Affichage des articles dont le libellé est coltrane. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est coltrane. Afficher tous les articles

jeudi 31 octobre 2013

Il faudrait que je m'organise. J'ai tout mon temps, mais je ne trouve le temps de rien faire. Même lire : en un mois, je n'ai lu que 10 pages. (Dans les hauteurs, de Thomas Bernhard. Son chien pue. Mais la puanteur de son chien lui est indispensable. Va-t-il tuer son chien?...) Piètre lecteur. Piètre n'importe quoi. Bien court? m'a demandé la coiffeuse. Bien court, ai-je confirmé. Je suis ressorti avec cette gueule de militaire. Je ferais mieux de m'acheter une tondeuse. Imbécilement je me dis que la dixième coupe sera gratuite. Bien court, pour que ça dure plus longtemps. Une gueule de pauvre. Au dessus d'un évier de pauvre. (Ça y est, je suis pauvre, officiellement. Je me rends compte que c'est mieux que de craindre d'être pauvre. On y pense moins, quand on l'est, on s'habitue. Il y a même des avantages : on ne pense plus à consommer, mais à survivre, le mieux qu'on peut. Et puis il y a pauvre et pauvre...) Je blanchis. Mais surtout à droite. À gauche, pas trop, je suis encore un peu jeune, à gauche. Mais à droite, on dirait qu'on m'a décoloré. Je me regarde trop dans le miroir au dessus de l'évier peut-être et la lumière m'use alors surtout à droite. Ma gueule. Il n'y a que ma gueule, finalement, qui m'intéresse. Depuis deux ans je me croyais condamné, à cause du sang, du mauvais sang, celui de mon père, celui de mes ancêtres, le mien aussi, un mauvais sang. Les médecins vous mettent des idées dans la tête. Vous n'allez pas bien. Même si vous ne la savez pas. Même si vous ne le sentez pas. Le sang le dit. J'avais fini par renoncer à aller mieux, constatant que tout ce que j'avais fait pour aller mieux, toutes mes bonnes intentions, ne m'avaient entraîné que vers le pire. M'étais même remis à manger du saucisson. Quitte à dépérir, autant le faire avec goût. Résultat : mon sang est redevenu très bien. Un cœur de sportif, on me dit même. 56 battements par minutes. Quelle plaisanterie. Parce que je m'appauvris, je me dis, globalement je mange moins. Je perds mon gras. Un kilo par an en moins. Bientôt je retrouverai mon poids de 30 ans, puis celui de 20, puis celui de 10... Mais comme les journées passent vite. Je n'ai rien le temps de faire. Aujourd'hui, j'ai couru après mes maigres sous, puis la paperasse, j'ai recousu deux boutons de ma veste en cuir, sans me piquer les doigts, j'ai lu deux pages d'un livre. Et le soir déjà tombe. Je me dis qu'il serait temps de m'organiser. J'ai tout mon temps. Il me faudrait découper mon temps. Commencer dès le petit déjeuner par une heure ou deux de musique, histoire de se vider, même si on est déjà vide, surtout si on est déjà vide. Une heure ou deux dehors ensuite à juste baguenauder. Une heure ou deux ensuite à écrire n'importe quoi, ce qui vient, tirer le fil. Une heure ou deux à faire la sieste. Une heure ou deux à écouter de la musique ou regarder un film ou lire un livre, en buvant du thé. Une heure ou deux à faire la cuisine et l'engloutir. Puis le néant douillet du soir. Un film ou deux, ou trois... une lampée ou deux, ou trois de whisky... J'ai parfois l'impression de m'anéantir dans le cinéma. Il est peut-être là le problème : je passe parfois 7 ou 8 heures par jour à regarder des films. Pas que des chefs-d'œuvre. Plein