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lundi 24 septembre 2012

Je suis gras. Ça ne se voit pas, comme ça, de l'extérieur. C'est à l'intérieur que je suis gras. Tout gras. De l'extérieur, je suis encore svelte. Mais à l'intérieur alors... À la rigueur il vaudrait mieux que ça se voit, que je sois gras de l'extérieur, mais qu'à l'intérieur je sois svelte. Tous mes efforts pour être moins gras à l'intérieur m'ont en fait rendu encore plus gras. Avant, j'étais juste un peu trop gras. Maintenant, je suis carrément trop gras. C'est dans le sang. Il y a des yeux, dans mon sang, comme dans la soupe, j'imagine. Le fait d'y avoir pensé trop peut-être aussi, d'être devenu même un obsédé du gras, du Bon contre le Mauvais, un illuminé, un intégriste, croisé de l'Ordre de la Sardine... Sus au cochon!... J'ai voulu être le premier de la classe de sang, un truc comme ça... Du coup, j'ai eu l'impression de redoubler, quand la créature du labo sanguin m'a rendu ma copie... Je n'avais jamais redoublé, avant... C'est humiliant... Surtout quand vous avez bossé dur pour y arriver... Toutes ces sardines, quand même... S'il avait fallu, je me les serais injectées, les sardines, ou alors même vivantes, frétillantes, façon suppositoires, qui allaient à coup sûr me nettoyer tout ça... Macache... Trop de sardines noient la sardine, peut-être, ce que j'ai dit à mon médecin, tout à l'heure, en fumant une clope sur le trottoir après l'aïkido... Je suis une fabrique de gras... Ça va me boucher les artères... je vais faire un infarctus, comme papa, ou même pire une attaque cérébrale, comme pépé... À moins que le cancer m'attrape avant... Le gras, ça se transmet, de père en fils... Cholestérol & Son... J'en avais beaucoup moins il n'y a même pas un an en bouffant des saucissons gros comme mon bras et des tartines de beurre larges comme ma cuisse... c'est quand même intriguant... Je ne vais plus rien bouffer, autrement... puisque je transforme tout en gras, je vais me laisser sécher, virer fakir... Ça m'a fichu un coup, au début, moi tellement confiant, tellement content de moi... Ça m'a rappelé le bac blanc, quand le prof d'histoire géo avait rendu les copies... J'avais fait un truc pas trop mal et même bien il me semblait, lyrique... Alors le prof, il s'était mis à lire des morceaux d'une copie dans laquelle la France était le premier producteur de pétrole de l'OPEP et des tas d'autres conneries... Tout le monde rigolait, moi y compris... Quel abruti quand même, quel ignorant... Je devais même rire plus fort que les autres... Le prof, lui, il n'avait jamais de sa vie lu un truc pareil, il n'en revenait pas, ça ne valait pas zéro, s'il avait pu il aurait mis moins quelque chose, c'était pour ainsi dire hors barèmes, il était même en colère, qu'un de ses élèves soit aussi con, que son enseignement ait mené à ça... Sauf que l'abruti, c'était moi... Moi?... Non... quand même pas... Au cours de sa lecture, j'avais quand même progressivement moins ri, certaines phrases m'ayant semblé parfois familières, le soupçon ayant peu à peu fait son nid... Je me souviens de ma déconfiture... De m'être senti ensuite comme un paria, bien en deçà du cancre, loin, tellement loin de toute catégorie... (J'ai revécu cette expérience, plus tard, en fac, mais dans l'autre sens, le prof lisant la seule copie potable dans un amphi comble, le prof en colère aussi d'avoir des étudiants si mauvais, à part un qui était vraiment bon. Sa copie était même parfaite. Et il savait écrire. J'avais mis du temps là aussi à me reconnaître. Le soupçon, peu à peu, s'était installé. Moi?... Non... quand même pas... Après, je m'étais senti comme un paria, aussi, au delà de toute catégorie... J'étais soudain pour les autres devenu un type très bizarre... Un gouffre entre eux et moi...) L'OPEP, pour la géo... Et pour l'histoire, dans la foulée, j'avais fait l'apologie du Maréchal Pétain... moi... parfaitement... sans même m'en rendre compte... Je devais avoir la tête ailleurs... Sauf que j'avais eu l'impression d'avoir fait un truc bien, de m'être concentré, d'avoir disserté finement et même avec enthousiasme, de m'être parfois même envolé... Mais là, je suis trop gras... j'en fais trop... même ici j'en fais trop... j'ai l'impression qu'il y a des yeux de gras dans mes phrases... que partout il y a des yeux dans cette soupe... Et t'as pensé à arrêter la cigarette?... Ah... mais c'est tellement bon, fumer... Et puis je ne transforme quand même pas la fumée en gras!... Je serais un drôle d'alchimiste alors... Alors, j'ai décidé de m'en foutre, au moins un peu... Si, en bouffant du saucisson et du beurre, j'étais moins gras, alors... Si, en buvant plus de vin rouge, j'étais moins gras... Vasodilatateur, en plus, le rouge... Plus on a le sang gras, plus on devrait boire du vin rouge, pour élargir les tuyaux, non?... Mon régime hyper-sardiné n'était peut-être pas le plus adapté... J'ai du sang de paysan moi, pas du sang de marin... Je me sentais gras, effectivement, avec toutes ces sardines, tout huileux et ma sueur commençait à sentir un peu le poisson... Le premier producteur de pétrole de l'OPEP... C'est du bon gras! qu'on me disait, tu peux y aller!... Mon œil, moi je dis, bon gras, mauvais gras, c'est de la morale de curé... Le gras, c'est du gras, un point c'est tout... Le bon a vite fait de devenir mauvais et vice et versa...

