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mercredi 18 décembre 2013

Puis c'est la nuit. Je suis à ma fenêtre. Je fume. Je me souviens de l'instant précédant cet instant, tellement lumineux, le bas du ciel était d'un gris fabuleux. La volonté de le retenir, de le fixer, il est déjà passé. Mais peut-être que cet instant est mieux. Quand tout déjà est éteint. Juste l'instant où tout se trouve éteint. L'instant juste suivant l'instant du flamboiement. Du flamboiement qui était un gris flamboiement. Tu te souviens? Non, tu ne te souviens pas. Je pourrais te raconter, mais ce serait une autre histoire. C'est toujours une autre histoire. Pour tromper l'ennui. À cet instant où j'ai besoin soudain d'en sortir de cet instant peut-être parce que cet instant m'aspire, que je me sens m'éteindre moi aussi et alors c'est comme le sursaut de l'homme qui s'est trempé dans la nuit et ne veut à un moment plus s'éteindre. Un sursaut animal. Une frayeur immémoriale. Tu te souviens? Non, pas du tout. De quoi? De qui? L'instant d'avant, peut-être, quand le bas du ciel était d'un gris fabuleux, j'aurais pu me souvenir et inventer alors une fantaisie, flamboyer, peut-être, m'en griser, mais maintenant... Maintenant, je fume. C'est bien suffisant. Je ne résiste plus. Je sombre. Il n'y a rien à sauver. Et donc moi non plus je ne suis pas à sauver. Sauver de quoi? De la nuit? Regarde, comme j'étais magnifique, autrefois... Comme le bas du ciel était d'un gris fabuleux... Et maintenant je me laisse glisser tout entier dans la nuit comme dans le Noir Océan, sans résistance, paisiblement, non pas vaincu, car je n'ai livré aucun combat, juste soulagé que tout soit enfin terminé. Toute cette agitation. Ce sursaut, à un moment, de l'homme qui s'est trempé dans la nuit et soudain ne veut plus s'éteindre est vite oublié. Elle n'était pas si froide.

dimanche 14 avril 2013

Je sais où est ma place. Les pieds sur le rebord, voilà. Ils voudraient que je m'en fasse une, de place, alors que j'en ai déjà une, qui plus est au soleil, quand il y en a. N'est-elle pas bonne? Bien assez bonne pour moi. Pas enviable? Quel besoin, d'être enviable... Comme si une place ne valait que parce qu'elle est enviable... Je m'en fous, quand je suis à ma place, je me fous même de tout. C'est quand je la quitte que je peux être soucieux, malheureux, ou autres. Là, je suis bien. Bien. Il était temps. Demain, j'irai voir, ailleurs. Demain. Et demain, il y a des chances, je me dirai la même chose : Demain, on verra bien... Et que verra-t-on bien?... Ça, demain nous le dira... Ou pas... En attendant, je m'en fous, je suis à ma place. Comme les oiseaux, moi, je me remets à siffler, en ce moment. Sauf que je n'ai pas d'ailes. Alors je reste là. Je recharge la pile. Je m'assoupis sur un mince opuscule. Tchoôl! Le gars, il laisse tout tomber, y compris son dernier colombin français (mais dans un étang khmer) 1000 euro sur son compte, à l'aventure, je ne comprends pas tout, c'est comme écrit parfois dans une langue étrangère, mais je me laisse entraîner, ça dépayse, il a bien raison je me dis, c'est par là qu'il faut aller... Par là où?... Lui, c'est par là-bas, loin. Moi, c'est par ici, pas moins loin. Moins exotique? Si on veut. Discutable. Quelle énergie, en tout cas. Lui pour parcourir le monde. Moi pour passer du salon à la cuisine et me poster à la fenêtre. Il faudra bien que je me bouge le cul, un de ces quatre. Et juste ensuite : Est-ce vraiment nécessaire? Il est pas bien, ton cul, là?

samedi 13 avril 2013

Comment y aurait-il un sens à tout ça?