de grosses merdes aussi. Parce que j'aime bien, les grosses merdes, aussi, m'abrutir pour de bon. Parce qu'il y a une sorte de bonheur, à s'abrutir, à se vautrer dans la médiocrité, voire la nullité, pour moi en tout cas, ma façon peut-être de faire partie de l'humanité, à ne plus rien penser finalement, ni ressentir, à se couler dans la masse de merde, à disparaître même dedans, à être un gros con finalement comme un autre. Parce qu'autrement je ne suis pas un gros con comme un autre? Bonne question. Peu importe. Comme gros con, en tout cas, je n'ai plus besoin depuis longtemps de me mesurer à tel ou tel gros con pour évaluer mon degré de connerie. La différence, si différence il y a, c'est que je décide sciemment de m'y vautrer, un certain temps plus ou moins long, en solitaire, peut-être juste pour m'oublier, pour être en vacance de moi. Pour aussi me baigner dans l'air du temps, je me dis, communier avec mes semblables, faire ainsi partie de l'humanité, dans la masse d'abrutis. Mais peut-être que quand j'en sors, de ce bain, ruisselant de connerie semblable, je n'en suis pas moins un gros con, je me dis et même peut-être un pire gros con. Parce que j'en vois beaucoup, des gros cons, autour de moi, pas juste à la télé ou sur internet. Comment moi serais-je différent? Je regarde tout ça comme un immense cirque, un entremêlement de milliards de fictions toutes très semblables finalement et pathétiques, la mienne y comprise, mais je me laisse parfois attendrir, par la mienne y comprise. Pauvres humains... Les gens m'ennuient, férocement. Je n'accepte de communier avec eux qu'en solitaire. Mais tout ça importe tellement peu. Mon problème : il faudrait que je m'organise. Je n'ai jamais su m'organiser. La musique, ça me manque tellement. À une époque, je ne passais pas une journée sans avoir soufflé une heure ou deux voire trois dans mon saxophone ou ma clarinette — plus ou moins gros sifflets — et je crois que globalement ma vie était bien plus satisfaisante. Je n'avais pas de télé, à l'époque, pas de cinémathèque, je n'avais pas non plus d'internet, il n'y avait que la musique... Chaque jour avait son air... Je soufflais, sifflais des volutes de Lester Young, des bribes de Coltrane, de Parker, des bizarreries monkiennes et même des airs à moi, surtout des airs à moi... Il n'y avait que le Son... la vibration de l'anche... Un monde sans paroles, le meilleur des mondes, comme le cinéma avant qu'il se mette à parler... Un copain m'a dit, il y a quelques semaines : Je vais me mettre à la cigarette électronique, pour arrêter de fumer... Et j'ai répliqué, du tac au tac, que moi j'allais me mettre à la vie électronique, pour arrêter de vivre... Je me rends compte alors que ça fait tellement longtemps que je me vautre là-dedans, du matin au soir... un gouffre... que ça n'est pas innocent... que ça ne peut pas être innocent... que c'est un puissant, très puissant anesthésiant, annihilant... — mais n'est-ce pas nous perdre, disparaître, que nous cherchons?... — que je me suis laissé engluer, absorber dans cette toile électronique qu'un simple orage magnétique un jour grillera, anéantira et moi, ce qu'il en restera, avec... que peut-être même je suis mort depuis déjà longtemps... et qu'alors ici, nulle part, je ne suis peut-être bien qu'un vague écho de qui je fus, ou de qui je crus être, une suite éphémère, banale, de uns et de zéros...

