Quand j'avais vingt ans, je ne jurais que par John Cassavetes. Aujourd'hui, je me sens plus proche d'un Paul Newman, par exemple. (Les acteurs, souvent, quand ils passent derrière la caméra, font des films extraordinaires.) Dommage qu'il n'en ait pas fait plus, Paul Newman... Même s'il aurait aussi pu se contenter de n'en faire qu'un, Rachel, Rachel, comme Charles Laughton a fait la nuit du chasseur. (J'aime beaucoup aussi le clan des irréductibles... Lee Remick y est tellement belle... Ah... Lee Remick... la grâce absolue... Il faut la voir dans le fleuve sauvage... dans le jour du vin et des roses... autopsie d'un meurtre...) Newman réussissait à capter quelque chose d'indéfinissable, de tellement infime, qui a peut-être à voir avec l'âme... Sans jamais juger, ni se moquer, ni donner en spectacle... On a le privilège d'être là, de pouvoir assister à ça, on se fait tout petit... C'est de l'émotion... Ce n'est pas du tout glamour, c'est juste humain... Tout est tellement juste... Sans effets de style, même s'il y a du style, ou plutôt peut-être : parce qu'il y a du style... (Il suffit de voir comment, en à peine une minute, au début du film, en quelques plans vides, le décor est planté...) Elle est bien seule, Rachel... dans son lit de petite fille... (Moi aussi, j'ai vécu longtemps avec ma mère...) La vie est tellement pesante... On étouffe... jour après jour... tout est toujours pareil... On dirait qu'il n'y a pas d'issue... Et pourtant... Mais non... Il voulait juste passer un moment, Rachel... Ce n'est pas si grave... Si?... C'est déjà bien, juste un moment, non?... Mais... alors...
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mardi 10 novembre 2009
Quand j'avais vingt ans, je ne jurais que par John Cassavetes. Aujourd'hui, je me sens plus proche d'un Paul Newman, par exemple. (Les acteurs, souvent, quand ils passent derrière la caméra, font des films extraordinaires.) Dommage qu'il n'en ait pas fait plus, Paul Newman... Même s'il aurait aussi pu se contenter de n'en faire qu'un, Rachel, Rachel, comme Charles Laughton a fait la nuit du chasseur. (J'aime beaucoup aussi le clan des irréductibles... Lee Remick y est tellement belle... Ah... Lee Remick... la grâce absolue... Il faut la voir dans le fleuve sauvage... dans le jour du vin et des roses... autopsie d'un meurtre...) Newman réussissait à capter quelque chose d'indéfinissable, de tellement infime, qui a peut-être à voir avec l'âme... Sans jamais juger, ni se moquer, ni donner en spectacle... On a le privilège d'être là, de pouvoir assister à ça, on se fait tout petit... C'est de l'émotion... Ce n'est pas du tout glamour, c'est juste humain... Tout est tellement juste... Sans effets de style, même s'il y a du style, ou plutôt peut-être : parce qu'il y a du style... (Il suffit de voir comment, en à peine une minute, au début du film, en quelques plans vides, le décor est planté...) Elle est bien seule, Rachel... dans son lit de petite fille... (Moi aussi, j'ai vécu longtemps avec ma mère...) La vie est tellement pesante... On étouffe... jour après jour... tout est toujours pareil... On dirait qu'il n'y a pas d'issue... Et pourtant... Mais non... Il voulait juste passer un moment, Rachel... Ce n'est pas si grave... Si?... C'est déjà bien, juste un moment, non?... Mais... alors...jeudi 5 mars 2009
