Vous étiez sublime, dans la fille dans la vitrine, de Luciano Emmer, la grâce absolue, à la fin j'étais en larmes, tellement vous étiez belle, je lui ai dit, les yeux dans les yeux, en guise de préambule. Elle était assise, les jambes croisées, très distinguée et très simple à la fois, dans un canapé dans le hall, un peu en avance, attendant la séance de casque d'or qu'elle devait présenter. Moi aussi, j'étais un peu en avance pour la séance car je devais la lancer et je l'ai vue et je l'ai reconnue et j'ai ressenti alors le besoin d'aller lui dire que je l'avais trouvée sublime et que je m'en souviendrais toute ma vie, une sorte même de pulsion alors que normalement je m'en fous, des acteurs, des gens connus, ils ne me font même aucun effet, ne m'impressionnent pas le moindrement. Personne ou presque ne l'avait remarquée et du coup il n'y avait pas foule, c'est aussi pour ça que j'y suis allé, je me suis assis sur l'accoudoir du canapé, je lui ai dit... Elle m'a regardée, alors et j'ai entendu sa voix, cette voix... Un de mes plus grands souvenirs, m'a-t-elle dit, émue... Elle m'a appris ensuite la mort récente de Luciano, avec qui elle était restée très proche, jusqu'à la fin, elle en avait les yeux tout brillants... Et puis il y avait Lino... Ah Lino... J'en avais oublié Lino, lui ai-je dit, tellement il n'y avait que vous... Quelle belle voix, Marina Vlady... 51 ans après la fille dans la vitrine, elle avait toujours la même voix et elle croisait les jambes pareil... Pendant qu'on discutait, je regardais parfois ses mains, parce qu'elle semblait souffrir un peu de ses mains, un peu d'arthrose peut-être il m'a semblé, elle avait un pouce légèrement déformé et ses poignets étaient un peu enflés... J'étais ému... La fille dans la vitrine, c'était elle, quand même, sublime... Ensuite elle s'est rendue dans la grande salle que j'ai allumée pour elle, avec soin, j'ai géré tout avec douceur et même avec amour, elle a fait son petit discours sur casque d'or, très court car elle avait un train à prendre... Quand elle est sortie de la salle, j'ai attendu un peu avant d'éteindre les poursuites, n'ai pas embrayé brutalement sur le film comme c'est souvent l'usage, ai éteint tout doucement la salle, les poursuites, puis l'écran, puis le reste, ai envoyé ensuite le film...
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dimanche 9 octobre 2011
samedi 31 octobre 2009
Un condamné à mort s'est échappé (ou le vent souffle où il veut) est le film de Robert Bresson qui me touche le plus. Finalement, ses meilleurs films sont des films d'action pure à la gloire de la Main et du travail manuel. (Pickpocket et un condamné à mort s'est échappé, mes deux préférés.) Toute l'attention est portée sur un seul objectif : s'évader. On ne s'évade pas n'importe comment. C'est une suite de petites choses qui s'imbriquent, de petits détails à régler. Ça prend du temps. Il faut être précis, habile, patient. C'est une œuvre à accomplir. Il y a des imprévus. Il faut savoir s'adapter. S'évader. C'est un travail perpétuel, acharné, méticuleux, sans lequel la vie n'a aucun sens, ou plutôt sans lequel on s'avoue vaincu. Il faut sortir. Peu importe ce qu'on fera dehors. L'essentiel c'est de ne plus être ici. Ailleurs, il y aura sans doute d'autres problèmes, ce sera peut-être même une autre prison, mais peu importe, on verra bien. Ce qui compte, c'est la main, c'est le travail de la main. C'est par la main, que le salut viendra et ça me rappelle ces grands peintres de la Renaissance qui peignaient si bien les mains. Dans le trou, de Jacques Becker, autre grand film d'évasion, c'était le corps, qui voulait s'évader. Là, c'est la Main. C'est un grand film mystique. Peindre le dôme de la chapelle Sixtine, ou s'évader, c'est à peu près la même chose. Dommage que Bresson n'ait pas réalisé plus de films d'action...