mercredi 20 février 2013

He is always here with me. Inside me. I can hear him. He was a child. With half a white beard. The same eyes. He was already old. Or he stayed the same child. The Terminator was a child. Without age. He drawned himself mysteriously in East River in 1970, he was 34 years old. November, water was so cold and they never found his saxophone. He was a very strange fellow. He said that Coltrane was the Father, Pharoah Sanders the Son and himself the Holly Spirit. (No less, no more...) Holly Spirit drawned in East River, what a sad story... Water was so cold... I remember the first time I heared Albert Ayler, in the night, at St Jean, to the radio, it was Summertime... It changed my life... Chaos and Cosmos are the same... Chaosmos, if you want, or cosmhaos if you prefer... I don't find the words to describe this... Words... words... words... would say William Shakespeare... Or : Like as the wawes towards the pebbled shore, so do our minutes hasten to their end... Yes, Bill, you are true, you are always true... I would'nt say better... You are the greatest, even greater than Mohammed Ali... and of course than me, when I write in english, because in french, my little fellow, in my land, hum... (Come on Bill... Make my day...) So, Albert Ayler didn't graw old, just became taller, and his saxophone too, and he never died because Holly Spirit can't die... I suppose... So What?... So nothing... I was just trying to write three little words in this curious barbarian dialect... Time on my hands... You see?... It's always the same song... You in my arms... Et caetera...

jeudi 31 janvier 2013

"Les peuples toujours idolâtrent la merde, que ce soit en musique, en peinture, en phrases, à la guerre ou sur les tréteaux. L'imposture est la déesse des foules. Si j'étais né dictateur (à Dieu ne plaise) il se passerait de drôles de choses. Je sais moi, ce qu'il a besoin le peuple, c'est pas d'une Révolution, c'est pas de dix Révolutions... Ce qu'il a besoin, c'est qu'on le foute pendant dix ans au silence et à l'eau!" qu'il disait, Ferdinand, dans Bagatelle pour un massacre. Après il en remet une couche sur les Juifs. Bon. Comme me disait il y a deux jours un Grand Singe au téléphone : "S'il avait mis con à la place de Juif, il aurait eu le Nobel." Et moi je dis que quand on aime quelqu'un, on ne fait pas le dégoûté quand soudain il se met à vomir tout debout. On l'aime en toute circonstance. On n'est pas comme ces filles qui ne vous veulent que quand vous êtes bien rasé et pomponné, bien gras du porte-monnaie, drôle, spirituel selon leur pauvre goût, admirable, bite increvable par dessus le marché. Il est malade, dans son lit, il sent mauvais, se fait dessus, on l'aime, on vient le voir, on lui apporte même des douceurs, on ne fait même pas la grimace, ou à peine, sur le coup, quand il vous les dégueule ensuite dessus ces douceurs. Il dit des conneries, on l'aime aussi. D'ailleurs il pourrait dire n'importe quoi on l'aimerait. C'est comme Coltrane, il prend son saxophone, il se le met en bouche, on ne peut plus l'arrêter ni s'arrêter de l'écouter. Même si parfois on s'emmerde, certains jours. On n'est pas au spectacle. On n'est pas venu voir un type qui marche sur un fil en espérant qu'il va tomber et tant qu'à faire en crever, au moins finir estropié. J'aurais aimé d'ailleurs l'entendre, Coltrane, jouer dans sa cuisine, pour personne, juste s'entraîner, faire des gammes et essayer des trucs. J'aurais été son voisin, j'aurais fait un petit trou dans le mur, à la chignole, doucement, qu'il ne me repère pas, pour y coller l'oreille. Et Céline, en lisant Bagatelle, je me dis la même chose. Il fait ses gammes. Il aurait mieux fait de la garder pour lui, peut-être, sa bagatelle. On aurait retrouvé ça, longtemps après, ses entraînements dans la cuisine, ces trucs qu'il essayait dans son laboratoire. On aurait dit : Ah ben il était antisémite alors, Ferdinand... j'aurais pas cru... pas à ce point en tout cas... En même temps, il ne savait pas être un peu... Au silence et à l'eau, c'est ce que je me dis aussi pour moi, ces derniers temps, c'est peut-être bien ça aussi qu'il me faut... Et à la fois non, il fallait qu'il la lance, sa bombe à merde bricolée urgemment, il avait besoin de s'y foutre vraiment, dans la merde... C'était son caractère... Ça ronronnait trop, depuis un certain temps...

