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vendredi 12 août 2011

Au bout du compte, le seul Dracula, le premier et à la fois l'ultime, c'est lui, c'est Max, c'est Schreck. L'Effroi, Schreck. C'est Nosferatu. Après, ce sera du théâtre, voire de l'opéra, Bela Lugosi, Christopher Lee... Après, on rigole. Parce qu'on a eu tellement peur, on a besoin de rigoler, après, de dédramatiser, de refouler très loin l'Effroi, Schreck, 1922, le muet. Il faut lui trouver un autre visage, surtout, après, un autre corps, le rendre tolérable et même désirable et même de plus en plus érotique, pour oublier l'effroi originel. (Jusqu'au très sensuel Dracula de Coppola.) Dix ans plus tard, 1932, Dreyer aura l'intelligence de ne pas reprendre le roman de Bram Stoker mais Carmilla de Sheridan Le Fanu comme argument de son lancinant Vampyr, qui est avec Nosferatu le plus beau et terrifiant film de vampires. (Ce ne sont pas des films d'horreur, mais d'effroi.) Parce que Dracula avait été incarné définitivement par Max Schreck dans le film de Murnau. Le revoir c'est comme revivre un vieux cauchemar d'enfance, muet, du temps où on n'avait pas encore les mots, où on ne pouvait pas s'échapper. C'est toujours là, enfoui. Ça fout toujours une trouille noire, rampante. On ne sursaute jamais. Mais le malaise est constant. Quelque chose de très froid qui en dedans sinue et vous emplit. Ça sent la vilaine mort, la pourriture sèche, le rat crevé. (Ça me rappelle qu'une fois, il y a bien longtemps, j'ai écrit à une fille (finalement plutôt très vulgaire) qui avait fini (et même peut-être commencé) par m'ignorer : Dracula, c'est moi! Une autre, plus tard, qui n'était pas vulgaire du tout, qui était même dans son genre très distinguée, m'a susurré : mords-moi... Et moi : Tu... tu es sûre?...)

vendredi 1 mai 2009

Cimino, reviens!... (Après avoir revu la porte du paradis...) A une époque pas si lointaine, je m'en souviens, on attendait avec ferveur le prochain film de Michael Cimino. Il y avait eu the deer hunter, puis la porte du paradis, deux films extraordinaires, des films monde, énormes, crépusculaires, fin des années 70, début des années 80... Fin d'une époque. The end. En 85, je suis donc allé voir l'année du dragon, qui ne pouvait qu'être un nouveau chef-d'œuvre. Grosse déception, quand même, car ce n'était qu'un très bon film, comparé aux deux précédents. Puis, peu à peu, Cimino s'est éteint. Qu'attend-on, aujourd'hui, du cinéma américain? Michael Mann nous a pondu le formidable collatéral, voilà, un des films les plus mémorables de ces dernières années, mais qui n'est peut-être pas plus finalement qu'un sommet de virtuosité sans doute très melvillien, et juste après il nous a pondu un gros navet boursouflé à peine regardable. Scorsese est parti depuis bien longtemps à la pêche à l'oscar... Coppola a pris un coup de vieux... Lynch fait de la méditation transcendantale, ne s'est toujours pas remis de la vision de Persona d'Ingmar Bergman... Les jeunes?... Tarantino nous amuse un moment, nous donne surtout envie de voir les films qu'il recycle, souvent bien plus intéressants... Lodge Kerrigan, oui, par exemple, c'est monstrueux, mais pas franchement dans le genre fresque épique... Beaucoup de choses autrement qui sont déjà périmées en quelques années voire même en quelques mois, comme les ordinateurs, qui fonctionnent sur le coup, par des sortes d'effets de mode, qui manquent très vite de mémoire vive. Je m'ennuie, moi, aujourd'hui, au cinéma, je m'endors, souvent, je sais de quoi je parle, je suis projectionniste... La dernière fois, c'était dans la brume électrique, que j'étais pourtant impatient de voir, alléché par des critiques enthousiastes, me disant que Tavernier, grand et passionnant amateur de cinéma américain, se réaliserait peut-être enfin là-bas, mais je n'ai pas trouvé la brume très électrique, hélas et je me suis littéralement endormi, il faut dire aussi que c'était juste après un stage de quatre jours d'aïkido et que j'étais très... très détendu... A un moment, un mouvement de caméra m'a semblé tellement gratuit et mal fichu, un simple effet, que je me suis dit : là, j'ai le droit de me rendormir... Voilà le genre de films qu'on attend, aujourd'hui... Alors, quand j'ai le cafard, je revois the deer hunter, parfois aussi la porte du paradis. Parce que c'est grand, on se perd dedans, ça remue, c'est beau. Et puis il avait sa façon de prendre son temps... On n'est pas pressé, quand même, d'arriver au bout d'un film... Ce n'est pas une corvée... Plus c'est long, plus c'est bon, quand c'est bon, non?... C'était le rêve de D. W. Griffith, le père de John Ford et Raoul Walsh, de faire des films de dix heures, vingt heures... Ça n'a pas suivi... Pas de temps à perdre... Pas assez rentable... (C'est peut-être la télé, finalement, qui a réalisé le rêve de Griffith, avec certaines séries...) Cimino, lui, il s'en foutait, du temps que ça durait, et que ça prendrait à faire, et combien ça coûterait, et il avait bien raison... Et puis l'histoire, celle de son pays, il la voyait à sa façon, et il avait bien raison, d'autant plus qu'elle était sacrément belle, son histoire, pleine de bruit et de fureur, de tendresse aussi... Voilà, c'était du cinéma, du grand cinéma, le Paradis quoi... Depuis, on dirait que la porte s'est refermée...

