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dimanche 11 septembre 2011

Aru kyouhaku (Intimidation), de Koreyoshi Kurahara, est un petit bijou de film noir, qui commence un peu comme entrée d'un train en gare de La Ciotat des frères Lumière. C'est histoire de dire que ça commence toujours par un train qui arrive, le cinéma, c'est même l'histoire, ça a commencé comme ça, par un train, le cinéma, parce que finalement c'est la même chose, un train, le cinéma. Ça se finit dans un train d'ailleurs aussi. Soit on est dans le train, soit le train nous fonce dessus. Ça dépend des fois. Au début, on avait tendance à partir en courant. Puis, on s'est habitué. Il y en a eu bien d'autres, des trains, après... (Là, il faut que je parte au boulot... C'est l'heure...) ——— Bon, ça commence par un train, je disais... Et alors?... Alors, le train, cette fois, il ne nous fonce pas dessus, comme dans le film des frères Lumière. Pourtant, c'est le même genre de train, un à vapeur et c'est exactement le même cadrage. Ce n'est pas innocent. On n'hurle plus de frayeur, quand le train entre en gare. Ce n'est plus la panique comme au début. On sait maintenant que c'est du cinéma. On n'est plus des sauvages, en somme. (C'est peut-être bien dommage, mais c'est ainsi.) Le train, c'est du cinéma. Et alors? Alors, un type sort du train. Au début, on ne voit que ses pieds, ses chaussures, des chaussures de gangster, on se dit, et quand on voit le reste, son costume, son chapeau, sa dégaine, sa bobine, on se dit que maman avait bien raison quand elle disait que les chaussures ça dit tout sur un homme. Sauf qu'on se trompe et quelque part ça fait plaisir, car c'est tout de même agaçant, cette théorie sur les chaussures... Après aussi on se trompe. On croit que le prédateur est celui qui tient le revolver et la proie celui qui a la bouche froide du revolver contre la nuque. On croit que l'homme masqué manipule l'homme sans masque, en fait ce qu'il veut. On croit que le fort est fort et que le faible est faible. L'homme masqué croit savoir qui est l'homme sans masque. L'homme sans masque sait très bien qui est l'homme masqué et pourquoi même il est masqué et pourquoi il le braque de son arme... Et alors?... Alors, au début, un train arrive en gare et à la fin, on se retrouve dans un train. Peu importe où il va. Cette fois, on est dedans. On était peut-être même dedans avant d'y être, puisque le train, le cinéma, c'est la même chose.

samedi 6 décembre 2008

Pour moi aussi la vie est une succession de plans séquences liés par des fondus au noir qui sont comme de longs clignements de paupières. Parfois les personnages sortent du champ et on ne les suit pas, car ils ne faisaient que passer. Stranger than paradise. Il y a quelque chose de préraphaélite, dans ce film. Je pense à Giotto, je ne sais pas pourquoi. Et à Ozu. Aux films Lumière aussi. Quelque chose de primitif, de primordial. Un film qui ne ment pas, dans un monde où Griffith et Eisenstein n'auraient jamais existé. Et pourtant un film très moderne, quand il est sorti, je me souviens, et encore aujourd'hui. C'est comme si Giotto avait vécu deux siècles plus tard et avait malgré tout peint de la même façon. C'est un peu tiré par les cheveux, oui, c'est même un peu n'importe quoi. Le cinéma n'est pas la peinture. Et Jim Jarmusch n'est pas Giotto. C'est peut-être son plus beau film. Je ne l'avais pas revu depuis sa sortie. Ça me rappelle un autre road movie. On était partis d'Annecy en deux chevaux, pour aller à Genève, en hiver. Aurélio conduisait. Anne était très jolie genre Marina Vlady et s'était mise à chanter une chanson d'Edith Piaf. Moi j'essuie les verres, au fond du café... J'ai bien trop à faire, pour pouvoir rêver... Nos cols étaient remontés, car il faisait froid. On était au bord de l'ennui, mais juste au bord et ça avait quelque chose de magique. Comme dans stranger than paradise. Il ne se passe pas grand chose en fait, mais on est bien, non? On se croirait un peu dans stranger than paradise, j'avais dit. Ils m'avaient regardé d'un air blasé. Et ils n'avaient pas tort car dès que j'avais le cul dans une voiture je disais : on se croirait dans stranger than paradise. Sauf que cette fois, c'était vrai. Et Giotto, il faisait des road movies? Ah... foutez-moi la paix... D'ailleurs oui, il en faisait, et pas qu'un peu, si vous voulez savoir... Les meilleurs road movies que j'ai vus, c'est Giotto qui les a faits, pour en finir avec cette histoire.