J'ai la tête vide. Dure, plate et vide. Et ronde. J'ai l'air parfois de réfléchir. Mais je ne réfléchis pas. Je ne réfléchis rien. J'absorbe. Comme un trou noir j'absorbe. Tout se perd dedans, dans ma tête dure, plate et vide. Et ronde. Ça ne devient rien. Ça ne se reforme pas de l'autre côté. Parce qu'il n'y a pas d'autre côté. (Une bouche, mais pas de trou du cul.) Ça se perd, dedans, nulle part, car dedans il n'y a rien, il n'y aura jamais rien, c'est ainsi, même si certains vous diront qu'il y a quelque chose, qu'il y a même tout un monde en fait et que rien ne se perd, il n'y a rien, dedans, en fait, c'est tout vide et tout ce qui est absorbé dedans devient rien, se dissout dans ce rien, ce rien qui a toujours le même volume, toujours la même densité, c'est à dire qu'il n'a aucun volume et n'est qu'indensité. S'il n'y avait pas mes mains, ma tête tomberait, c'est cela qu'il faut voir, l'important ce sont les mains qui maintiennent ma tête dure, plate et vide et ronde qui sinon tomberait et on se trompe en pensant que derrière il y aurait un visage car derrière il n'y a rien, il n'y aura jamais rien, c'est ainsi et ceux qui croiront voir un visage, un regard, se feront une fois de plus abuser car il n'y a rien, il n'y aura jamais rien. Ce sont les mains, qui maintiennent l'illusion de la tête. Elles maintiennent jusqu'au moment où elle lâchent, car c'est lourd, une tête, même si c'est une tête vide, ça finit par peser, au bout d'un moment. Alors la tête tombe, roule le long du chemin, va se perdre dans les herbes, descendre les ruisseaux, les rivières, jusqu'à la mer peut-être avec beaucoup de chance. Les mains alors sans tête s'en vont en quête d'une autre tête. C'est leur seule raison d'être, trouver une tête, la maintenir un certain temps, jusqu'au moment où elles la lâchent, parce que ça devient trop pesant, passé un certain temps.
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dimanche 11 décembre 2011
mercredi 7 décembre 2011
Je ne me souviens plus du début, mais je connais déjà la fin. Car c'est toujours la même fin. Je pensais, à une époque, que j'y arriverais, que j'étais fait pour ça. Être fait pour ça, quelle drôle d'idée. Ça quoi? Ça. Je pensais même que ma voie était toute tracée. Je ne sais pas comment m'est venue cette idée. Une pente, un arbre mort, une trace. Ce qu'on ne voit plus, c'est l'adversaire. La trace, c'est celle qu'il a laissée en tombant. Il est sorti du cadre. Il a disparu. On oublie qu'il a été là. On oublie que la trace c'était la sienne, son corps inerte qui a roulé en bas de la pente. Je pensais, à une époque, que j'y arriverais. Que j'arriverais où? En bas de la pente? Ou bien à quoi? Sortir du cadre? Disparaître? Celui qui reste, c'est l'adversaire. L'adversaire de celui qui a disparu. L'adversaire de l'adversaire qui n'est plus et dont c'est la trace, dans la neige. Il regarde la trace qu'a laissée son adversaire en roulant. Au bout d'un moment, il oublie que c'est la trace qu'a laissée son adversaire en roulant. Parce que l'adversaire est sorti du cadre. A disparu. Il n'y a plus que la trace. Il se dit alors que c'est sa voie, peut-être, et qu'elle est toute tracée. En haut, de toutes façons, il n'y a rien. Il faudra bien redescendre, à un moment ou à un autre, même si en bas non plus il n'y a rien.
