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lundi 13 février 2012

Pour Raffaello Matarazzo, le mama, la madone, c'est Yvonne. Il en est même le bourreau, de la Sanson. Il faut qu'elle souffre. Le martyre tant qu'à faire. Dans le fils de personne, elle se fait nonne, croyant avoir perdu son fils et son amour. Elle devient alors Sœur Addolorata, une véritable sainte. Elle trouve la paix intérieure. Jusqu'au jour où elle apprend que son fils n'était pas mort et elle a juste le temps de le voir un dernier instant, sur son lit de souffrance, héroïquement blessé à 12 ans dans une carrière de marbre où il trimait comme un damné et dont le patron était son père sans qu'aucun des deux ne sache, où il meurt une seconde fois et cette fois pour de bon. Elle le perd donc une seconde fois. Dans la femme aux deux visages (l'angelo bianco), qui commence là où s'était terminé le fils de personne, Guido, l'amoureux de Luisa devenue Sœur Addolorata, qu'il a toujours aimée et aimera toujours, en deuil d'un fils dont il venait lui aussi juste d'apprendre l'existence, perd dans la foulée la petite fille qu'il avait eue d'un autre lit, d'un genre de matrone que sa matrone de mère lui avait jetée dans les bras et qu'il avait épousée quand il avait cru Luisa disparue à jamais. (La madone et la matrone.) Il est anéanti. Jusqu'au jour où il rencontre, dans un train, le sosie parfait de son amour de toujours, Lina, la même en beaucoup plus olé olé on dira, artiste de cabaret plus ou moins acoquinée avec un genre de marlou gominé lanceur de couteaux. Jusqu'aux deux grains de beauté sur le menton, copie conforme. Sauf qu'elle fait un peu vulgaire, à côté, limite un peu pute, elle rit fort, elle est très sensuelle, très consciente d'être un sacré brûloir à phéromones. Lui, il ne pense qu'à l'autre, à l'originale. Il est parfois sans le vouloir méprisant. Ça ne l'empêche pas de coucher avec et même de lui glisser en loucedé un polichinelle dans le tiroir, exactement comme il avait fait avec l'autre, en dehors des sacrements du mariage. Elle se retrouve bientôt embastillée, injustement évidemment, à cause du marlou gominé qui avait laissé dans sa turne une valise pansue de faux talbins. C'est d'ailleurs au violon qu'elle réalise qu'il y a du lardon dans l'omelette. Fin de grossesse difficile. C'est ou elle ou le petit. Sacrifice. (La maman et la putain.) Sur son lit de douleur, transfigurée, elle demande à voir Sœur Addolorata, qu'elle savait être son originale, elle simple copie, genre faux talbin. (La madone, la maman et la putain.) Bientôt Guido à son tour débarque, apprend qu'il est (encore) papa, décide alors d'épouser sur le champ la mourante finalement madonisée qui trépasse comblée juste ensuite, car elle l'aimait, Guido, depuis le début, même si elle se savait une médiocre copie. Au même moment, la jolie et teigneuse Flora, meneuse des détenues, enlève le nouveau né pour s'en servir de bouclier dans une tentative d'évasion collective. Survient Sœur Addolorata, d'abord dans l'ombre, qui vient saintement récupérer le chérubin. Flora refuse d'abord hargneusement de restituer le sésame, puis, quand la madone resplendit enfin dans la lumière, prise de frayeur mystique, elle fond en larmes, croyant voir Lina transfigurée, qui était aussi sa souffre-douleur. On se retrouve alors comme au tout début du fils de personne, Luisa devenue Sœur Addolorata, Guido demeuré Guido... et le fils mort deux fois enfin ressuscité. Chez Matarazzo, tôt ou tard, d'une façon ou d'une autre, tout finit par s'arranger.

