Parfois encore heureusement on tombe sur un film contemporain qui valait la peine d'être tourné. Essential killing est une hybridation réussie de... disons... Tarkovski et Rambo... Sauf que là, Rambo, c'est un moujahidin, c'est la grande différence et qu'il meurt à la fin... Il avait une femme, une très belle femme même, avec un beau voile bleu qu'elle enlevait parfois rien que pour lui. Il aimait mordre à pleines dents dans un fruit. Le soleil... Les paysages désertiques... Les choses simples... C'était son monde, sa vie... Il avait bien le droit, non? Quand des blanc-becs armés jusqu'aux dents, avec des hélicoptères et des tanks, envahissent son pays et lui enlèvent tout ce pour quoi il vivait et aimait vivre il devrait dire thank you? Il n'emmerdait personne et personne ne l'emmerdait. C'était même un homme bon. Et puis ensuite... hein... de fil en aiguille... Il ne s'est pas laissé faire... Question de survie... Moujahidin ou pas, croyant ou pas croyant, des mecs en veulent à votre peau après vous avoir enlevé tout ce qui faisait votre vie, vous avoir traqué, balancé des roquettes sur la gueule quand vous n'aviez plus que votre gueule et vos jambes pour courir, capturé, torturé, traité comme une méchante bête, déporté dans un pays tout froid et hostile... Des militaires américains ou français se sont fait tuer en Afghanistan?... Bien fait pour leur gueule, je dis... Et puis la guerre, c'est leur métier, non?... On s'étonne que des militaires se fassent tuer... Z'avaient qu'à faire postiers, ou boulangers... Ceux qui les tuent sont même de dangereux terroristes, voire même des lâches... Pour les nazis aussi les résistants étaient des terroristes... Z'avaient qu'à pas s'engager, ces cons... Le combat pour la démocratie?... Quelle plaisanterie... Alors lui, le moujahidin, ce n'est pas du tout son métier, la guerre... Il est tout seul... comme une bête... dans les bois... Et Allah dans tout ça?... On s'en fout un peu d'Allah... Il pourrait être athée, ce serait la même histoire, ou animiste, ou ce qu'on voudra... Il n'y a que survivre, dans la nature belle et hostile... des meutes de chiens féroces reniflant votre sang qui vous suivent à la trace...
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jeudi 2 février 2012
dimanche 5 juin 2011
Tout ce qui me dérangeait dans le cinéma de Gaspar Noé, ce voyeurisme, cette sorte de complaisance dans le malsain, s'est évanoui en voyant ce film. Ou plutôt en le vivant. C'est psychédélique. Un trip. Si on considère que son monde underground et même hardcore est malsain, ce sera un mauvais trip. Il faut le vivre par delà le bien et le mal, comme son premier opus très réussi et très dérangeant : carne. Si l'on se place du côté de la morale, c'est fini, il n'y aura pas de voyage. On restera dehors. Enter the void, peut-être le plus grand et plus beau film de ces dix dernières années. Gaspar Noé a trouvé. On peut se demander ce qu'il pourra encore filmer après. On pense évidemment à 2001, de Kubrick. (Son film culte.) The tree of life, de Malick, est à ranger dans la même catégorie cosmique très rare. Chacun avec ses images, son monde, son style, dit finalement la même chose. Pas besoin d'être soi-même adepte des drogues dures et du sexe de back-rooms, pour entrer, comme on n'a pas besoin d'être chrétien à tendance mystique pour entrer chez Tarkovski. La forme est en parfaite adéquation avec le fond. Car c'est la même chose, la forme, le fond. Un grand film psychédélique rythmé par des battements de cœurs technoïdes. Si on ne sait pas entrer, c'est la nausée. Si on commence à réfléchir à la situation, à se regarder dans le miroir, on prend mal au cœur et on tournera bientôt de l'œil. Il faut le prendre pour ce qu'il est, ce film, une expérience. S'y abandonner. Soit on l'accepte, soit on le rejette. On vous offre du LSD, en somme. On flotte. Et en même temps tout va tellement vite. C'est d'une grande beauté, en tout cas. Ça renvoie à l'enfance, qu'on a vécue, qui est toujours dans notre cœur.
