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lundi 2 novembre 2009

Parfois, il n'y a pas grand chose à dire. C'est beau, c'est tout. C'est un modèle d'équilibre. C'est comme quand on boit un très bon vin. Laissons à d'autres les analyses. Moi, souvent, ça m'ennuie. Mais quand même, il faut le dire, il est légèrement tannique, belle robe foncée, un soupçon de fruits des bois... Il n'y a pas longtemps, j'ai vu soldier blue, en compagnie d'un critique de cinéma. On est allés boire un verre, après, on était à peine sortis qu'il avait déjà tout analysé, un film évidemment qui était une critique de la guerre du Viet Nam, avec un lien évident avec le lauréat... Je me suis dit qu'il avait sans doute analysé le film tout en le regardant... Mais l'avait-il bien vu?... De fil en aiguille, on parle film noir... Il m'envoie encore que Double Indemnity est le prototype du film noir... (Et Fritz Lang, alors, c'est pour les chiens?... n'ai-je pas eu la présence d'esprit de lui envoyer...) Il me parle aussi de pursued, de Raoul Walsh, un grand western psychanalytique, il me dit, que sa prof d'histoire du cinéma adorait... Bon... Ce que j'ai envie de dire : Moi aussi, j'ai joué ma vie à pile ou face... Moi aussi, j'ai tendu un revolver à la femme que j'aimais... Sauf qu'elle ne m'a pas raté...

jeudi 4 juin 2009

Il y a toujours quelque chose de mélancolique, dans les films de Billy Wilder. Une jeune femme un peu trop fine, un vieux Don Juan aux yeux de biche. J'ai vraiment compris pourquoi Audrey Hepburn me touchait à la fois tendrement et douloureusement depuis toujours, quand j'ai connu quelqu'un qui avait le même... problème, quoique dans un style bien différent... (D'ailleurs, c'est au cours de cette histoire, que j'ai appris qu'Audrey Hepburn avait ce problème... C'est par cette histoire que j'ai vraiment eu conscience de ce problème et que j'ai commencé alors à croiser beaucoup de femmes qui avaient ce problème... et ça me ramène alors toujours douloureusement, impuissamment, à elle... Quand je regarde cette photo, ce n'est pas seulement Audrey Hepburn que je vois, c'est elle... En plus, elle lui ressemble beaucoup, sur cette photo...) J'étais bien plus âgé qu'elle, un peu comme Gary Cooper dans Ariane (love in the afternoon), que je n'ai découvert qu'aujourd'hui. Je lui parlais parfois de Gary Cooper, d'ailleurs... que j'adore... Son côté féminin... (Dans Morocco, où il fait un légionnaire aux yeux de biche fardés comme ceux d'une princesse du désert, Marlène Dietrich est beaucoup plus virile que lui... Dans Désir, de Borzage, également...)... Je n'étais pas aussi vieux que Gary Cooper dans ce film... et je n'ai jamais vraiment été un grand séducteur aux yeux de biche... Mais je lui parlais de Gary Cooper... On se voyait souvent l'après-midi... J'ai le souvenir d'une sieste très agréable... (On dirait le paradis, elle a dit, ce jour-là...) J'avais acheté des films avec Gary Cooper, dans l'espoir qu'on les verrait ensemble... Des avec Fred Astaire aussi... (J'ai fini par les voir tout seul...) Un jour, je lui ai demandé de deviner à quel acteur on m'avait dit récemment que je ressemblais... Gary Cooper?... Pfff... Mais non, ne dis pas n'importe quoi... Gary Cooper, voyons, si je lui ressemblais ne serait-ce qu'un tout petit peu, tout serait sans doute très différent... Je me dis maintenant qu'elle ne le connaissait peut-être même pas, Gary Cooper... Ah... les jeunes, aujourd'hui... Parfois, dans mon cinéma, je discute cinéma... je me rends compte que certains ne connaissent même pas Gary Cooper... A quel acteur je ressemble? J'ai oublié son nom. Sérieux. Voyons... Non... ça ne me revient pas... Je vois sa tête, il est français, un poil plus vieux que moi... Mais le nom, je l'ai oublié... Je serais même incapable de dire dans quel film je l'ai vu... Il est assez banal je crois, le type qui passe un peu inaperçu... Je l'ai vu dernièrement dans un téléfilm pas si mal où il jouait un type qui disparaissait... Rien à voir avec Gary Cooper en tout cas... A la fin D'Ariane, j'étais tout remué... Comme elle est belle, Audrey Hepburn, quand elle court après le train... Mais je ne suis pas dans le train, hélas... C'est Gary Cooper, dans le train... Moi, je suis le type qui disparaît...

