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mardi 24 juillet 2012

C'est toujours la même forêt. Qu'on aille au bout du monde, au delà des steppes d'Asie, au Japon, je ne sais où, qu'on se colle le nez à une benne pleine de pavés dans la rue en travaux. C'est la forêt. Quand on est myope, de toutes façons... Au moins, là, je ne me retrouverai pas nez à nez avec des touristes en short... Quelle tristesse, on me dira, il n'y a personne, dans votre paysage, il n'y a pas non plus d'oiseaux, ni de vent, ni rien... C'est vous qui le dites, je répondrai... Vous ne sentez pas la légère brise? Vous ne devinez pas la montagne derrière les arbres étiques? Vous ne ressentez pas le calme de l'étang? Tant pis pour vous... T'es parti où en vacances?... — A la benne... — C'était bien?... — Oh oui... — La prochaine fois tu m'emmèneras? — On verra... On risque quand même d'être un peu à l'étroit... — Ça semble immense pourtant... — Justement... Ce serait bien que ça le demeure... Et puis on gâcherait le silence, à bavasser comme on bavasse, dans une benne... Et puis on finirait au Vinatier, chez les lunatiques... — On y serait peut-être bien... — Peut-être bien... Il y a un grand parc... — Il y a des bennes aussi? — Bonne question... Je me renseignerai...

mercredi 16 mai 2012

Il a bien des visages, l'olivier, bien même des paysages. Et moi, le cul en l'air, à contempler. Les gens passent, se retournent : C'est qui ce dingo? L'a jamais vu un olivier?... Un pervers qui s'en prendrait aux oliviers?... Il y a tellement de choses à voir il faut dire, dans une ville, une foule de choses intéressantes, des boutiques de ceci, cela, des gens, des animations permanentes... Ça coûte combien ce truc?... Il me le faut!... Et moi, le cul en l'air, nez à nez avec l'olivier, je le touche, je le renifle, le regarde sous toutes les coutures. Aurai-je un jour la connaissance de ne serait-ce que cet olivier? En ai-je vraiment fait le tour en en faisant le tour? Et la petite feuille, l'y est toujours? — Oui, l'y est toujours... mais jusqu'à quand?... Un abruti va bien me l'arracher, ou écraser sa clope dans le trou, voilà bien ce qu'il risque de se passer... C'est vrai que j'ai l'air d'un idiot, comme ça, le cul en l'air, à regarder, toucher, renifler le tronc de l'olivier... mais je m'en fous... J'aurai bien voyagé, en tout cas, aujourd'hui, autour de l'olivier... Que de paysages différents, que d'émotions, tout art est bien pataud à côté de mon olivier... Je dis maintenant MON olivier... Il y en a d'autres, à côté, également plantés dans des gros bacs carrés de planches, sauf que je ne les connais pas encore, les autres, n'ai pas encore ressenti la nécessité d'aller les sentir de plus près... Un peu honteusement, j'admets que leur sort et même leur existence m'indiffèrent... Celui-ci a à peine commencé à me parler, je ne vais pas m'en aller aussitôt... Les oliviers ne sont pas des vitrines qu'on lèche l'une après l'autre... Et que j'aie l'air d'un idiot? Quelque part, ça m'arrange bien... Et que j'en sois vraiment un?... Encore mieux...

jeudi 28 avril 2011

Hideko Takamine est sublime, dans quand une femme monte l'escalier, de Mikio Naruse. Mizoguchi avait Kinuyo Tanaka. Ozu avait Setsuko Hara. Kurosawa, lui, avait Toshiro Mifune, c'était plus masculin, jusqu'à ce qu'ils rompent avec fracas. Naruse, peut-être moins possessif, partageait Hideko Takamine avec Keisuke Kinoshita. (La rivière Fuefuki, comme c'était beau, expérimental et classique à la fois... Et vingt-quatre prunelles alors... maîtresse petit caillou... comme j'ai pleuré, à la fin...) On l'a vue aussi chez Ozu. (Ah... les sœurs Munakata...) En fait, ils la voulaient tous, la belle Hideko... Dans quand une femme monte l'escalier, ils la veulent tous, aussi... Même si elle commence à vieillir, même si elle vomit du sang à cause de son ulcère... Son ulcère?... A cause de l'escalier, devoir le monter, tous les jours, quand on a horreur de ça... Naruse lui disait, à Hideko, avant de tourner : Vous n'êtes pas obligée de tout dire votre texte, si vous préférez l'exprimer autrement... Ils s'entendaient bien... Pas besoin de parler, souvent, on se comprend à demi-mot et même à pas de mot du tout... Le cinéma, ce n'est pas du blabla... Un visage, ce n'est pas qu'une bouche, c'est même souvent un paysage... Et celui d'Hideko alors, vous l'avez vu une fois, vous ne pouvez plus vous en détacher... Vous aussi, vous la voulez, Hideko!... Les paroles qui sortent de sa bouche sont plutôt une sorte de musique, un coup d'œil sur les sous-titres en anglais que vous comprenez à peu près vous apprennent que vous n'avez pas raté grand chose... Sa voix est une émanation de son corps, voilà, comme son parfum, le sens de ses paroles est finalement secondaire. (Le son détermine la phrase, disait Stan Getz...) C'est beau, le japonais, très expressif, musical, on saisit beaucoup de choses, de nuances, sans connaître la langue... Naruse est le dernier des quatre. Avant, ils n'étaient que trois, Ozu, Mizoguchi, Kurosawa, les trois piliers du cinéma classique japonais. Puis, sur le tard, à titre posthume, on a inclus Naruse. On n'arrivait pas à le situer, à le résumer, on ne le trouvait pas assez... japonais, zen... net... je ne sais pas quoi... On n'arrivait pas à l'adorer comme les trois autres... Il nous glissait entre les doigts, en somme... Il n'y a pas de héros, pas véritablement non plus de salauds... Tout le monde est sous la même lumière, disparaît dans la même obscurité... Les hommes, même si parfois ils sont veules comme chez Mizoguchi, ne sont pas que ça... Tout le monde a ses faiblesses... La femme n'a pas besoin d'être idéalisée pour être magnifique... (Même si, pour Naruse, La Femme, c'était Hideko Takamine...) [ Prononcer les "e" "é" et les "u" "ou"...]