dimanche 23 novembre 2008

J'ai relu pleure, Géronimo, de Forrest Carter. Ça m'a donné envie de revoir des westerns de John Ford, notamment Fort Apache. L'acteur ou plutôt le figurant qui joue Géronimo ressemble vraiment à Géronimo. Puis les apaches disparaissent dans la brume. J'ai envie de relire, en ce moment, et de revoir des films aussi. A une époque, je trouvais que c'était une perte de temps, de relire des livres, ou revoir des films. Il fallait que je découvre sans arrêt des choses nouvelles. J'ai beaucoup lu. Et je dois avoir un millier de dvd. C'est envahissant. J'en reviens toujours à John Ford, à Ozu, Douglas Sirk, Mizoguchi, Murnau. De ce dernier, j'ai vu pour la première fois City Girl, la semaine dernière, à la télé. Il y a une scène très belle, quand il revient au bercail avec sa jeune épouse, ils courent dans un champ, se roulent dans l'herbe, c'est beau, un très long travelling comme en a fait Mizoguchi, bien des années plus tard il me semble. Bien sûr il y a l'aurore, que je ne me lasse pas de revoir. Quels sont les films vraiment marquants de ces quarante dernières années? Y'en a-t-il eu un seul aussi beau que l'aurore ou que la vie d'O-haru femme galante? Après, à tête reposée, évidemment, putain ouais apocalypse now c'était vachement bien et puis j'ai revu Paris Texas la semaine dernière et j'ai pleuré, et tant d'autres... C'est quand même bien, le cinéma, merde... Je suis projectionniste, mais je vais de moins en moins au cinéma, je préfère être devant mon écran full hd, vautré dans mon canapé ikéa, ma théière à portée de main, ma minette ronronnant sur ma poitrine, mes étagères pleines de tous les films que j'ai aimés. Quand je vais dans une salle, le moindre défaut technique peut me gâcher un film. Ce n'est pas net, c'est mal cadré, la fenêtre est mal taillée, le film est rayé, on voit les repères de montage, le xénon pompe, le srd décroche, il y a un bruit de masse dans les enceintes, sans parler des bruits de mastication, du type qui te met ses genoux dans le dos, des écrans de téléphones portables qui s'allument, et caetera. Et puis il n'y a pas beaucoup de films récents que j'ai envie de voir. J'en vois des bouts, quand je suis au boulot, ça me suffit. J'ai vu des bouts de tous les navets sortis ces dernières années. Les bronzés 3? Oui oui... je connais bien... The dark knight?... Oui oui... aussi... Oui, j'exagère, il n'y a pas que ça, je suis de mauvaise foi, j'ai toujours été de mauvaise foi... je suis comme ça...