi il ne l'a pas joué... On retrouve Ben Johnson chevauchant, comme à la grande époque, aux côtés de Harry Carey Junior et ils n'ont pas pris une ride. John Carradine nous régale, comme toujours, dans une formidable scène de comédie, aux côtés de James Stewart et Arthur Kennedy (le duo mythique de certains westerns d' Anthony Mann), Wyatt Earp et Doc Holliday d'opérette, antithèses des personnages ténébreux et romantiques de my darling Clementine. On se demande ce qu'elle fout là, cette scène, puis tout devient clair. John Ford se moque un peu de lui-même, de la légende qu'il a lui-même créée. Il nous dit ainsi que la légende de l'Ouest, toutes ces histoires de héros solitaires dégainant leur révolver, tout ça est bien dérisoire, pour ne pas dire ridicule, c'est même du toc, à côté de la tragédie véritable, le génocide des Indiens d'Amérique, les seuls authentiques Américains. Jean Renoir, qui s'y connaissait, en êtres humains, disait de John Ford qu'il était un roi. Je suis du même avis.vendredi 1 mai 2009
Cimino, reviens!... (Après avoir revu la porte du paradis...) A une époque pas si lointaine, je m'en souviens, on attendait avec ferveur le prochain film de Michael Cimino. Il y avait eu the deer hunter, puis la porte du paradis, deux films extraordinaires, des films monde, énormes, crépusculaires, fin des années 70, début des années 80... Fin d'une époque. The end. En 85, je suis donc allé voir l'année du dragon, qui ne pouvait qu'être un nouveau chef-d'œuvre. Grosse déception, quand même, car ce n'était qu'un très bon film, comparé aux deux précédents. Puis, peu à peu, Cimino s'est éteint. Qu'attend-on, aujourd'hui, du cinéma américain? Michael Mann nous a pondu le formidable collatéral, voilà, un des films les plus mémorables de ces dernières années, mais qui n'est peut-être pas plus finalement qu'un sommet de virtuosité sans doute très melvillien, et juste après il nous a pondu un gros navet boursouflé à peine regardable. Scorsese est parti depuis bien longtemps à la pêche à l'oscar... Coppola a pris un coup de vieux... Lynch fait de la méditation transcendantale, ne s'est toujours pas remis de la vision de Persona d'Ingmar Bergman... Les jeunes?... Tarantino nous amuse un moment, nous donne surtout envie de voir les films qu'il recycle, souvent bien plus intéressants... Lodge Kerrigan, oui, par exemple, c'est monstrueux, mais pas franchement dans le genre fresque épique... Beaucoup de choses autrement qui sont déjà périmées en quelques années voire même en quelques mois, comme les ordinateurs, qui fonctionnent sur le coup, par des sortes d'effets de mode, qui manquent très vite de mémoire vive. Je m'ennuie, moi, aujourd'hui, au cinéma, je m'endors, souvent, je sais de quoi je parle, je suis projectionniste... La dernière fois, c'était dans la brume électrique, que j'étais pourtant impatient de voir, alléché par des critiques enthousiastes, me disant que Tavernier, grand et passionnant amateur de cinéma américain, se réaliserait peut-être enfin là-bas, mais je n'ai pas trouvé la brume très électrique, hélas et je me suis littéralement endormi, il faut dire aussi que c'était juste après un stage de quatre jours d'aïkido et que j'étais très... très détendu... A un moment, un mouvement de caméra m'a semblé tellement gratuit et mal fichu, un simple effet, que je me suis dit : là, j'ai le droit de me rendormir... Voilà le genre de films qu'on attend, aujourd'hui... Alors, quand j'ai le cafard, je revois the deer hunter, parfois aussi la porte du paradis. Parce que c'est grand, on se perd dedans, ça remue, c'est beau. Et puis il avait sa façon de prendre son temps... On n'est pas pressé, quand même, d'arriver au bout d'un film... Ce n'est pas une corvée... Plus c'est long, plus c'est bon, quand c'est bon, non?... C'était le rêve de D. W. Griffith, le père de John Ford et Raoul Walsh, de faire des films de dix heures, vingt heures... Ça n'a pas suivi... Pas de temps à perdre... Pas assez rentable... (C'est peut-être la télé, finalement, qui a réalisé le rêve de Griffith, avec certaines séries...) Cimino, lui, il s'en foutait, du temps que ça durait, et que ça prendrait à faire, et combien ça coûterait, et il avait bien raison... Et puis l'histoire, celle de son pays, il la voyait à sa façon, et il avait bien raison, d'autant plus qu'elle était sacrément belle, son histoire, pleine de bruit et de fureur, de tendresse aussi... Voilà, c'était du cinéma, du grand cinéma, le Paradis quoi... Depuis, on dirait que la porte s'est refermée...jeudi 30 avril 2009