vendredi 22 avril 2011



Là, il n'y a plus rien à dire. Du tout. Dire quoi? Tout a été dit. Ou alors rien. Faire du bruit avec la bouche. Croire que les mots ont du sens. Que les phrases, esquifs pleins de trous, ont du sens et nous emmènent dans ce sens, par là-bas, on ne sait pas trop où, sur des océans d'ignorance. De toutes façons, personne n'écoute. Mieux vaut siffler. Un air. Juste pour soi. Quelque chose qui passe par la tête. Plutôt que parler. Les oiseaux parlent-ils? Pour dire quoi? Salut, ça va?... il fait bien beau... j'ai mal au bec à cause que je suis rentré dans un carreau... et puis j'ai chié en vol sur la tête de deux tourtereaux, sur un banc, du travail de précision, si t'avais vu leur figure... Pas si bêtes, les oiseaux... Alors nous, à côté, ou plutôt en dessous, pleins d'idées, le prix du pain et puis le Verbe qui était là soi-disant au début. Pourquoi pas plutôt le si bémol?... Et à la fin, il y sera aussi, le Verbe? Et pendant tout ce temps, il était passé où?... Non, mieux vaut encore siffler... A Paris, il y a bien longtemps, une vieille dame tout émue dans une cage d'escalier m'a dit : Autrefois, quand j'étais jeune, les hommes sifflaient... vous m'avez rappelé ce temps-là... Le plus beau compliment qu'on m'ait fait... Des siffleurs, il n'y en a plus tant que ça...

dimanche 3 avril 2011

Leila 4, m'a offert (à moi, 44) ce très beau dessin, il y a peut-être deux mois. Je lui ai dit que je l'exposerais dans ma cuisine. Depuis, je me perds dans sa contemplation, à la fois ébahi et inquiet. (Son père est directeur de prison. Je ne le connais pas. Mais si un jour je vais en prison, sait-on jamais, connaître la mère de sa fille me sera peut-être utile, je me dis, toujours pragmatique. J'ai remarqué qu'il avait plein de disques de John Coltrane, dans ses étagères toutes bien étiquetées...) Sa mère, jolie, douce, cérébrale doctoresse es sciences sociales que je n'avais pas vue depuis bien dix ans, m'a le même jour vivement recommandé la lecture d'Edgar Hilsenrath. (Beaucoup aimé Fuck America, et encore plus le retour au pays de Jossel Wassermann.) Merci, les filles...

jeudi 8 avril 2010

Je viens de revoir les 7 samouraïs. C'est toujours pareil, je me dis que je l'ai vu déjà tant de fois, que je le connais même par cœur, mais j'y reviens quand même. Dès le début, dès les formidables premiers battements de tambour du grand Fumio Hayasaka, mon cœur s'emballe. (Il composait les musiques des films de Kurosawa et de Mizoguchi, jusqu'à ce que la tuberculose l'emporte, à 41 ans, comme John Coltrane.) Il y a tout, dans ce film. C'est même une splendeur absolue. Je ris toujours aux pitreries de Toshiro Mifune, lequel émeut tout autant qu'il fait rire. Quel acteur énorme. J'adore Takashi Shimura, avec son drôle de visage triste qui ressemble parfois à un masque. (J'ai envie de revoir vivre.) Et puis il y a des chevaux, de la pluie, de la boue, des amoureux dans les fleurs, des samouraïs fauchés pleins de noblesse et des bandits cruels, des paysans qui luttent comme ils peuvent pour survivre, la mort qui n'a rien de glorieux, qui est même plutôt hideuse... Enfin, ça m'emporte à chaque fois... Il y a un tel souffle... C'est tellement beau... La première fois que je l'ai vu, je devais avoir 18 ans, je l'ai trouvé très très long, me suis beaucoup ennuyé... On me l'avait présenté comme un grand classique du cinéma japonais... Ça me l'avait rendu écrasant, sérieux, austère, ennuyeux, la façon dont on m'en avait parlé, comme si j'étais obligé de l'aimer, pour ne pas avoir l'air d'un idiot...

