Avant, on rêvait mieux, quand même, je me dis, après here comes Mr. Jordan. On riait mieux aussi. On pleurait mieux aussi. Au cinéma. Il est boxeur, se crashe en avion même s'il a son saxophone porte-bonheur, dont il ne sait jouer qu'un air, son air, rengaine dans le genre de celles qu'Albert Ayler affectionna tant quelques années plus tard. D'ailleurs, je ne serais pas étonné d'apprendre que c'est après avoir vu ce film qu'Albert Ayler a vraiment trouvé son style, sa voix. (Il recevait souvent des menaces de mort, à cause de son style, de sa voix, qui pouvait déplaire à certains. On l'a retrouvé noyé, mystérieusement, dans l'East River, en 1970. La première fois que je l'ai entendu, un soir, à la radio, c'était summertime, ma vie a changé, vraiment. C'était à l'époque où je soufflais beaucoup aussi dans mon saxophone.) On rêvait mieux, je disais. Il se crashe en avion. Sauf que le collecteur d'âmes le collecte trop tôt. Ce n'était pas son heure. Maintenant, il s'agit de retrouver un corps. Variation, donc, sur le ciel peut attendre, ça donne envie de revoir les versions de Lubitsch et de Powell. C'était l'époque du jazz, on prenait un thème, on le jouait, ça n'emmenait jamais au même endroit, on ne s'en lassait jamais. Alexander Hall s'en sort très bien, très sobrement. J'essayerai d'en voir d'autres. En tout cas, je n'oublierai pas son nom, même si l'Histoire l'a peut-être un peu oublié. Mais qu'est-ce que l'Histoire? Chacun se fait la sienne. De mon point de vue, c'est toujours mieux en minuscule.
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mardi 13 décembre 2011
jeudi 2 septembre 2010
Bette Davis est hallucinante, dans Mr Skeffington, de Vincent Sherman. (Je refuse catégoriquement d'utiliser ou même de me souvenir du titre français, absolument mièvre...) Film assez singulier où l'on oscille longtemps entre comédie un peu cruelle et mélodrame. (Je n'ai pas souvenir d'un autre film mélangeant ainsi, si subtilement, les deux genres.) On ne sait jamais sur quel pied danser et du coup on boite tout du long. Très grande finesse de mise en scène de Sherman (qui n'a rien à voir avec le char d'assaut ni le génocideur d'Indiens), captation fugace de petits regards très éloquents, au début, notamment de Claude Rains, formidable. En 1944, à 36 ans, Bette Davis réussit à avoir la tête et la folie qu'elle aura presque 20 ans plus tard dans qu'est-il arrivé à Baby Jane, comme si elle savait déjà... C'est monstrueux, absolument gênant... Malgré le happy end (au goût un peu rance), Sherman réussit à être bien plus cruel que le Douglas sirk d'imitation of life... Dans ce sens, c'est peut-être un des plus beaux happy ends du cinéma hollywoodien... Gros malaise, à la fin... Un des plus beaux rôles de Claude Rains, au moins aussi mémorable que dans notorious... Ça me donne envie de voir d'autres films de Vincent Sherman, que je ne connais pas vraiment, quelques films par ci par là que j'ai oubliés, désormais j'y ferai plus attention... (Sur Wikipédia, Mr Skeffington est attribué à... Irving Rapper... On se demande qui écrit les articles...)