jeudi 11 avril 2013

De ma fenêtre, vers les 18 heures. L'anxiété me réveille, en ce moment, vers les 8 heures du matin. C'est la saison. Rien, j'ai envie de répondre à chaque fois. Parfois, d'ailleurs, je me permets, je le dis : Rien. Une formation, ils sont bien gentils, eux, à vouloir me former. Et pourquoi d'abord faudrait-il être formé? Ma forme me suffit bien. Ou bien alors je serais informe? Oui, peut-être, sans forme, comme le Tao, à la rigueur, dans les bons jours. Je me regarde, parfois je me trouve beau, quand je ne me reconnais pas, quand je suis fatigué souvent, vague, pas assez dormi, l'anxiété qui m'a réveillé vers les 8 heures du matin quand je visais plutôt midi pour être en forme, toujours cette question de la forme, mais moche, aussi, parfois, quand je me reconnais, trop net. Alors le type, demain, va me demander : Alors, vous en êtes où? Nulle part, je crois bien, je vais lui répondre. Me former. Il aimerait bien. Il me trouve très intelligent, vif, parfois un peu moqueur, mais informe. Ses tests le prouvent, j'ai toutes les qualités, pour être formé, je suis tout en haut, même si je commence quand même à être un peu vieux. Quand il a analysé mes résultats, il s'en étranglait : Ah!... Et là, la moyenne est à tant et le maximum à tant et vous... hum?... vous êtes à tant!... Tout ce que je pourrais faire, alors, toutes les formations et donc toutes les formes que je pourrais prendre... Toutes ces formes possibles finissent par m'embrouiller la cervelle et me travailler les viscères parce qu'il faudrait en plus que je me dépêche... Mais moi, je veux seulement être tranquille, je lui dis, je ne demande pas grand chose... Je ne vais quand même pas m'engouffrer dans n'importe quel cauchemar juste pour lui faire plaisir... C'est vrai qu'il a l'air malheureux, et tout maladif, tout rabougri, tout poussiéreux, le teint cireux... Le travail... le travail... Honnêtement, je lui dis, la sieste, vous n'auriez pas quelque chose dans ce domaine?... Ça le fait sourire. Faut bien sourire un peu. Il croit que je plaisante. Mais non, vraiment, c'est pour ça que je suis fait, je vous assure, c'est même je crois dans ma nature, ça ne m'a pas pris sur le tard, dès le début j'étais mûr, je ne vois rien de mieux... beau me creuser la tête... Je suis pourtant plein de bonne volonté... Après, on va fumer une clope, il a une mauvaise toux persistante, des problèmes pulmonaires il me dit... Il fait peine à voir, tout ratatiné, comme s'il était malade et malheureux et miséreux pour les autres et vraiment très mauvaise toux... Gardien de phare, je lui dis, ça m'aurait bien plu ça, mais il n'y en a plus il paraît, ou alors peut-être qu'il y n'en a plus qu'un, pour la forme, à Ouessant peut-être, faudrait que je me renseigne, il est peut-être proche de la retraite, on lui cherche peut-être alors un successeur... Il opine gravement de la patate... Vous m'imaginez? Tranquille, dans mon phare, tout en haut... Ah oui... ça... j'aurais aimé... tout en haut... la mer... le vent... Je l'aime bien, malgré tout, il me rappelle mon oncle Dudu, pas un rigolo le Dudu, ou alors malgré lui, mais bon fond... Et puis il est de Saint-Étienne, comme le Dudu... On dirait qu'il sort des années 70, sinistré comme la ville... Il me rappelle le catalogue Manufrance, l'amicale bouliste, le pépé qui remontait du jardin, le Dudu qui faisait ses scrabble, tout seul, l'après-midi, sur sa table de cuisine... Et la rue de la Jomayère, vous voyez?... Bien sûr, il me dit, je suis de la Ricamarie, juste à côté... (Ah... la Ric..)