jeudi 28 avril 2011
Hideko Takamine est sublime, dans quand une femme monte l'escalier, de Mikio Naruse. Mizoguchi avait Kinuyo Tanaka. Ozu avait Setsuko Hara. Kurosawa, lui, avait Toshiro Mifune, c'était plus masculin, jusqu'à ce qu'ils rompent avec fracas. Naruse, peut-être moins possessif, partageait Hideko Takamine avec Keisuke Kinoshita. (La rivière Fuefuki, comme c'était beau, expérimental et classique à la fois... Et vingt-quatre prunelles alors... maîtresse petit caillou... comme j'ai pleuré, à la fin...) On l'a vue aussi chez Ozu. (Ah... les sœurs Munakata...) En fait, ils la voulaient tous, la belle Hideko... Dans quand une femme monte l'escalier, ils la veulent tous, aussi... Même si elle commence à vieillir, même si elle vomit du sang à cause de son ulcère... Son ulcère?... A cause de l'escalier, devoir le monter, tous les jours, quand on a horreur de ça... Naruse lui disait, à Hideko, avant de tourner : Vous n'êtes pas obligée de tout dire votre texte, si vous préférez l'exprimer autrement... Ils s'entendaient bien... Pas besoin de parler, souvent, on se comprend à demi-mot et même à pas de mot du tout... Le cinéma, ce n'est pas du blabla... Un visage, ce n'est pas qu'une bouche, c'est même souvent un paysage... Et celui d'Hideko alors, vous l'avez vu une fois, vous ne pouvez plus vous en détacher... Vous aussi, vous la voulez, Hideko!... Les paroles qui sortent de sa bouche sont plutôt une sorte de musique, un coup d'œil sur les sous-titres en anglais que vous comprenez à peu près vous apprennent que vous n'avez pas raté grand chose... Sa voix est une émanation de son corps, voilà, comme son parfum, le sens de ses paroles est finalement secondaire. (Le son détermine la phrase, disait Stan Getz...) C'est beau, le japonais, très expressif, musical, on saisit beaucoup de choses, de nuances, sans connaître la langue... Naruse est le dernier des quatre. Avant, ils n'étaient que trois, Ozu, Mizoguchi, Kurosawa, les trois piliers du cinéma classique japonais. Puis, sur le tard, à titre posthume, on a inclus Naruse. On n'arrivait pas à le situer, à le résumer, on ne le trouvait pas assez... japonais, zen... net... je ne sais pas quoi... On n'arrivait pas à l'adorer comme les trois autres... Il nous glissait entre les doigts, en somme... Il n'y a pas de héros, pas véritablement non plus de salauds... Tout le monde est sous la même lumière, disparaît dans la même obscurité... Les hommes, même si parfois ils sont veules comme chez Mizoguchi, ne sont pas que ça... Tout le monde a ses faiblesses... La femme n'a pas besoin d'être idéalisée pour être magnifique... (Même si, pour Naruse, La Femme, c'était Hideko Takamine...) [ Prononcer les "e" "é" et les "u" "ou"...]dimanche 17 avril 2011
J'ai enfin vu Pauvre humanité et ballons de papier, de Sadao Yamanaka. Son dernier film, 1937. Il fut envoyé ensuite sur le front de Mandchourie, comme simple soldat (il n'était pas très bien vu des autorités), où il mourut de dysentrie, en 1938, il n'avait pas trente ans. Shinji Aoyama (voir, ou revoir, le formidable Eureka, un des très rares très grands films de ce début de millénaire) a dit de lui que s'il avait survécu, il aurait peut-être bien été respecté plus profondément que Mizoguchi, aimé plus fort qu'Ozu (il était très copain avec Ozu, sa mort affecta beaucoup ce dernier) et aurait subjugué plus encore que Kurosawa. (Il dit aussi qu'il est le Jean Vigo japonais. Sauf que Vigo, à côté, il n'a rien fait ou presque. L'atalante? Enlevez Michel Simon, qu'en reste-t-il?) A la toute fin de son testament, quelques mois avant sa mort : "Enfin, je dis à mes aînés et amis : S'il vous plaît, faites de bons films." Comme s'il n'y avait que ça qui comptait vraiment, faire