lundi 2 février 2009

Au moment même où je suis né, John Coltrane jouait Peace on Earth, à Tokyo. Un jour, je suis entré dans un magasin de musique, enfin décidé à m'offrir une trompette, car il me semblait que j'étais fait pour la trompette et depuis des années ça me trottait dans la tête. Bonjour, j'aimerais un saxophone s'il vous plaît, comme j'aurais commandé une baguette de pain dans une boulangerie. Un peu troublé par mon lapsus mais n'ayant qu'une parole, je ne me suis pas repris, me suis juste traité d'idiot en sortant avec cette chose que je n'avais pas voulue, mais peut-être bien secrètement désirée, me suis-je dit un peu plus tard au moins pour me consoler et me sentir moins con. Peu de temps après, j'ai acheté un nouveau bec pour mon saxophone, que je n'ai pas vraiment choisi car je n'y connaissais rien et mon marchand de musique m'aurait vendu ce jour-là n'importe quoi. De retour chez moi, je me suis aperçu, en regardant une pochette de disque, que le bec que je venais de m'offrir était le même que celui de Coltrane, un Otto Link. (Il s'est très vite et agréablement adapté à ma bouche et j'ai enfin réussi à sortir des sons convenables de mon instrument. Certains de mes voisins se sont alors mis à penser que j'étais musicien et j'ai dû bientôt leur expliquer que non.) C'est quelques mois plus tard que je suis tombé sur son concert au Japon, tout émoustillé de découvrir un nouvel enregistrement de mon idole, pour ne pas dire mon dieu, mon magnifique dieu noir, ravi de réaliser ensuite qu'il avait eu lieu le 22 juillet 66, encore plus quand (j'avais entre temps téléphoné à ma mère pour lui demander si elle se souvenait de l'heure : Midi vingt... Pourquoi?... Oh... juste comme ça...) ayant calculé le décalage horaire, je me suis rendu compte, tout frissonnant, au bord de l'évanouissement, que j'étais peut-être bien né à ce moment-là, au tout début du concert il se pouvait bien. Il jouait du ténor et du soprano. Sauf que, ce soir-là, il joua exceptionnellement de l'alto, car la firme Yamaha lui en avait offert un. Mon saxophone est un Yamaha, un alto. J'aime bien, ce genre de petites bêtises. En tout cas, c'est magique, d'avoir un tel enregistrement, se dire qu'on est né là, pas seulement dans une petite clinique d'une petite ville terne de Haute-Savoie... Les cris alors se mêlent, puis les moments de douceur... une sorte de litanie, à travers le temps et les âges, qui monte, monte... sans jamais redescendre... Ma mère m'a toujours dit que j'étais sorti sans faire d'histoires, sans douleur et qu'ensuite j'avais été longtemps un enfant adorable, souriant, curieux, éveillé, pas capricieux pour un sou ni même pour deux... (Puis ça a changé, mais c'est une autre histoire...) Pendant plusieurs années, j'ai écouté Peace on Earth pour mon anniversaire, seul avec Mouchette, autour de midi, mes plus beaux anniversaires.