vendredi 31 décembre 2010
J'étais tellement content, il y a quelques semaines, on ressortait à bout portant, dans mon cinéma, the killers, de Don Siegel, j'allais enfin le voir sur grand écran. Quelle déception quand j'ai compris qu'il ne s'agissait là que d'un petit thriller français, dont paraît-il on avait beaucoup parlé à la télé, mais je ne regarde pas beaucoup la télé. Je suis quand même allé le voir, comme ça, par curiosité, savait-on jamais : sans commentaire. Ils auraient pu choisir un autre titre que la traduction du the killers de Don Siegel. En même temps, j'avais trouvé ça bizarre, qu'ils ressortent à bout portant, dans mon cinéma, ce n'était pas trop le genre de la maison, mais comme je suis foncièrement optimiste je m'étais dit qu'ils faisaient des essais, maintenant qu'on passait de la vo et qu'on participait au festival Lumière et puis Don Siegel était au programme d'il y a deux ans, alors... en fin d'année, un petit classique, sur grand écran, quelle bonne idée, quel chouette cadeau, et puis ça a de la gueule, quand même, the killers... Je suis bien naïf, parfois... Du coup, pour me consoler, je l'ai revu chez moi, sur petit écran... Je préfère toujours la version de Siodmak, pour sa grande beauté formelle, mais j'aime beaucoup aussi celle-ci, plus nihiliste, carrément plus violente, on ne craint pas de brutaliser les aveugles et de tabasser les femmes, qui laisse une plus grande place aux tueurs, car ce sont eux qui mènent l'enquête... C'est dommage que d'autres cinéastes n'aient pas eu envie de refaire the killers... (Il y a bien eu le petit film d'étude de Tarkovsky, mais c'est tout juste une curiosité, un court-métrage un peu mal fagoté d'un génie qui ne s'était pas encore trouvé...) Les variations pourraient être infinies... Peut-être que Tarantino y a un peu pensé en brossant les personnages des deux tueurs de Pulp fiction... Michael Mann, par exemple, il pourrait nous en faire une autre version, de the killers... Il suffit de prendre la très courte nouvelle d'Hemingway et d'en faire ce qu'on veut... Ce ne serait pas pour effacer les deux versions précédentes... Ce serait plutôt comme jouer un thème de jazz, improviser, the killers... Que chaque époque ait sa version...mercredi 17 février 2010
Il y a des films qui laissent pantois. C'est le cas des films de Serguei Paradjanov. Ça ne ressemble à rien d'autre. Ça pourrait être de l'art brut. Des collages. Il aimait bien les collages. Il était fou ce Serguei? Ben oui. Sinon, ce serait bien terne, tout ça. Il faut avoir été fou soi-même pour vraiment l'apprécier. Sinon, ça reste extérieur, étranger à soi. Il faut avoir parlé avec les oiseaux, ou les biches, s'être perdu dans son propre reflet. Les chevaux de feu, c'est dans l'âme qu'on les monte. Il faut s'agripper à la crinière et bien serrer les jambes car ce sont les plus sauvages et brûlants des chevaux. Paradjanov, c'était peut-être le meilleur ami de Andrei Tarkovski. Tous les deux étaient fascinés par l'eau. Que d'eau... Il y a toujours de l'eau, dans leurs films... Des choses dans l'eau, sur l'eau... Des visages déformés... Mais peut-être que ce sont là nos vrais visages... Que nous dit l'eau?... Elle s'est noyée, Marichka... Le pauvre Ivan... L'eau fut sans doute le premier miroir de l'homme... C'est dans l'eau que Narcisse fut fasciné par son propre reflet... Autant Tarkovski semble réfléchi, concentré, maîtrisant tout, autant Paradjanov semble être dans une sorte de chaos strié de fulgurances, où seule le grâce fait sens... Car il s'agit bien de cela, de grâce... Quoi d'autre mérite vraiment que l'on se brûle sur de tels chevaux?... Qui n'a pas été sur le point de se noyer et, à cet instant, n'a pris conscience de la splendeur de la vie, de la lumière, là-haut, ne peut vraiment ressentir ce plan... Il faut avoir été fou, au moins une fois, et avoir failli se noyer... et avoir aimé... et perdu son amour...lundi 25 janvier 2010