Dans ses films tardifs, John Ford a peut-être eu besoin de régler ses comptes avec l'Amérique blanche et son histoire. Lui qui passait pour un conservateur, voire un réactionnaire, était en fait tout le contraire. En tant qu'Irlandais, il s'était longtemps senti considéré comme une sorte de nègre blanc. Qu'il ait joué un cavalier du Klu Klux Klan dans naissance d'une nation ne voulait pas dire qu'il avait quoi que ce soit de commun avec ces gens-là, pas plus que Raoul Walsh n'a désiré assassiner Lincoln ni encore moins se casser la cheville en sautant du balcon du... Ford's theater, où Lincoln fut assassiné. Dans Cheyenne autumn, Ford ne parle de rien d'autre que du génocide des Indiens d'Amérique. Dans Sergeant Rutledge, nous n'assistons pas au procès du sergent noir, mais à celui de l'Amérique toute blanche. Quel est son crime, finalement? D'être de très loin le plus beau mâle, le plus bel animal, sans doute le plus secrètement et violemment désiré des femmes (ce qu'il était d'ailleurs dans la vie...) et pour cette raison la cible de la haine des petits blancs envieux. S'ensuit forcément un crime sexuel... (Woody Strode est magnifique. Quel dommage qu'il n'ait pas eu plus de rôles conséquents, car il déchirait l'écran, évidemment dans Spartacus, les quelques minutes du début de il était une fois dans l'ouest, inoubliables, quand il boit dans son chapeau... dans les professionnels...) Là, il n'est pas le bon nègre, à la limite du très gênant, comme dans l'homme qui tua Liberty Valance. Il n'est pas non plus un dangereux Black Panther. Il est pour l'intégration, tout en étant lucide. On ne se bat pas pour les blancs, mais pour notre fierté. Il est noble, courageux. A un moment, il hausse le ton et on sent toute l'indignation qui dormait en lui, toute l'émotion. Trop approcher une femme blanche est dangereux. Un jour, cela changera... Cela a-t-il changé? Considérons le pourcentage des noirs dans les couloirs de la mort... Ils ont maintenant un président noir? Attendons un peu pour voir... J'aurais aimé être dans une salle de cinéma, en 1960, quand Sergeant Rutledge est sorti, en Alabama ou même n'importe où en Amérique, même à New York la progressiste où, quand même, Miles Davis, qui était depuis longtemps un dieu vivant du jazz, fut sévèrement passé à tabac à l'entrée d'un grand hôtel juste parce qu'il n'était pas de la bonne couleur. Ce n'est pas le plus beau western de John Ford. Ses plus beaux, je pense à my darling Clementine, stagecoach, Fort Apache, il les avait faits depuis longtemps et n'avait plus grand chose à prouver. C'est juste qu'il fallait mettre les choses au point, une fois pour toutes, au terme de ce long chemin.jeudi 19 mars 2009
J'ai toujours beaucoup aimé les westerns. Mes préférés, déjà tout petit, étaient ceux de John Ford, sans savoir qu'ils étaient de John Ford. (Juste après, venaient ceux d'Anthony Mann, sans non plus savoir qu'ils étaient de lui.) Il y avait comme une signature invisible, qui authentifiait certains westerns. Ceux-là, je les aimais plus que tout. Il y avait souvent John Wayne. J'aimais donc forcément John Wayne. J'aimais sa démarche de gros félin, surtout de dos. J'aimais la mélancolie qui se dégageait de ces films. L'importance donnée aux paysages, les grands espaces filmés non pas comme de simples décors, mais comme un Tout englobant, vivant, vibrant. La solitude, même au sein de la communauté. Je ne savais pas trop l'expliquer. Je ne cherchais d'ailleurs pas à l'expliquer. Ça me touchait. Comme me touchait, à un degré un peu moindre, la colère qui couvait en James Stewart, dans les westerns d'Anthony Mann. Aujourd'hui encore, ce sont mes deux cinéastes de western préférés, pour les mêmes raisons qu'autrefois. (Les autres, j'ai souvent du mal à les cerner. Raoul Walsh, par exemple, passait, d'un film l'autre, du grandiose à l'insignifiant ou presque... comme s'il avait expédié certains de ses films... Il m'est difficile de lier ses films dans une œuvre homogène, d'y lire une signature invisible, comme si tout était fait au coup par coup, au jour le jour... Mais ça a son charme aussi, comme s'il se réinventait à chaque fois...) John Ford et Anthony Mann sont les deux seuls que je reconnais aussitôt, comme je reconnais aussitôt le son du saxophone de john coltrane. Question de style, mais aussi de timbre. Parce qu'on peut aussi parler de timbre, pour l'image, si on veut. Je les vois du même œil que quand j'étais petit garçon, ces films-là. Les émotions sont toujours là. C'est quelque chose de primitif. Aucune ironie ne vient jamais interférer. Ce n'est pas un cinéma d'idées. C'est un cinéma d'émotions. Je me souviens quand John Wayne est mort, en 79, j'avais 13 ans, ils ont repassé à la télé plein de films de John Ford, la prisonnière du désert notamment, c'est à partir de ce moment que j'ai compris que mes westerns préférés étaient ceux de John ford, que j'ai pu mettre un nom sur tous ces films qui avaient depuis toujours une signature invisible. Ça a peut-être été alors la fin de l'innocence.mardi 2 décembre 2008