samedi 31 janvier 2009

J'ai toujours trouvé étrange que le Samouraï, de Jean-Pierre Melville, et la marque du tueur, de Seijun Suzuki, soient sortis la même année, en 1967. (L'année de la mort de John Coltrane, entre parenthèses, une année bien sombre, donc, même si ça n'a aucun rapport, j'avais un an et ne le connaissais pas encore... Ça me fait penser qu'il y a quelques jours, j'ai parlé d'une photo qui a été prise en 67 et tout cela me semble de plus en plus étrange...) Quand j'ai vu le deuxième, j'ai pensé aussitôt que c'était un hommage au premier, même si les styles étaient très différents. Il y avait le motif de l'oiseau, dans les deux films, des petites choses comme ça... Une sorte de parenté... Deux grands stylistes... Une histoire de tueurs solitaires... Il y avait une évidence, pour moi, que Seijun Suzuki était un admirateur de Melville et avait cité le Samouraï, pas le contraire car les films de Suzuki n'étaient à l'époque sans doute pas distribués en France, alors qu'Alain Delon était une énorme star au Japon. J'ai donc été grandement étonné d'apprendre que les deux films étaient sortis simultanémént et y ai vu un bel exemple de synchronicité jungienne (deux évènements qui ne présentent pas de rapports de causalité, mais dont l'association prend un sens pour la personne qui les perçoit), comme si les deux cinéastes avaient été traversés, ou visités, au même moment, par la même "idée". Un petit oiseau dans une cage, en France, se retrouve pendu à un rétroviseur, au Japon.

jeudi 27 novembre 2008

Lester Young sera toujours dans mon cœur. Il m'arrive encore de siffloter Stardust, du début à la fin, 3'32'', la version de 1959, que j'avais apprise par cœur sur mon vieux saxophone, note après note et qui est restée gravée là, qui fait maintenant partie de moi. J'ai mis du temps, à vraiment aimer Lester Young, à vraiment l'entendre. Je ne le trouvais peut-être pas assez brillant, pas assez spectaculaire. Il ne crie pas, ne parle jamais pour ne rien dire, il murmure, le plus souvent, n'a pas peur du silence, il faut tendre l'oreille. Au début, je l'écoutais surtout quand il jouait avec Billie Holiday, il n'existait d'ailleurs pour moi que dans son ombre. Puis je me suis mis à l'entendre et jamais peut-être un musicien ne m'a touché autant. Les personnes qu'il appréciait, hommes ou femmes, il les appelait Lady. C'était la distinction suprême, Lady. Il n'attaquait pas les notes comme la plupart des autres saxophonistes. D'ailleurs, il ne les attaquait pas vraiment, les notes, il les libérait, plutôt. Il était tout autant habité à la clarinette et c'est bien dommage qu'il n'ait pas enregistré plus avec cet instrument, dont il est l'une des plus belles voix, sinon la plus belle. (Je pense aussi à Pee Wee Russell, à Jimmy Giuffre...) Je n'ai jamais entendu une seule note gratuite de Lester Young... Chacune était vivante... Même ses couacs étaient essentiels, poétiques... Charlie Parker, Lady Bird, dont je suis un fan absolu, s'est parfois singé, il faut être juste... John Coltrane, mon idole, s'est parfois perdu dans ses propres méandres... C'est aussi ce qui faisait leur splendeur... Ces deux-là étaient des extrémistes, des dangereux pyromanes, des aspirants icares. Pas Lester Young, peut-être déjà consumé, qui n'était que lui-même. Finalement, souffler dans son saxophone (Lady Violet) ce n'était pas plus important que fumer une cigarette, c'était même pareil, finalement, fumer une cigarette et souffler dans son saxophone, hautement spirituel. Parfois même, une cigarette, en se consumant, fait plus de bruit. C'est également ma philosophie, à moi qui ne suis hélas pas musicien, quand il me prend l'envie de souffler dans ma clarinette. Au moins, mes voisins ne se mettent pas à hurler à la fenêtre, quand je joue à deux heures du matin. D'ailleurs, parfois, après avoir longuement, pensivement mâchouillé mon anche parfois un peu dentelée, amoureusement caressé l'ébène de ma vieille et noble clarinette fêlée du bocal que j'ai moi-même restauré à la pâte à bois, promené mes doigts sur les élégantes, sensuelles mécaniques, je repose Lady Clarinette sur mes genoux, car la lune vient d'apparaître au coin de ma fenêtre, j'ai déjà eu mon moment de pure émotion musicale, j'estime même que pour une fois j'ai magnifiquement joué. Tant pis s'il n'y avait personne pour entendre.