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mercredi 2 juin 2010

Comme il était bon, ce John Mills... J'adore Hobson's choice... Peut-être le film de Lean que je préfère... Une variation ébouriffante, irrésistiblement drôle du roi Lear... Il y avait de sacrés acteurs, en Angleterre... Ce John Mills, quand même... Quand on pense à David Lean, on pense évidemment et à juste titre à Alec Guinness... Un peu moins à John Mills... Alors qu'il est extraordinaire dans trois de ses films qui sont peut-être les meilleurs : great expectations, Hobson's choice and Ryan's daughter... Sacrés films... (Dire que j'ai longtemps snobé David Lean, que je jugeais habile et insipide, ne sauvant guère que Lawrence d'Arabie... Je suis en train de me faire l'intégrale, découvrant notamment toute sa période anglaise, formidable... Quel style, ce David Lean...) Oui, c'est le même John Mills qui fera l'idiot dans la fille de Ryan... Il est... Autant Alec Guinness jouait et il pouvait tout jouer, à la limite parfois du cabotinage, même si j'aime beaucoup, autant John Mills était... Il est l'idiot dans la fille de Ryan... Il est le cordonnier d'Hobson's choice... Il est Pip dans great expectations... On ne le voit jamais jouer... Il incarne... Il est... Il ne se glisse pas dans la peau du personnage... C'est le personnage qui se glisse dans sa peau et l'habite...

mardi 11 mai 2010

J'aime les grands films. Forcément David Lean. La fille de Ryan est une telle merveille. Du début à la fin. On pourrait se passer des paroles, ce serait un très grand film muet. Il n'y a pas grand chose à dire. Il y a tout à voir. La splendeur de cette scène est à couper le souffle. Comme la nature peut être belle. Comme faire l'amour peut être beau. On l'oublie, parfois. Alors qu'il suffit d'ouvrir les yeux. De sentir. Ce petit vent qui passe dans les herbes. Ce léger frémissement. Au début, Rosy n'est qu'une silhouette minuscule au bord de la falaise. Elle échappe son ombrelle. Son ombrelle tombe. Un idiot, en bas, sur la plage, la ramasse. (L'idiot, c'est moi, celui que la mariée n'a pas voulu embrasser.) Il est central, l'idiot. Sans lui, il n'y a plus rien, peut-être. Il est muet. (Comme le cinéma.) Il est le sosie inversé du fringant officier britannique. Il a la même claudication, marche dans ses pas comme son ombre. Et puis cette scène, dans les bois. Ils sont tout nus. C'est le cœur. Autour de ce cœur, ce sont des ondes. Comment était-il possible de faire d'aussi grands, d'aussi beaux films? Plus personne ne sait. Il y a comme un secret perdu, oublié. C'était encore le cinéma, en 1970, les derniers feux, le crépuscule. Alors c'était grand, très grand. Le cinéma, cette monstrueuse fabrique à rêves, devait s'immoler dans un dernier flamboiement. A la fin, elle embrasse l'idiot, enfin. Elle n'en a plus peur, du monstre. Peut-être même qu'elle l'aime. Oui, elle l'aime, tendrement. De tout son cœur, comme elle aimait l'autre de tout son corps. Il pleure. De tristesse, de bonheur. Elle disparaît. Tout est dit. C'est fini.