Quel plaisir de découvrir un film d'Otto Preminger que l'on ne connaissait pas. On me dira qu'on ne peut découvrir quelque chose que l'on connaît déjà et je rétorquerai que l'on croit parfois connaître une chose, ou une personne, avant de vraiment, à un instant donné, faire l'expérience de sa connaissance, la découvrir, comme si elle nous avait été jusque là voilée, cachée. Mais, en ce qui concerne Daisy Kenyon, d'Otto Preminger, je ne l'avais jamais vu avant aujourd'hui et n'en avais même jamais entendu parler. C'est un drôle de film, qui laisse un drôle de goût. A la fin, j'avais un grand sourire et les larmes aux yeux, tellement je m'étais identifié à Henry Fonda. On croit tout du long que c'est un film noir. L'ambiance est là. On attend. On sent la part d'ombre qui veut s'épanouir, qui n'attend que le déclic pour emporter et engloutir les personnages. On en a même terriblement envie. C'est comme un désir contenu. Au bout d'un moment, une sorte de frustration s'installe. On n'est pas où on devrait être, on ne ressent pas ce qu'on devrait ressentir. Tout ce qui semblait menaçant, noir, et qui est tenu jusqu'à la fin (le téléphone qui sonne interminablement, même hors-champ... Sergio Leone avait-il vu ce film avant de faire il était une fois en Amérique?...)... tout s'étiole sans vraiment disparaître, revenant comme des volutes de fumée... C'est un faux film noir... Ou alors c'est un film noir perverti dans l'œuf... La grâce lunaire et faussement candide d'Henry fonda contrebalance parfaitement la virilité impulsive de Dana Andrews, acteur prémingerien emblématique tout autant trouble ici que dans le magnifique where the sidewalk ends... Il y a comme un virus injecté dans la mécanique prémingerienne... Il a lu Sun Tzu, c'est évident, l'amour est un art au même titre que la guerre... Et la femme dans tout ça?... Elle n'est pas fatale, elle est souveraine... On est très loin des stéréotypes habituels... Chaque personnage est d'une grande complexité psychologique... Le film continue, longtemps après la fin, comme si le téléphone, que personne n'a décroché, continuait de sonner...
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samedi 28 novembre 2009
Quel plaisir de découvrir un film d'Otto Preminger que l'on ne connaissait pas. On me dira qu'on ne peut découvrir quelque chose que l'on connaît déjà et je rétorquerai que l'on croit parfois connaître une chose, ou une personne, avant de vraiment, à un instant donné, faire l'expérience de sa connaissance, la découvrir, comme si elle nous avait été jusque là voilée, cachée. Mais, en ce qui concerne Daisy Kenyon, d'Otto Preminger, je ne l'avais jamais vu avant aujourd'hui et n'en avais même jamais entendu parler. C'est un drôle de film, qui laisse un drôle de goût. A la fin, j'avais un grand sourire et les larmes aux yeux, tellement je m'étais identifié à Henry Fonda. On croit tout du long que c'est un film noir. L'ambiance est là. On attend. On sent la part d'ombre qui veut s'épanouir, qui n'attend que le déclic pour emporter et engloutir les personnages. On en a même terriblement envie. C'est comme un désir contenu. Au bout d'un moment, une sorte de frustration s'installe. On n'est pas où on devrait être, on ne ressent pas ce qu'on devrait ressentir. Tout ce qui semblait menaçant, noir, et qui est tenu jusqu'à la fin (le téléphone qui sonne interminablement, même hors-champ... Sergio Leone avait-il vu ce film avant de faire il était une fois en Amérique?...)... tout s'étiole sans vraiment disparaître, revenant comme des volutes de fumée... C'est un faux film noir... Ou alors c'est un film noir perverti dans l'œuf... La grâce lunaire et faussement candide d'Henry fonda contrebalance parfaitement la virilité impulsive de Dana Andrews, acteur prémingerien emblématique tout autant trouble ici que dans le magnifique where the sidewalk ends... Il y a comme un virus injecté dans la mécanique prémingerienne... Il a lu Sun Tzu, c'est évident, l'amour est un art au même titre que la guerre... Et la femme dans tout ça?... Elle n'est pas fatale, elle est souveraine... On est très loin des stéréotypes habituels... Chaque personnage est d'une grande complexité psychologique... Le film continue, longtemps après la fin, comme si le téléphone, que personne n'a décroché, continuait de sonner...mardi 10 novembre 2009
