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vendredi 30 décembre 2011

Il n'a plus 20 ans. Elle en a tout juste 18. Il fait la course avec deux jeunes cons de 20 ans. Il veut prouver qu'il a la plus grosse, tout en sachant qu'il n'a pas la plus grosse, la plus puissante, la plus rapide bagnole. Il s'invente des histoires. Il est tout seul, en fait. Il est gentil. Il est paumé. Il est triste. Il ramasse des autostoppeurs. Il frime un peu, gentiment. Il est un peu ringard. Il a des mocassins à glands, dans le coffre un mini bar. Parce qu'il n'a plus 20 ans. Il a raté sa vie. Maintenant, il est sur la route, dans sa pontiac GTO flambant neuve. Il ne sait pas où il va. Les jeunes cons non plus ne savent pas où ils vont, mais ils s'en fichent, ce qu'ils veulent c'est faire la course, avoir la plus grosse, la plus puissante, la plus nerveuse, entendre le vrombissement du moteur, dans leur chevrolet 55. Eux, ils ne sont pas ringards. Ils sont cool. Parce qu'ils sont jeunes. La fille, de toutes façons, elle s'en fout, de qui a la plus grosse. Ils sont chiants, ces garçons, avec leur bagnole, même quand ils sont jeunes et cool, à 40 ans ça en devient pathétique. Elle aimerait autre chose, elle, même si elle ne sait pas vraiment quoi. Lui aussi, il aimerait autre chose et il sait très bien quoi, sauf qu'il n'a plus 20 ans et qu'il est complètement largué. Il aimerait repartir de zéro, de nouveau avoir 20 ans, ne pas avoir vécu cette vie de merde. En même temps, il sait bien que c'est impossible. Alors, il se raconte des histoires... On va se poser baby, on construira une maison, tu verras, on sera bien... Elle ne l'entend pas, parce qu'elle dort... C'est parce qu'elle dort, qu'il ose lui dire... Parce qu'il sait très bien qu'elle s'en fout, de la maison, tout comme de la bagnole... Il pourrait même lui dire n'importe quoi, endormie ou éveillée, ce serait toujours pareil, elle s'en foutrait, parce qu'elle aimerait autre chose, même si elle ne sait pas vraiment quoi... Mais il lui dit quand même, pendant qu'elle dort, parce qu'il a besoin de se raconter des histoires...

vendredi 12 novembre 2010

Certains films gagnent tellement à être revus. C'est comme pour tout, la première fois n'est pas forcément la meilleure. On peut rater le moment, passer à côté, être déçu dans ses attentes, quand on en a. On se met alors à cogiter, à ne voir que des effets, grandement soulagé d'arriver à la fin de ce moment pénible. Bien des années plus tard, avec un peu de réticence, mais tiraillé par un je-ne-sais-quoi, une vague réminiscence, quelque chose que j'avais capté peut-être malgré moi : Tiens, si je revoyais l'homme sans frontières... Et là, ce n'est plus la même chose. Le moment est parfait. La lenteur, qui m'avait autrefois exaspéré, m'a aujourd'hui envoûté. Un film extraordinaire. (Ça m'avait fait à peu près le même effet avec McCabe & Mrs Miller, de Robert Altman.) Inversement, la première fois, on peut être ébloui par un film, ou autre chose, ou quelqu'un d'autre, pour plus tard et cette fois durablement n'y voir que des effets. (Le pire, c'est de persister à vouloir voir du sublime tout en sachant parfaitement que c'est de la merde. Mais c'est tellement humain, de s'agripper à ses rêves...) Dans la foulée, j'ai envie de me faire une rétrospective Warren Oates. Comme il était bien, dans cockfighter, two-lane blacktop, de Monte Hellman, dans apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia, le plus beau Peckinpah. J'adore Warren Oates.