dimanche 26 décembre 2010













à la croisée des chemins












au bord de la forêt

mercredi 6 janvier 2010

Parfois, je tombe sur une vieille photo que j'avais oubliée. (Et même trois...) Tiens, si je photographiais des flaques... je m'étais dit, un jour... Ce jour-là, j'étais à la terrasse du spleen, j'attendais pour visiter l'appartement où je vis aujourd'hui... Il est drôlement bien, ce bistrot, je m'étais dit, et puis cette rue... je m'y sens bien aussi... Comme tout est paisible... Et cette flaque, elle me plaît... je ne saurais dire pourquoi... Puis j'ai visité l'appartement... Tout blanc... Une lumière... De l'espace... Belle porte d'entrée... Belle vue sur les toits... Un grand évier ancien en émail... Un charme... C'était le dernier que je visitais, ma dernière chance de trouver un logement décent... pour Mouchette et pour moi... A une semaine près, je me retrouvais dans la rue avec mes cartons et ma minette, en plein hiver... On a tendance à oublier les galères... Cette flaque... je l'avais oubliée elle aussi... Dommage... Sans doute pour refouler l'angoisse de me retrouver bientôt à la rue, j'avais à ce moment-là fait le projet de photographier des flaques, des trottoirs humides, des reflets fantomatiques ou abstraits... Quitte à être dans la rue, autant y voir du beau... J'avais trouvé un garde-meuble... Des amis étaient prêts à m'héberger un moment... à me garder Mouchette... Puis, d'un claquement de doigts, l'angoisse a disparu... Alors, j'ai oublié mon projet de photographier des flaques...

mardi 2 décembre 2008

Je ne me souvenais pas qu'Alice dans les villes était un si beau film. Je l'avais vu à vingt ans et m'étais un peu ennuyé. Plus de vingt ans plus tard c'est comme si je le voyais pour la première fois. Ce que faisait Wenders, quand il faisait encore du cinéma... Un film plein de grâce qu'on peut voir sous des angles très différents, un road movie, un film sur l'enfance perdue retrouvée, sur l'abandon, la quête de soi, des paysages avec des gens dedans... Il y a une liberté, dans ce film, une allégresse, une jeunesse... Il a plus de trente ans, ce film... Dans un motel, on the road, au début, à la télé, on passe young Mr Lincoln, de john Ford, entrelardé de publicité, de tout et de n'importe quoi, une espèce de bouillie visuelle et sonore... A la fin, dans un train pour Munich, on apprend dans le journal que John Ford est mort. C'était en 1973. Ça sonne un peu comme "Dieu est mort". John Ford est mort, ça fait drôle d'apprendre ça, après ce long périple, c'est un peu la conclusion du film, John Ford est mort... dans la fiction, dans la réalité... Et alors? Et alors rien, il est mort, c'est tout... Qui ça? John Ford... celui qui a fait young Mr Lincoln, entre autres... Il aimait beaucoup les paysages lui aussi, surtout le désert, il filmait sans arrêt les mêmes montagnes, les "mitaines", que l'on voit partout, comme une signature... Alors, ils chevauchent deux ou trois jours, se retrouvent de nouveau devant les "mitaines"... Bien... Alors, les "mitaines"... elles se déplacent?... Peut-être, oui... Ou bien ils n'ont pas avancé d'un centimètre, même à bride abattue... Ils étaient sur des chevaux en bois... Les paysages, finalement, c'est dans la tête...