lundi 15 novembre 2010







Après Lady Snowblood et l'apprentie geisha, j'ai dévoré le fleuve Shinano, du grand Kazuo Kamimura. Comme c'était fin. Comme c'était beau. Parfois, je suis resté captif d'une planche, comme d'un tableau.

mercredi 30 décembre 2009

Jirô Taniguchi m'émerveille et m'émeut. Je ne pensais pas qu'une BD un jour pourrait me faire un tel effet. Quartier Lointain est tout simplement stupéfiant. Je le savoure tout doucement. J'ai peur d'arriver à la fin. J'ai peur de savoir comment cela finira. J'aimerais que cela ne finisse pas. Comme c'est beau. Comme c'est simple... baigné dans une sorte de sérénité mélancolique. L'émotion est retenue, un peu comme chez Ozu et au bout d'un moment ça monte aux yeux. C'est bon. J'aime Taniguchi. Le premier que j'ai lu était l'homme qui marche. J'ai grandement été ému également par l'orme du Caucase... Et puis aussi par... J'ai toujours un manga de Taniguchi en attente d'être lu, caressé des yeux... Je ne me précipite pas, je ne le dévore pas, j'attends un peu, je tourne autour, le prends, le repose, le laisse dormir un peu, le reprends quelques jours plus tard, l'ouvre au hasard, le referme... non, ce n'est pas encore le moment... Il ne nous drague pas, Taniguchi, ne cherche pas à nous plaire, c'est ce que j'aime... C'est de l'amour... C'est pur... Ça fait un peu peur, d'y entrer, juste un peu, on a envie et puis on a un peu peur... un peu peur peut-être que ça gâche quelque chose, l'envie, le désir, le rêve, c'est idiot... Quand on est dedans, on n'a pas envie de tout découvrir d'un coup... On s'attarde sur une page... Bientôt, je les aurai tous lus... Je redoute ce moment... En même temps, je pourrai toujours les relire... Oui, mais ce ne sera plus jamais la même chose... Ce sera comme feuilleter un vieil album de photos... Mais je ne sais pas, en fait, comment ce sera... Serai-je troublé autant?...

vendredi 11 décembre 2009

J'ai adoré Satsuma, de Hiroshi Hirata. Ça m'a donné envie de revoir des films de samouraïs. Après ce manga, très documenté historiquement, on comprend mieux le Japon féodal, les tensions qu'il pouvait y avoir entre certains clans et le shogunat, mais aussi entre les samouraïs de rang différent. (Rappelons-nous le début de la vie d'O-haru femme galante, de Mizoguchi, quand Mifune, samouraï de condition modeste, est décapité pour avoir aimé une femme de haut rang...) On est captivé, du début à la fin, par cette épopée du clan Satsuma, qui fut chargé par le shogunat d'effectuer de pharaoniques travaux d'endiguement des fleuves, tout autant dans un but d'intérêt général que pour ruiner et mettre à genoux ce clan autrefois opposé aux Tokugawa. Les samouraïs se transforment alors en manœuvres, en véritables prolétaires, doivent ravaler leur fierté. Il en va de la survie de leur clan. On suit différents personnages. Il n'y a pas de héros principal. Le dessin est d'une grande force, à la mesure de l'histoire. (Mishima était un admirateur de Hiroshi Hirata.) On regrette seulement que ça ne se poursuive pas, à l'issue des plus de 1200 pages de la chose. C'était prévu. Hélas, plus de vingt ans plus tard, l'auteur n'a toujours pas repris sa grande fresque épique et humaniste.

dimanche 29 novembre 2009

J'ai beaucoup aimé le samouraï bambou, de Taiyou Matsumoto. (Vivement le tome 2...) Depuis quelque temps, je m'intéresse un peu au manga. Je retrouve des émotions qui remontent à l'enfance, quand je dévorais des bd. (Quand je me suis mis à lire des vrais livres, j'ai arrêté les bd.) Là, c'est du travail très soigné, très beau, empreint d'une poésie et d'une drôlerie irrésistibles. On prend son temps, on s'attarde sur les pages. On n'est pas pressé d'avancer dans l'action, comme dans certains mangas très addictifs qu'on enchaîne et gloutonne comme des épisodes de 24. Car l'action finalement est secondaire. La lecture de droite à gauche, un peu déroutante au début, devient vite très agréable, change le regard dans la lecture, apporte une touche d'exotisme tout en incitant à la lenteur. On flâne, on s'arrête sur un détail, on est bien... Les planches sont composées de façon magnifique. Le découpage quasiment cinématographique. Le style du dessin est très éloigné des codes du genre. Depuis plus de vingt ans je ne lisais plus de bd. Là, ça me donne envie d'en lire d'autres, de farfouiller un peu dans les librairies spécialisées, parmi les adolescents boutonneux. C'est tellement agréable, de passer une heure ou deux à feuilleter un manga. Si en plus c'est beau, intelligent, poétique, il n'y a pas de raison de s'en priver.