vendredi 1 mars 2013

De Nancy, de Paris, de Toulouse, de Chatou, de Metz, de Villeurbanne, d'Annecy, de Lyon, de Montpellier,  de Nantes, de Grenoble, de Bordeaux, de Rennes, de Dijon, de Marseille, de Nulle Part, de Freyming, de Clermont-ferrand, de Lille, de Caen, d'Aix-en-Provence, de Rouen, de Khalmthout, de La Chaux-de-Fonds, de Lausanne, de Monchengladbach, de Setif, de Schweighouse-sur-Moder, de Selestat, de Strasbourg, de Bayonne, de La Réunion, de Pau, de Brest, de Chartres, de St Aignan, de Tours, de Besançon, de Clichy, de Créteil, de Gaillon, de La Courneuve, de Melun, de Palaiseau, de Pantin, de Plaisir, de Provins, de Rueil-Malmaison, de Seris, de Sainte-Geneviève-des-bois, de Versailles, de Nîmes, de Calais, de Douai, de Seclin, de Valenciennes, de Cholet, d'Albert, de Compiègne, de Saintes, d'Avignon, de Digne, de Grasse, d'Hyère, de La-Seine-sur-Mer, de Villeneuve-Loubet, d'Archamps, de Bron, de Limonest, de Saint-Etienne, de London, du Luxembourg, de Moscou, de Malmø, de Tunis, de Kiev, de Los Angeles, de Taylor (Michigan), est-on venu en février me voir. Jean-Charles Freycon, not set, Stan Getz, croix de malte cinéma, saucisson, fille qui court, Jean Valjean, Mariko Okada, acteur baraqué, anomalies l'île de Moucha, banc misère, bateau sculpté en bois d'olivier, duel au soleil, encule-moi gentiment, enfance de Vincent Van Gogh, femme où on voit les seins, femme qui court, fleur du saucisson sec, fumée bouche, Harry Baur, help je me noie!, homme qui rit, invention militaire, Jacques Chenal kung fu, James Blake (conducteur de bus), jeune fille qui court, Madame Muir et le fantôme, malade fumeur, mariage Marina et Carlo 21 janvier 2012, Maureen O Sullivan, Michel Simon, Michel Simon et les misérables, Mouchette, Mouchette à guillotine, Mouchette and Co, Nancy Brown peace carillon tower, objet déco militaire, Ovidie nue, petits seins aux gros tétons matures, pieds de la misère, plafond bois, rond de fumée, seins noirs, s'en aller, si tu aimes quelque chose laisse-la partir si elle revient elle est à toi si elle ne revient pas elle n’aura jamais eu lieu d’être, sodomie trop profonde, sœurs du couvent Sainte-Rita, Tippi Hedren les oiseaux, vieil avion plage, Zoku Sugata Sanshiro, s'est-on interrogé en gros.

lundi 26 mars 2012

En fait, je voulais être tranquille, c'est tout. Je voulais être beau, aussi, dans ma tranquillité. Pas beau dans le sens où on m'aurait remarqué comme étant admirable, désirable ou je ne sais quoi. Beau tout simplement, sans le moindre effort ni le moindre artifice ni la moindre intention, tranquillement, pas du tout brillamment. Beau dans ma paresse. Dans l'abandon. Comme un chat. Et vieillir ainsi, les pieds chauffant à la fenêtre. Et disparaître, à un moment ou à un autre, sans faire de bruit, comme évaporé. Et personne n'aurait su à quel point j'étais beau, dans ma tranquillité. Le journal, je ne l'ai même pas lu. Les bruits du monde, au loin. Toutes ces voix qui se mélangent. Et toutes qui veulent parler plus fort que les autres pour émerger de ce brouhaha permanent. C'était un accessoire, le journal. Je le pliais dans un sens, puis dans un autre. C'était plutôt le bruit du papier, qui m'intéressait, qui participait de ma tranquillité. Les phrases que j'y lisais n'étaient pas toujours les phrases qui y étaient imprimées. J'avais mis les variations Goldberg, par Glenn Gould, la dernière version. Une tarte aux pommes cuisait lentement dans le four et parfumait la cuisine. Je buvais mon thé blanc de Chine. Fumais mon tabac de Colombie. Une étudiante, en face, qui habitait sous les toits, a secoué sa couette par la fenêtre. Elle a vite disparu et refermé sa fenêtre quand elle m'a vu, quand elle a vu que je l'avais vue, quand je lui ai légèrement souri. J'étais à la fois dedans et dehors. C'était ma place, les pieds à la fenêtre. Une tourterelle postée sur une antenne télé : Rou... rou... rou... Un fin nuage s'effilochant. Qu'as-tu fait de ta vie?... Que voulais-tu que je fasse de mieux? Que je me jette dans la meute? Que je me mette moi aussi à parler fort pour qu'on m'entende?... Mais je n'ai rien à dire. Peut-être que si j'avais eu quelque chose à dire... Et puis j'ai toujours préféré chuchoter, murmurer... Murmurer... C'est un drôle de verbe, murmurer... Il faut tendre l'oreille... Parfois, il m'est arrivé de me jeter corps et âme dans l'action, vraiment... Pour me rendre compte bientôt que je n'étais pas à ma place... Ma place : les pieds à la fenêtre... La seule personne qui aurait pu me voir était l'étudiante en face qui habitait sous les toits. Mais elle a vite refermé sa fenêtre. Peut-être qu'il y avait quelque chose d'indécent, dans ma tranquillité.