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jeudi 5 janvier 2012

J'ose à peine en parler. Il faut dire que c'est un peu gênant... Voilà comment ça s'est passé... Nous nous sommes rencontrés, je ne sais plus très bien où, une soirée, il y avait pas mal de monde je crois, pas mal de bruit et de fumée. J'ai tout de suite été captivé par son regard. Je ne voyais maintenant plus qu'elle se détachant dans la fumée et ne percevais plus qu'un très subtil acouphène dans le silence cotonneux. Une petite brune un peu garçonne, jolie, pétillante, plutôt fine. Elle me dévorait gentiment des yeux. Je la dévorais également. Encule-moi, m'a-t-elle dit en guise de préambule, tendrement, innocemment, les yeux dans les yeux, comme elle m'aurait dit embrasse-moi... C'est même la première chose qu'elle m'a dite, quand je suis arrivé tout près d'elle et qu'on s'est retrouvés les yeux dans les yeux... Ça m'a un peu gêné, au début, je l'ai trouvée quand même très directe... S'il te plaît, a-t-elle supplié, avec une petite moue désarmante... Finalement, pourquoi pas, me suis-je dit, et lui ai-je dit, si tu y tiens tellement... Il faut préciser que ça n'avait rien de vulgaire, dans sa bouche... Je lui ai quand même fait remarquer qu'il y avait beaucoup de monde, qu'on ne pouvait pas faire ça comme ça aussi simplement devant tous ces gens même si j'étais bien conscient qu'ils n'existaient pas vraiment, tous ces gens, parce que les gens, ça n'existe pas vraiment, mais quand même... Devant tant de pudeur, elle a éclaté d'un rire joyeux... Et nous sommes partis... Elle a glissé gentiment son bras sous le mien... On allait trouver un endroit plus propice... Bien... En chemin, je l'ai sentie à un moment soucieuse et elle a voulu alors me présenter à son père... J'ai fait un peu la grimace... Allez, quoi, c'est juste à côté, viens, il est gentil tu verras... Et puis ça devenait sérieux nous deux, il était temps qu'elle me présente à son père... Elle n'avait jamais présenté un garçon à son père, pour dire que ce n'était pas rien, elle et moi... Ça m'embêtait un peu car je n'aime pas trop les pères, en général, je trouve qu'ils me regardent toujours un peu de travers, je ne sais pas pourquoi... Mais j'ai fini par céder... C'est vrai que nous deux, ça devenait sérieux, à un moment ou un autre il aurait bien fallu que je rencontre son père... Tu m'enculeras après, t'inquiète pas, m'a-t-elle rassuré... Bon... Nous nous sommes rendus ainsi chez son père. Il faisait déjà jour. On était même dimanche midi. Son père habitait sur les boulevards, à Paris. Ça circulait beaucoup. L'appartement était un peu bruyant. Les vitres tremblaient. Au début, j'ai fait un peu la grimace, car son père c'était Le Pen. (Moi qui avais toujours cru que ses filles étaient blondes et athlétiques...) Au bout d'un moment, je me suis quand même détendu, je l'ai trouvé même bien sympathique, son père, drôle, chaleureux... A la fin, on s'entendait même comme si ensemble on avait fait l'Algérie... Après le repas, elle m'a montré sa chambre, une chambre d'adolescente bien sage, toute bien rangée, elle était assise au bord du lit, toute timide soudain, me confiant que j'étais le premier homme à entrer dans sa chambre... (Au mur, j'ai remarqué ma photo...) Ton père n'est jamais entré?... Baissant la tête, elle a alors un peu rougi... Puis il était temps de s'en aller... On a fait nos adieux à son père... C'était émouvant... On s'est même embrassés... Dans la rue, elle a glissé tendrement son bras sous le mien, j'étais content, elle aussi était contente, son père ne m'avait pas rejeté, on était bien, la vie était belle, il y avait un grand et beau soleil, j'allais enfin pouvoir l'enculer...