Je ne me souvenais pas qu'Alice dans les villes était un si beau film. Je l'avais vu à vingt ans et m'étais un peu ennuyé. Plus de vingt ans plus tard c'est comme si je le voyais pour la première fois. Ce que faisait Wenders, quand il faisait encore du cinéma... Un film plein de grâce qu'on peut voir sous des angles très différents, un road movie, un film sur l'enfance perdue retrouvée, sur l'abandon, la quête de soi, des paysages avec des gens dedans... Il y a une liberté, dans ce film, une allégresse, une jeunesse... Il a plus de trente ans, ce film... Dans un motel, on the road, au début, à la télé, on passe young Mr Lincoln, de john Ford, entrelardé de publicité, de tout et de n'importe quoi, une espèce de bouillie visuelle et sonore... A la fin, dans un train pour Munich, on apprend dans le journal que John Ford est mort. C'était en 1973. Ça sonne un peu comme "Dieu est mort". John Ford est mort, ça fait drôle d'apprendre ça, après ce long périple, c'est un peu la conclusion du film, John Ford est mort... dans la fiction, dans la réalité... Et alors? Et alors rien, il est mort, c'est tout... Qui ça? John Ford... celui qui a fait young Mr Lincoln, entre autres... Il aimait beaucoup les paysages lui aussi, surtout le désert, il filmait sans arrêt les mêmes montagnes, les "mitaines", que l'on voit partout, comme une signature... Alors, ils chevauchent deux ou trois jours, se retrouvent de nouveau devant les "mitaines"... Bien... Alors, les "mitaines"... elles se déplacent?... Peut-être, oui... Ou bien ils n'ont pas avancé d'un centimètre, même à bride abattue... Ils étaient sur des chevaux en bois... Les paysages, finalement, c'est dans la tête...dimanche 23 novembre 2008
J'ai relu pleure, Géronimo, de Forrest Carter. Ça m'a donné envie de revoir des westerns de John Ford, notamment Fort Apache. L'acteur ou plutôt le figurant qui joue Géronimo ressemble vraiment à Géronimo. Puis les apaches disparaissent dans la brume. J'ai envie de relire, en ce moment, et de revoir des films aussi. A une époque, je trouvais que c'était une perte de temps, de relire des livres, ou revoir des films. Il fallait que je découvre sans arrêt des choses nouvelles. J'ai beaucoup lu. Et je dois avoir un millier de dvd. C'est envahissant. J'en reviens toujours à John Ford, à Ozu, Douglas Sirk, Mizoguchi, Murnau. De ce dernier, j'ai vu pour la première fois City Girl, la semaine dernière, à la télé. Il y a une scène très belle, quand il revient au bercail avec sa jeune épouse, ils courent dans un champ, se roulent dans l'herbe, c'est beau, un très long travelling comme en a fait Mizoguchi, bien des années plus tard il me semble. Bien sûr il y a l'aurore, que je ne me lasse pas de revoir. Quels sont les films vraiment marquants de ces quarante dernières années? Y'en a-t-il eu un seul aussi beau que l'aurore ou que la vie d'O-haru femme galante? Après, à tête reposée, évidemment, putain ouais apocalypse now c'était vachement bien et puis j'ai revu Paris Texas la semaine dernière et j'ai pleuré, et tant d'autres... C'est quand même bien, le cinéma, merde... Je suis projectionniste, mais je vais de moins en moins au cinéma, je préfère être devant mon écran full hd, vautré dans mon canapé ikéa, ma théière à portée de main, ma minette ronronnant sur ma poitrine, mes étagères pleines de tous les films que j'ai aimés. Quand je vais dans une salle, le moindre défaut technique peut me gâcher un film. Ce n'est pas net, c'est mal cadré, la fenêtre est mal taillée, le film est rayé, on voit les repères de montage, le xénon pompe, le srd décroche, il y a un bruit de masse dans les enceintes, sans parler des bruits de mastication, du type qui te met ses genoux dans le dos, des écrans de téléphones portables qui s'allument, et caetera. Et puis il n'y a pas beaucoup de films récents que j'ai envie de voir. J'en vois des bouts, quand je suis au boulot, ça me suffit. J'ai vu des bouts de tous les navets sortis ces dernières années. Les bronzés 3? Oui oui... je connais bien... The dark knight?... Oui oui... aussi... Oui, j'exagère, il n'y a pas que ça, je suis de mauvaise foi, j'ai toujours été de mauvaise foi... je suis comme ça...