de bons films... En fait, oui, il n'y avait que ça, qui comptait. On le comprend en découvrant Pauvre humanité et ballons de papier. Ce n'est pas une simple production pour divertir les foules, même si c'en est aussi une. Quelle maturité, pour un si jeune cinéaste. Quel style. Il a trouvé. Tout est juste. Il nous a promené dans son monde plein de tristesse, de joie, de cruauté, de poésie. Il filmait si bien la pluie, la nuit. Il savait si bien couper ses plans. (L'art du sabre.) Laisser l'action se dérouler ailleurs. Quand le coiffeur héroïque est sur le pont pour y être exécuté par le chef yakusa et sa bande, on ne sait pas trop ce qu'il sort de son kimono pour contrer l'arme du tueur. Son éventail? Sa pipe? En tout cas, son geste est très beau. Peu importe, finalement, que ce soit un éventail, une pipe ou un couteau. Ce qu'il dégaine, c'est son élégance, sa dégaine, son style. On ne le voit pas mourir. Tout comme on ne voit pas le double suicide du samouraï pauvre sans maître, avec sa femme, à la fin. On voit juste la lame du couteau qui luit dans la main de sa femme. Un ballon en papier qui descend le caniveau. C'est la victoire du style. Qu'ils aient été écrasés par la force, la vulgarité et la misère ne compte pas tant que ça, finalement. Ils ont fait ce qu'ils avaient à faire, avec tellement d'élégance... Le reste... Faites de bons films...
jeudi 8 avril 2010
Je viens de revoir les 7 samouraïs. C'est toujours pareil, je me dis que je l'ai vu déjà tant de fois, que je le connais même par cœur, mais j'y reviens quand même. Dès le début, dès les formidables premiers battements de tambour du grand Fumio Hayasaka, mon cœur s'emballe. (Il composait les musiques des films de Kurosawa et de Mizoguchi, jusqu'à ce que la tuberculose l'emporte, à 41 ans, comme John Coltrane.) Il y a tout, dans ce film. C'est même une splendeur absolue. Je ris toujours aux pitreries de Toshiro Mifune, lequel émeut tout autant qu'il fait rire. Quel acteur énorme. J'adore Takashi Shimura, avec son drôle de visage triste qui ressemble parfois à un masque. (J'ai envie de revoir vivre.) Et puis il y a des chevaux, de la pluie, de la boue, des amoureux dans les fleurs, des samouraïs fauchés pleins de noblesse et des bandits cruels, des paysans qui luttent comme ils peuvent pour survivre, la mort qui n'a rien de glorieux, qui est même plutôt hideuse... Enfin, ça m'emporte à chaque fois... Il y a un tel souffle... C'est tellement beau... La première fois que je l'ai vu, je devais avoir 18 ans, je l'ai trouvé très très long, me suis beaucoup ennuyé... On me l'avait présenté comme un grand classique du cinéma japonais... Ça me l'avait rendu écrasant, sérieux, austère, ennuyeux, la façon dont on m'en avait parlé, comme si j'étais obligé de l'aimer, pour ne pas avoir l'air d'un idiot...samedi 7 mars 2009
J'ai été un peu déçu, la première fois que j'ai vu Barberousse (Akahige), d'Akira Kurosawa. Parce que je voulais voir un film de Kurosawa, comme les 7 samouraïs ou la forteresse cachée, de la grande aventure épique avec des chevaux, des foules en armes cliquetantes, de la pluie, du brouillard, du kurosawa quoi... Alors, je m'étais un peu ennuyé... Trois heures... La Toho fut un peu effrayée par les frais de production (deux ans de tournage...) et Kurosawa dut attendre cinq ans avant de pouvoir de nouveau faire un film... Dodes'kaden, qui fut un échec commercial et critique très cuisant... Les spectateurs de l'époque durent réagir comme je l'ai fait pour Barberousse, la première fois que je l'ai vu, un peu trompés sur la marchandise... comme si Kurosawa n'avait le droit que de faire un seul genre de films... Puis les années ont passé... Je l'ai revu... Une merveille, du début à