lundi 23 février 2009

Je me suis dit qu'il était enfin temps, à bientôt 43 ans, de commencer à explorer un peu un genre vieux comme le cinéma, que je ne connais pas du tout, ne serait-ce que pour tenter de remettre en questions mes préjugés, je le confesse, plutôt négatifs. Un jour, à Paris, avec Marie-Laure, lors d'une grande et belle exposition consacrée à l'érotisme, j'ai vu un petit film de Man Ray, deux lesbiennes, tête-bêche, se léchant, en boucle. J'ai trouvé ça très bien, troublant (grosse érection, au Palais de Tokyo) et même beau. J'avais vu l'empire des sens, un film très fort, allant jusqu'à être très choquant, magnifique. Je ne voyais pas comment on pouvait aller plus loin dans la mise en scène du sexe, du plaisir. J'apprécie beaucoup aussi les films bondage de Masaru Konuma, des petits bijoux parfois assez dérangeants. Yasuzo Masumura, lui aussi, est allé assez loin dans le genre. Que des Japonais, je remarque. Peut-être ont-ils un rapport au corps plus sain que nous autres, pour pouvoir l'exprimer ainsi jusqu'à l'extrême, ce qui me fait aussi penser au très sulfureux et burlesque Fantasmes du Coréen Jang Sun-Woo. En même temps, ce ne sont peut-être pas des films qui intéressent les vrais amateurs de cinéma porno. Je vais être désobligeant peut-être : ce ne sont peut-être pas des films pendant lesquels on peut se masturber facilement. Du porno soft, on dit? J'en ai vu un très bien, sur Arte, il y a quelques mois : Abigail Leslie is back in town. Un film américain, des années soixante-dix. Ça m'a donné envie d'en voir d'autres. Car il paraît que c'est l'âge d'or du porno, les années soixante-dix. Pas réussi à trouver derrière la porte verte. Pas réussi à trouver un site qui parle de façon au moins un peu érudite et séduisante de la chose. J'ai donc décidé d'y aller au petit bonheur, de commencer à essayer de dénicher des perles, du moment que ça ne dépassait pas une (toute petite) poignée d'euros. J'avais entendu parler d'Ovidie, par des gens très sérieux, plutôt en bien, genre égérie nouvelle vague du porno. Dans la peau d'Ovidie, de Stan Lubrick, ça peut être bien, au moins rigolo, essayons, je me suis dit, en plus le film a reçu deux hot d'or, ce qui semble être une sacrée distinction, ce n'est donc sans doute pas le tout-venant. Alors, je me suis installé, ma théière à portée de main, douillettement entortillé dans mon plaid comme une larve de papillon parée pour la métamorphose, comme devant un film d'Ozu, tranquille, sans préjugé. Quelle déception... Tout y est laid, inexpressif, sérieux, même Ovidie... Une succession de coïts interminables et tous semblables, interchangeables, comme un western où il n'y aurait que des duels sans queue ni tête, sans aucune progression dramatique, sans désir, qui serait bien mieux filmé par une simple caméra de surveillance sans personne derrière... J'ai bandouillé parfois un peu, au début, il faut être honnête... En y mettant un peu du mien, j'aurais pu, peut-être même, me secouer un peu... (Ça m'a aussi rendu triste car ça m'a rappelé une jolie petite fleur un peu maladive qui, la première nuit, s'est mise à quatre pattes, la croupe tendue, tous orifices soudain offerts et, d'une voix blanche, m'a dit fais ce que tu veux... Mais je ne veux rien, ma petite puce, louchant sur son charmant petit trou, bien net, délicatement étoilé, parfait, elle devait en être très fière...) L'ennui s'est rapidement installé et j'ai commencé à regarder ma montre quand j'ai deviné, à la deuxième scène de sexe, je suis très perspicace, qu'il lui éjaculerait sur les seins. J'ai tenu, jusqu'au bout. La métamorphose n'a pas eu lieu. (La larve a même fini par sécher dans le cocon.) Heureusement, j'ai eu la bonne idée d'aller voir le bêtisier, à la fin. Là, voyant ces bouts de scènes où les acteurs devaient parler, ça m'a fait penser à Rohmer. Mais pourquoi Rohmer n'a-t-il jamais tourné de porno? Je suis sûr, très sérieusement, que ce serait formidable. J'imagine. Et pourquoi Orson Welles n'a-t-il jamais tourné de porno? Quel dommage... Et Godard, il aurait pu, Godard, quand même, non?... Mais Rohmer, surtout, j'imagine bien, ce qu'il pourrait faire... Catherine Breillat l'a fait?... Comme c'est ennuyeux, pontifiant, boursoufflé d'intentions, pas du tout sensuel, les films de Breillat... Virginie Despentes a fait Baise-moi?... Misère... Je ne sais même pas si ça peut encore choquer le bourgeois, si c'était le but... Pourtant, je suis très féministe, moi, au fond, même si je n'ai pas l'âme militante... (Un ancien copain m'avait assuré, c'était le fruit de sa grande expérience, que toutes les femmes adoraient être sodomisées. Et toi, tu aimes être sodomisé? lui avais-je demandé. Ben non, enfin, je ne suis pas une femme moi... Et moi? J'avoue n'avoir jamais essayé, mais peut-être que j'aimerais ça, même si je n'y pense pas beaucoup, on ne sait pas... Peut-être que si une jolie petite harnachée comme il convient me le faisait tendrement, je ne sais pas, j'avoue mon inexpérience... Tous les hommes n'aiment peut-être pas être sodomisés... Il m'avait regardé, alors, avec ce petit air contrit qu'il avait parfois lors de nos discussions, me disant que je faisais de la rhétorique... ce que je n'ai pas nié...) Dans la foulée de dans la peau d'Ovidie (qui n'apprécie guère la sodomie, ça en fait au moins une, j'aurai au moins appris ça), j'ai vu Pretty Nina et Pop-Hard... A la fin, j'avais des fourmis dans les yeux... (Dans le second, les femmes avaient encore le droit d'avoir du poil, c'était donc un peu plus mystérieux, ce que j'en ai conclu.) Mais je ne m'avoue pas vaincu, même s'il me faudra sans doute du temps, avant d'y revenir... Il y a sûrement des belles choses, quelque part... Ce serait bien trop triste, sinon...