vendredi 10 février 2012

Il aimait bien faire pleurer les filles, Raffaello Matarazzo, particulièrement Yvonne Sanson, ici dans tormento. On imagine que déjà tout petit, dans la cour de récré, il devait s'entraîner. Une fille, il faut que ça pleure, que ça souffre, longtemps, même si elle n'a rien fait de mal, surtout si elle n'a rien fait de mal. Alors, dans tormento,  le mari est en prison pour un crime qu'il n'a pas commis. Elle est bientôt forcée d'entrer au couvent pour sauver sa petite fille de la misère voire d'une mort imminente. Elle ne la reverra plus, sa petite fille, c'est le prix à payer. La vie au couvent et tout le saint-frusquin elle ne s'y fait pas du tout. Si encore elle avait quelque chose à expier... Heureusement, ça finit toujours bien, parce que Raffaello, s'il aimait faire pleurer les filles, le bourreau de la Sanson, à un moment quand même il se disait ça a assez duré, elle a assez pleuré comme ça, rendons-lui ce qu'on lui avait enlevé, on ne va quand même pas la faire mourir, cette petite, ça ne voudrait plus rien dire, faisons comme Dieu avec Job. Sauf que là c'est une fille. C'est beau, une fille qui pleure. Jusqu'à l'épuisement si possible. Pour voir... Quoi de mieux que faire pleurer une fille? La faire rire, c'est facile... La faire pleurer... tout un art... Après, on peut la consoler, au moins... Je me souviens en avoir fait pleurer une, mais sans larmes, bruyamment, à sec, du coup je m'étais dit qu'elle me faisait du cinéma, qu'elle faisait un peu l'actrice elle qui en plus avait voulu être actrice et je n'y avais pas vraiment cru... Une autre, après une scène, revenant des toilettes où elle était partie très longtemps, m'avait dit sans la moindre émotion y avoir pleuré très très fort, sauf que ses yeux étaient restés tout secs et son visage sans stigmates et là non plus je n'y avais pas vraiment cru... Plus tard, je m'étais dit que dans les deux cas j'aurais dû les faire pleurer vraiment et même qu'elles le désiraient profondément et que c'était même pour ça qu'elles m'avaient fait ces scènes de pleurs factices, parce que j'avais été incapable de les faire pleurer vraiment, parce que ça faisait partie du rituel, de la mise en scène, l'orgasme lacrymal... On se sent un peu minable, dans ces cas-là, comme jouissant médiocrement dans une femme qui simule... En tout cas, je n'y ai pas cru... Si j'y avais cru, ça aurait peut-être bien tout changé... Que de frustration, de part et d'autre... C'est peut-être le drame de ma vie, n'avoir jamais su ni même voulu faire pleurer une fille, même pas dans la cour de récré... en tout cas n'y avoir jamais vraiment cru...

jeudi 9 février 2012

Dans le mensonge d'une mère (catene) de Raffaello Matarazzo, Yvonne Sanson a fait sa vie, s'est mariée à un homme pas très fin mais bien costaud, honnête, gentil, solide, sécurisant. Ils ont eu deux enfants, un garçon et une fille. Tout va pour le mieux. Les affaires marchent plutôt bien. Une vie sans histoires. Jusqu'au jour où réapparaît son amour de jeunesse, un énergumène qui a parcouru le monde, a fait cent métiers pas toujours très honnêtes et a porté cent noms. De quoi être troublée. Il a de l'allure, il faut dire, toujours aussi fringant. C'est sa jeunesse. Le mari jaloux finira par tuer l'amoureux d'autrefois. La femme, qui n'avait pourtant pas trompé son mari, juste été troublée par cet amour revenant qui était encore dans son cœur, deviendra une traînée aux yeux de tous. Sa faute, finalement, aura été d'être troublée, d'avoir gardé cet amour ancien dans le secret de son cœur. Pour sauver son mari de la prison, elle s'accusera ensuite d'adultère, rachetant ainsi par un mensonge qui lui vaudra l'opprobe sa faute d'avoir été troublée. Tout le monde croira son mensonge, quand personne ne la croyait quand elle clamait son innocence. A la fin, après tellement de larmes et de malheur, tout s'arrange, le mari pas très fin finit par comprendre, preuves à l'appui, le sacrifice de sa femme, même si au fond il ne comprend rien et ne comprendra jamais rien, il ne comprend que la surface : sa femme n'a pas couché avec l'intrus revenant. Tout redevient alors comme avant. Leur petite vie tranquille, sans histoires, peut reprendre son cours, sans heurt cette fois on espère jusqu'au tombeau. Sauf que l'amour est mort, cette fois, pour de bon, dans le secret de son cœur.