la fin... Des moments d'émotion pure comme chez Chaplin, de grâce comme au temps du muet... (Je n'avais pas remarqué, la première fois, que Chishu Ryu y apparaissait dans un petit rôle, peut-être bien parce qu'à l'époque, je ne connaissais pas Chishu Ryu, ni Ozu d'ailleurs... et cette petite apparition de Chishu Ryu est ma foi bien émouvante, je trouve, même s'il ne fait pas grand chose... Sa seule réplique doit être : "Tout est bien qui finit bien..." Avec son éternel petit sourire. C'est infimement drôle et touchant... Comme si Ozu s'était invité chez Kurosawa ou avait été invité, post mortem, car Ozu est mort à peu près à l'époque du début du tournage de Barberousse... Un petit clin d'œil?... Un petit signe d'adieu?... Tout est bien, qui finit bien...) Et puis, à sa façon, même s'il n'y a pas de grandes batailles, Barberousse est un grand film épique... qui vous transporte... Chaque plan est composé comme une peinture vivante... La lumière est magnifique... Toshiro Mifune est égal à lui-même, monstrueux... C'est sur ce film qu'il se brouilla avec Kurosawa... Deux forts tempéraments... Une querelle d'amoureux... C'est leur dernier film ensemble... Des adieux, donc... Quelques mois après la mort de Mifune, kurosawa est mort lui aussi... je m'en souviens, c'était en 1998, il y avait sa photo dans libé. J'ai trouvé ça beau, quelque part, qu'ils se suivent dans la mort, tellement pour moi ils formaient une sorte de couple, des inséparables pourtant séparés, ce qui fut sans doute un déchirement pour l'un comme pour l'autre, comme dans beaucoup d'histoires...mercredi 18 février 2009
Depuis que je fais de l'aïkido, j'aime encore plus les films de samouraïs. Toshiro Mifune était expert en kendo et en aïkido. Shintaro Katsu était aussi un magnifique sabreur, d'une autre école un peu bizarre. Juste les voir se déplacer est un régal. Leur rencontre dans Zatoïchi contre Yojimbo est pour moi très émouvante. Ce n'est pas le meilleur film de la série, mais on les voit s'affronter, enfin. Bien sûr il n'y a pas de vainqueur, entre deux icônes absolues du chambara. Zatoïchi est une série fabuleuse, le masseur aveugle un personnage entre Charlot et Dirty Harry. Les studios japonais produisaient, dans les années soixante et soixante-dix, des films populaires extrêmement racés. Kinji Misumi en a réalisé une tripotée, et tant d'autres "petits" maîtres comme Kihachi Okamoto, Hideo Gosha... Des films comme le sabre du mal, ou bien Hitokiri, ou encore le premier Zatoïchi de la série, sont pour moi des chefs-d'œuvre que je ne me lasse pas de revoir, qui m'émeuvent profondément à chaque fois par leur puissance dramatique, leur virtuosité dans l'action et leur splendeur artistique. (Les 7 samouraïs, mon Kurosawa préféré, avec chien enragé, je ne le range pas dans la même catégorie, même si c'est un de mes films de chevet, un monument de poésie épique, car c'est un jidai geki, antérieur au chambara. Ce n'est pas la même histoire. Le chambara, c'est le sabre, juste le sabre. C'est le jidai geki raclé jusqu'à l'os. Le sabre, c'est l'âme du samouraï. Ça en devient parfois très mystique.) Ma maîtresse d'aïkido a vite remarqué que j'aimais bien le boken, le sabre. Pas étonnant, avec tous ces films... Musashi lui aussi se battait avec un sabre en bois.mercredi 14 janvier 2009