Il aura fallu que Morris Engel soit mort depuis quatre ou cinq ans pour qu'on ressorte enfin le petit fugitif. Les cahiers du cinéma en avaient pourtant parlé avec enthousiasme, en 1953, lors de sa sortie. Il faisait même la couverture du fameux numéro dans lequel Truffaut réglait ses comptes avec le cinéma français à papa. Il fut honoré en outre, cette même année, d'un lion d'argent, à Venise, ex aequo avec les contes de la lune vague après la pluie. Autant le second est devenu à juste titre un incontournable classique, comme la plupart des films de Mizoguchi, qui, le pauvre, tel un sisyphe, toujours à rouler son caillou, semblait condamné à ne faire que des chefs-d'œuvre, autant le premier semble avoir été incompréhensiblement oublié tout ce temps. Mort à Venise, donc. Pourtant, quelle fraîcheur, quelle liberté, quelle poésie, quelle grâce. Avec une poignée de dollars, une caméra qu'il avait lui-même bricolée, un type faisait du cinéma. C'était aussi simple que ça. Quand on parle de cinéma indépendant américain, il semble si peu indépendant, comparé aux films d'Engel et de sa bande. Lovers and Lollipops est également d'une grâce absolue. Je me demande pourquoi on nous a caché ces petites choses si longtemps. Aucun effet gratuit, dans ces films, c'est vraiment du cinéma à l'état pur, de la cinématographie. Ça m'a beaucoup ému. Mon enfance a ressurgi, dans ce qu'elle avait de plus aventureux. Puis, car je suis sans doute dans une période où je déniche des joyaux, je tombe sur japanese girls at the harbour (je n'ose pas donner une traduction française du titre original, minato no nihon musume, car je ne lis pas le japonais...) film muet de 1933, de Hiroshi Shimizu, qui était un grand pote du grand Ozu, à ce que j'ai cru comprendre. C'est peut-être pour ça, qu'on l'a oublié. Si Ozu était la lumière, alors Shimizu était l'ombre. Si Ozu était l'ombre, alors Shimizu était la lumière. Tout n'est que mouvement, Chez Shimizu, quand Ozu se destinait à l'immobilité. Ah... le plan de la pelote de laine... On imagine longtemps qu'un chat est en train de jouer avec... avant de comprendre que ce sont les danseurs qui se sont emmêlés les pieds dedans... Ça semble anodin, amusant, léger, mais c'est tellement cruel... Un chat, il faut dire, ça peut être très cruel, en jouant... Le destin serait-il un chat et nos vies des pelotes de laine?... Et puis ce travelling, d'une fenêtre l'autre... Que de beauté... Il pleut sur le carreau... Le pot, dehors, a commencé à déborder... Et puis ces femmes... qui se promènent... ces visages... J'en avais les larmes aux yeux, tellement c'était beau, mon petit cœur tout serré... Un mélange de simplicité et de sophistication que je n'avais jamais vu ailleurs... Comme si ça ne suffisait pas, quelques jours plus tard, je suis tombé sur wings (krylya, en vo, mais comme je ne connais pas le russe...) de Larisa Shepitko, tourné en 1966, l'année de ma naissance. Et me voilà encore tout retourné... Les regrets, la frustration, puis tous les rêves qui reviennent, l'espoir de nouveau, l'ivresse, être de nouveau dans le ciel... Comme elle est belle, quand elle est dans les airs... J'en avais des frissons, à la fin, sur le sommet du crâne... Et elle, pourquoi l'a-t-on oubliée... Oui, d'accord, elle était l'épouse d'Elem Klimov... Oui, requiem pour un massacre (que j'avais revu une semaine auparavant, sans connaître du tout le lien entre Elem et Larisa) c'était sacrément monstrueux, je suis bien d'accord... Mais quand même, krylya, c'est infiniment plus... aérien... poétique, à mon sens... Non?... Ça ne me remue pas pour des raisons morales ou politiques... C'est métaphysique... Et puis la forme, la façon de nous embobiner tout ça, il y a quelque chose là aussi que je n'ai jamais vu ailleurs, qui n'appartient qu'à Larisa... Je ne saurais même pas en parler de façon rationnelle, tellement ça sort de mes catégories, de mes idées du cinéma, ça ne ressemble à rien d'autre de connu, parce que c'est neuf, tout comme les deux films dont j'ai parlé précédemment, ce qui les unit dans une trinité connue de moi seul... Alors ensuite, de la même Larisa, dans la foulée, je vois the ascent (voskhozhdeniye)... Là aussi, j'en ressors tout vacillant, tout embué... Mais... mais... Pourquoi nous avoir caché ça?... On sait qu'on ne les