L'hiver, souvent, je chôme. J'aime bien. Je suis un peu ours. J'hiverne. J'ai un bon et joli poêle Auer. (J'aime le ronflement paisible du poêle, l'hiver...) Les après-midis sombres et froids, sur mon canapé, je m'emmitoufle dans ma couverture écossaise un peu miteuse, ma théière à portée de main, Mouchette ronronnant sur mon ventre, je me tape un bon petit western. (Hier, c'était le formidable the texas rangers, du King Vidor, la veille c'était the man from Alamo, du Budd Boetticher... Que des pépites...) C'est chouette, Canyon Passage... Normal, c'est signé Jacques Tourneur... Jacques Tourneur, ça sonne en moi comme Otto Preminger, ou Robert Wise... Il va y avoir du cinéma, ça veut dire... De la belle ouvrage... Le technicolor automnal exalte la rousseur de Susan Hayward, tout autant sensuelle que dans Garden of Evil que j'ai revu aussi récemment, grand western du grand Hathaway. Le technicolor adorait les rouquines. (On a la chance, aujourd'hui, en dvd, d'avoir accès à de très belles copies. Je viens de m'offrir deux petits coffrets universal indispensables : classic western round-up, en zone 1, pour 3 francs 6 sous, sur amazon uk... Les copies sont toutes très belles, ce qui n'est pas toujours le cas des copies diffusées dans nos contrées...) J'aime le jeu toujours très sobre de Dana Andrews. C'est un film qui gagne à être revu, pas si simple qu'il en a l'air. Plusieurs triangles amoureux, notamment... Ward Bond, en brute épaisse, est fameux et sa fin pathétique. Les indiens massacrent abondamment, femmes et enfants inclus, mais on comprend bien pourquoi... Et puis, il y a un rythme... Ce n'est peut-être pas aussi mémorable que out of the past, ou cat people... On prend peut-être un peu plus son temps, ici, il y a une sorte de paresse que j'aime bien, un genre de ballade...jeudi 9 avril 2009

Barbara Stanwyck et Fred Mac Murray formaient au cinéma un couple aussi magnétique pour moi et même plus que Gene Tierney et Dana Andrews. Dommage que (à ma connaissance) ils n'aient tourné que deux films ensemble, deux chefs- d'œuvre absolus, Double Indemnity, de Billy Wilder et there's always another tomorrow, de Douglas Sirk. Je ne me souviens autrement de Fred Mac Murray que dans la garçonnière, du même Billy Wilder, où il est également formidable, mais dans un second rôle. C'est aux côtés de Barbara Stanwyck (qui elle est toujours extraordinaire, je me souviens de la dominatrice bottée de cuir menant au fouet sa horde de cavaliers lubriques, transmutée en midinette dans forty guns, de Samuel Fuller, dans l'emprise du crime (the strange love of Martha Ivers), de lewis milestone, l'homme de la rue de Franck Capra, Pacific express de Cecil B. de Mille et tant d'autres merveilles...) qu'il devient vraiment inoubliable. Il est une sorte de golem, massif, inexpressif, une matière brute, minérale, elle lui insuffle la vie... Il y a vraiment quelque chose de poignant, là-dedans... (Ça me fait penser alors à Victor Mature, cet autre grand golem, tellement émouvant, quand il est bien dirigé... (my darling clementine, la proie, easy living, Ford, Siodmack, Tourneur...)). Barbara Stanwyck est une de mes actrices préférées, pas tellement pour le glamour, je n'ai jamais fantasmé sur elle, l'ai même parfois trouvée carrément repoussante, monstrueuse, car elle osait l'être, mais pour ce qu'elle a apporté à tous ces films qu'on ne pourrait pas imaginer une seule seconde sans elle, une sorte de générosité aussi qui faisait que son énorme talent irradiait son partenaire sans jamais le consumer. Je l'aime, en fait, Barbara, j'aimerais la prendre dans mes bras, et lui dire... Barbara... comme tu es... Barbara... regarde-moi ne serait-ce qu'un instant, pour que j'existe au moins un peu... Tu es monstrueuse, tu es belle, tu me fais peur, tu es tellement douce aussi, fragile, au fond, pathétique, Barbara, tu es malade, pourrie jusqu'à la mœlle, tu es très conne parfois aussi, tu es... Tout... Elle était le contraire d'une star obsédée par son image et qui ramène tout à elle. Je dis ça avec certitude alors que je ne connais pas du tout sa vie, n'ai jamais rien lu sur elle. Et c'est la vérité. Elle a rendu immortel un Fred Mac Murray qui autrement n'aurait été vaguement mémorable que dans des petits rôles. Dans Forty guns, elle est entourée, le plus naturellement du monde, d'acteurs de séries B et sa grande classe illumine leur jeu, ils ne sont jamais dans son ombre. Je n'en vois pas tellement d'autres, des stars hollywoodiennes comme ça. Qu'elle soit avec Gary cooper, un débutant nommé Kirk Douglas, ou un parfait inconnu, elle est grandiose. Avec Fred Mac Murray, c'est encore autre chose, dans ces deux films-là, c'est un vrai couple, tragique, et même fantastique... c'est tellement rare... Barbara et le Golem...