Ran n'est pas mon Kurosawa préféré. Mais c'est par ce film que j'ai vraiment réalisé à quel point Kurosawa était grand. Des cavaliers, immobiles, perdus dans le paysage. Des nuages, pas n'importe quels nuages, passent. On en oublie la tragédie qui se trame. Ça n'a même plus aucune importance. Les nuages comptent bien plus, les éléments. Les cavaliers ne sont guère plus que des fourmis. Ils sont disposés là , comme une rose des vents, chacun dans la direction d'un point cardinal. J'ai senti que Kurosawa avait attendu ces nuages-là, pour tourner la scène, pas seulement des nuages, mais précisément ceux-là. J'imagine... des heures et des heures, peut-être des jours d'attente, pour avoir ça, que tous les éléments soient réunis, une seule prise je présume, car le nuage n'est pas un acteur qui accepte facilement de rejouer la scène. C'est pour ça aussi que les cavaliers sont statiques. Les vrais acteurs, à ce moment, sont les nuages. Tout ce qui a lieu sous ce ciel, finalement, est dérisoire, c'est ce que j'ai ressenti à ce moment-là. Regarder passer les nuages est bien plus intéressant. Bientôt il y aura beaucoup d'agitation, trahisons, guerre, folie, mais je n'oublierai jamais que tout est dérisoire, que rien ne sera changé fondamentalement. Alors pourquoi une tragédie? Parce qu'il faut bien s'occuper, arriver à croire et à faire croire que ces occupations, quelles qu'elles soient, ont de l'importance. Quoi de mieux alors qu'une tragédie pour nous redonner un rôle capable de nous faire oublier qu'on n'est pas grand chose, sous ces nuages, se prouver qu'on n'est pas seulement vivant mais qu'on existe et même intensément? Sinon, on ne ferait rien, on resterait couché dans l'herbe à contempler le ciel, on en deviendrait peut-être soi-même brin d'herbe, ou bien nuage, ou mieux encore rien du tout, ce qui n'est peut-être pas à la portée de tout le monde.jeudi 27 novembre 2008
Quand Ozu est mort, Setsuko Hara a arrêté le cinéma, sans faire de bruit, on ne l'a plus jamais revue. Ça me met toujours les larmes aux yeux. Qu'est-elle devenue? Elle était l'actrice fétiche d'Ozu, presque depuis toujours, comme Chishu Ryu. Elle avait joué pour Kurosawa, je me souviens d'elle dans l'idiot, dans scandale, pour Naruse dans le repas, et tant d'autres que je n'ai pas vus. Elle était la grande star féminine du cinéma japonais des années 40 et 50, l'égale de Toshiro Mifune. Ozu est mort, elle a tout arrêté. Ils n'étaient sans doute pas amants, quoiqu'on ne sache pas vraiment, même si on n'a vraiment pas envie de savoir. Ce qui les liait était peut-être plus fort que ça. Elle a été la fille, elle a été la mère, la nièce, la tante... Pour Ozu, elle était LA femme, sans jamais être un objet de désir... C'est d'ailleurs difficile de dénicher quoi que ce soit de sexuel dans un film d'Ozu... Les femmes ne sont jamais amantes, c'est très étrange... Le monde est débarrassé de toute pulsion sexuelle... Le regard d'un enfant (pas du tout pervers polymorphe) à hauteur de tatami... Elle n'a pas joué dans le goût du saké, le dernier film d'Ozu... Dans Fin d'automne, antépénultième opus du maître, elle joue grosso modo le même rôle que Chishu Ryu dans le goût du saké... (Entre les deux, il y eut dernier caprice, film un peu décalé dans la filmographie d'Ozu, puisque tout tourne autour d'un vieil homme, libertin, encore très vert, mourant dans le lit de sa maîtresse, comme si Ozu avait voulu brouiller un peu les pistes, vers la fin, ou se jouer un peu de nous... C'est drôle comme on a tendance à oublier ce film, quand on pérore sur Ozu, ou quand on s'en souvient à dire que c'est un film mineur, tellement ça dérange nos théories et quasiment notre vision du monde selon Ozu... Comment Ozu est-il mort, au fait?) J'imagine souvent le jour où Setsuko Hara a arrêté son cinéma... Etait-ce prémédité? Je ne crois pas. Je crois qu'elle n'avait plus aucune raison de continuer, que pour elle, brusquement, le cinéma (et peut-être autre chose) était mort. J'imagine qu'elle a toujours gardé ce sourire, même après. Dans la joie, comme dans la peine, elle avait ce sourire. Et ça me met les larmes aux yeux.