oubliera pas, ces films-là, ce n'est pas possible, c'est tellement... autre... something else, comme disait Ornette Coleman. Mais pourquoi alors les a-t-on oubliés?... Oui, à la même époque, en URSS, il y avait un jeune type aussi, qui s'appelait Andreï Tarkovski et qui commençait à faire des films pas trop vilains... Oui, c'est vrai... Un autre, aussi, ils étaient potes, qui s'appelait Paradjanov... Oui... Mais était-ce une raison pour oublier Larisa Shepitko?!!!... Elle est morte à 40 ans dans un accident de voiture?!!!... James Dean aussi!!!... Elle n'a fait que 4 films?... Mais c'est déjà énorme, je trouve... En même temps, quelque part, je trouve ça beau, d'être oublié... On imagine toutes les merveilles oubliées qui réapparaîtront peut-être un jour, mais peut-être pas... Et alors?... Qu'est-ce que ça fait?... Est-ce tellement important?... En tout cas, voir tous ces films vraiment extraordinaires en même pas une semaine, c'est presque du gâchis, comme se gaver de foie gras pour Noël... Il faudra savoir accepter de revenir à des semaines moins (vo)lumineuses, au pain sec et à l'eau... Atterris, mon garçon...mercredi 4 février 2009
J'ai depuis bien longtemps vu et revu tous les films d'Andreï Tarkovsky. Mon premier était son dernier : le Sacrifice. Quand il est sorti, en 1986, je suis allé le voir trois fois dans la même semaine, dans une salle déserte à chaque fois, comme s'il n'avait été tourné que pour moi. Je crois que c'est par ce film que je suis vraiment devenu cinéphile. Ce fut même une expérience qui dépassa largement le cadre du cinéma. (C'est peut-être ça, être cinéphile.) Chacun de ses 7 films est indispensable. Il n'a jamais refait le même. Le premier plan du premier film : un arbre vivant. Le dernier plan du dernier film : un arbre mort. Juste au milieu de sa filmographie, il y a le miroir. Si je ne devais garder qu'un film de Tarkovsky, ce serait le miroir. Dans son œuvre, c'est comme une clé de voûte, en plus d'être un miroir, une sorte de synthèse peut-être aussi, son poème. Une fois sur deux, je suis stupéfié par le miroir. Une fois sur deux, je m'y ennuie à mourir, n'ayant pas retrouvé ce qui m'avait transporté. C'est un film très étrange qui ne se laisse jamais vraiment saisir. Il est un peu comme la zone, dans Stalker. Le chemin n'est jamais le même. Tout change sans arrêt. Il faut pouvoir y entrer d'un cœur pur, sans idées préconçues, peut-être même avoir la foi.vendredi 21 novembre 2008
J'ai fait un rêve étrange. Il s'était passé quelque chose de terrible chez moi et le plafond était gorgé de sang. Je ne sais plus quel rôle j'avais. Je ne sais même plus si c'était le plafond, ou le plancher. Question de point de vue. En tout cas, c'était chez moi, ça j'en suis sûr. J'ai eu un dégât des eaux il y a quelques mois et le plafond n'est toujours pas réparé. Il pleuvait chez moi comme dans un film de Tarkovsky. En général, quand il pleut dans une maison, ça veut dire qu'elle est inoccupée, ou alors qu'elle est occupée par un mort, un souvenir, ou un fou. J'ai revu Solaris dernièrement. Il voit son père vaquer dans une maison où il pleut et il comprend alors que... Serais-je mort? Drôle de rêve. Le plafond était gorgé de sang. Ça s'était passé il y a longtemps, des années peut-être, mais le sang était toujours frais, s'était mis à goutter après des années où on ne s'était douté de rien. Il y avait eu des crimes, pas qu'un seul vue la quantité de sang et le plafond était comme une éponge bien gonflée. Ça me concernait sans vraiment me concerner. C'était bizarre. A un moment, j'essayais d'entrer par effraction chez moi, car il y avait des policiers partout. J'étais peut-être même recherché. A un autre moment j'essayais de trouver un coin pour dormir, mais c'était difficile car il y avait plein de gens, chez moi, des connus, des inconnus, qui cherchaient aussi un coin pour dormir. Et il ne fallait pas se mettre en dessous de là où ça gouttait du sang. En même temps, ça n'était pas vraiment dramatique, juste un peu inquiétant, sans plus. Parfois, la question de mon implication directe se posait, l'instant suivant c'était oublié.