J'aime Elia Kazan. J'ai toujours aimé Elia Kazan. J'aimerai toujours Elia Kazan. Même s'il a trahi un peu ses copains, du temps du maccarthysme. (Judas n'était-il pas le meilleur des apôtres?) Peu m'importe, finalement. (Tout comme peu m'importe que Céline ait été antisémite...) Ne restent que ses films. J'ai souvent entendu dire que sur les quais ce n'était pas si bien que ça, que c'était un peu... surfait, que les arcades sourcilières enflées de Brando c'est un peu trop, quand même... Peu importe. Ce sont les mêmes qui feront la fine bouche devant le fleuve sauvage ou la fièvre dans le sang... Le pire, c'est d'entendre, à propos de ces films, que c'est... pas mal... oui c'est pas mal... En revoyant sur les quais, j'ai été touché par un petit moment de grâce. Eva Marie Saint, comme elle était jolie, boit, pour la première fois, cul-sec, un petit verre de whisky. L'instant qui suit est magique. Ça dure une ou deux secondes. Elle devient d'un coup très sensuelle. Ce n'est plus la jeune fille sage. C'est une femme, d'un coup. Elle ouvre la bouche, comme pour reprendre sa respiration. Elle vient de goûter à quelque chose de très fort qu'elle ne connaissait pas avant et sa vie est sur le point de basculer. Il n'y en a pas tant que ça, des cinéastes qui m'ont offert ce genre de petits moments de grâce. C'est d'autant plus précieux que c'est fugace. Elle ouvre grands les yeux et la bouche comme pour reprendre de l'air. Juste avant, elle avait à peine trempé les lèvres dans le verre et dit, en souriant, que c'était agréable. Puis Marlon lui dit que ça se boit cul-sec... Effectivement, ce n'est pas le même effet. C'est fort. Ça peut couper un peu le souffle. Comme les films de Kazan. Ça se boit cul-sec. Si on trempe juste un peu les lèvres dedans, craintivement, on trouvera ça peut-être juste pas mal, en trempouillant la langue on sera peut-être même un peu écœuré, sirupé, au bout d'un moment, les papilles saturées, mais on n'aura jamais ressenti la force du breuvage. Pour cela, il faut s'abandonner, tout boire d'un coup, comme un petit verre de whisky. Au risque de perdre le plaisir de la dégustation? Un bon whisky est long en bouche, même s'il ne fait que passer. Ça ne se boit pas comme du vin.mercredi 25 février 2009
Je ne suis pas un grand fan de Buñuel. C'est peut-être parce qu'ils sont plusieurs. S'il n'y avait que le Buñuel français de la dernière période, je n'aimerais pas du tout Buñuel. L'Espagnol, je ne l'aime pas non plus beaucoup. Le Mexicain, lui, je l'adore. Luis Buñuel est un très grand cinéaste mexicain. Comme si, dans ce pays, il s'était vraiment épanoui. Ses films y sont plus populaires, plus humanistes, moins ouvertement polémiques et caricaturaux. Loin du vieux continent, il s'est peut-être un peu délesté de tout ce tralala... Le moindre petit film, comme Don Quintin l'amer, ou on a volé un tram, y prend un charme fou. Sans même parler de el, ou bien de el rio y la muerte, de la vie criminelle d'Archibald de la cruz, de los olvidados évidemment, et de bien d'autres... Le grand noceur!!!...(Si j'étais moins paresseux je disserterais sur l'art de l'ellipse dans les films mexicains de Luis Buñuel. Il y a des choses fabuleuses, que je n'ai vues que là... Dans el rio y la muerte il y en a une extraordinaire, qui m'a laissé tout bizarre, me demandant si j'avais vraiment vu ce que j'étais censé avoir vu, ou si j'avais eu une absence...) J'ai un gros faible pour la jeune fille (the young one), film mexicano-américain. On a du mal à y reconnaître la patte du Buñuel mexicain. Peut-être parce qu'il s'agit là du Buñuel américain, qui n'a fait qu'un film, la jeune fille. On songe un peu à Kazan, époque baby doll, mais juste un peu, actor's studio mis à part. C'est magnifique de bout en bout, plutôt très épuré, pour un film de Buñuel. Dommage qu'il n'en ait pas fait d'autres. (L'acteur noir n'est autre que Bernie Hamilton, jeune et encore assez svelte, qu'on retrouvera bien plus tard en capitaine Dobey dans la série Starsky et Hutch, je me disais bien, aussi, que je l'avais vu quelque part...) C'est un peu comme pour Renoir, dont j'ai enfin vu, dernièrement, l'homme du sud, petit chef-d'œuvre américain, l'air de rien. Ces deux-là étaient sans doute difficilement gérables par les studios hollywoodiens, leurs rêves n'étaient sans doute pas très conformes au rêve américain, sans doute un peu trop libres, grinçants, poétiques.