jeudi 9 avril 2009

Barbara Stanwyck et Fred Mac Murray formaient au cinéma un couple aussi magnétique pour moi et même plus que Gene Tierney et Dana Andrews. Dommage que (à ma connaissance) ils n'aient tourné que deux films ensemble, deux chefs- d'œuvre absolus, Double Indemnity, de Billy Wilder et there's always another tomorrow, de Douglas Sirk. Je ne me souviens autrement de Fred Mac Murray que dans la garçonnière, du même Billy Wilder, où il est également formidable, mais dans un second rôle. C'est aux côtés de Barbara Stanwyck (qui elle est toujours extraordinaire, je me souviens de la dominatrice bottée de cuir menant au fouet sa horde de cavaliers lubriques, transmutée en midinette dans forty guns, de Samuel Fuller, dans l'emprise du crime (the strange love of Martha Ivers), de lewis milestone, l'homme de la rue de Franck Capra, Pacific express de Cecil B. de Mille et tant d'autres merveilles...) qu'il devient vraiment inoubliable. Il est une sorte de golem, massif, inexpressif, une matière brute, minérale, elle lui insuffle la vie... Il y a vraiment quelque chose de poignant, là-dedans... (Ça me fait penser alors à Victor Mature, cet autre grand golem, tellement émouvant, quand il est bien dirigé... (my darling clementine, la proie, easy living, Ford, Siodmack, Tourneur...)). Barbara Stanwyck est une de mes actrices préférées, pas tellement pour le glamour, je n'ai jamais fantasmé sur elle, l'ai même parfois trouvée carrément repoussante, monstrueuse, car elle osait l'être, mais pour ce qu'elle a apporté à tous ces films qu'on ne pourrait pas imaginer une seule seconde sans elle, une sorte de générosité aussi qui faisait que son énorme talent irradiait son partenaire sans jamais le consumer. Je l'aime, en fait, Barbara, j'aimerais la prendre dans mes bras, et lui dire... Barbara... comme tu es... Barbara... regarde-moi ne serait-ce qu'un instant, pour que j'existe au moins un peu... Tu es monstrueuse, tu es belle, tu me fais peur, tu es tellement douce aussi, fragile, au fond, pathétique, Barbara, tu es malade, pourrie jusqu'à la mœlle, tu es très conne parfois aussi, tu es... Tout... Elle était le contraire d'une star obsédée par son image et qui ramène tout à elle. Je dis ça avec certitude alors que je ne connais pas du tout sa vie, n'ai jamais rien lu sur elle. Et c'est la vérité. Elle a rendu immortel un Fred Mac Murray qui autrement n'aurait été vaguement mémorable que dans des petits rôles. Dans Forty guns, elle est entourée, le plus naturellement du monde, d'acteurs de séries B et sa grande classe illumine leur jeu, ils ne sont jamais dans son ombre. Je n'en vois pas tellement d'autres, des stars hollywoodiennes comme ça. Qu'elle soit avec Gary cooper, un débutant nommé Kirk Douglas, ou un parfait inconnu, elle est grandiose. Avec Fred Mac Murray, c'est encore autre chose, dans ces deux films-là, c'est un vrai couple, tragique, et même fantastique... c'est tellement rare... Barbara et le Golem...