Ah... Mankiewicz... Ah... Gene Tierney... Rex Harrison... Ah... the ghost and Mrs Muir... — C'est tout ce que t'as à dire? Ah? T'as pas l'impression qu'c'est un peu mince? Que tu t'fous un peu d'la gueule du monde? Imagine s'il y a des gens qui lisent... Ce qu'ils vont penser de toi, avec tes ah... et puis tes histoires de salades... tes salades... quand même... — J'dis c'que j'veux... Et s'il y a des gens, il y a des gens, je ne suis pas allé les chercher et ne les retiens pas, ils pensent ce qu'ils veulent, ne sont pas forcés de venir et encore moins de lire, ils n'ont même pas payé en plus il manquerait plus qu'ils viennent se plaindre... Chuis pas critique de cinéma, moi, pas non plus historien, ni même rien, et puis j'm'en fous, je ne désire intéresser personne, je passe juste un moment avec moi-même... et moi, quand chuis content, j'fais ah... c'est comme ça... — Bien primaire... — Exactement!... — C'est quand même léger... — Exactement... J'ai tout de même remarqué pour la première fois que dans le film ils prononçaient Miour... et pas Mouir... Pourtant, le i est après le u... — Juste ça?... — Bien sûr que non, mais enfin, quoi? Que c'est beau? Que c'est drôle? Que c'est triste?... Qu'on aimerait tant être le fantôme de la Miour?... Parce qu'il la voit toute nue, et oui... quand même... Nous, on ne voit rien du tout, mais lui, le capitaine, pardon... Sauf qu'il ne peut pas la toucher, la Miour... — On ne peut pas tout avoir... Mais quand même, à la fin, ils partent ensemble... — Oui... mais ils sont morts... — Ça ne nous avance pas tellement tout ça... — On n'a pas besoin d'avancer... On n'est pas bien, là?... Ah... Mankiewicz... Ah Gene Tierney... Et la grosse voix de Rex harrison... dans the ghost and Mrs Muir... putain, ça déchire... — Ça déchire... Ça déchire quoi?... — C'est déchirant... Ça fait pleurer quoi... Ça fait pleurer en souriant... C'est quand même beau, l'amour, même si souvent c'est con... — Beau et con à la fois?... — Mais oui... Elle est veuve, la Miour, sans avoir connu vraiment l'amour... Puis elle tombe amoureuse... mais d'un fantôme... c'est con... La seule grande et belle aventure de sa vie est un rêve... Et lui au début qui ne veut pas qu'on l'emmerde, dans sa maison hantée, qui essaye de la faire fuir, la Miour... Puis il s'attache... Et il la voit toute nue, alors, il lui dit même qu'elle est sacrément bien balancée, la Miour... Elle dort même dans son lit, ça le fait bien rigoler, en même temps ça a du sens, elle dort dans son lit, dans son lit où lui n'est plus, même s'il y est toujours encore... Et il est mort connement, aussi, tout le monde croit qu'il s'est suicidé, ça le met en rogne... Et lui non plus, il n'avait jamais vraiment connu l'amour, même s'il avait eu des filles dans tous les ports... Il lui dicte le roman de sa vie... Puis il s'efface, lui murmure pendant qu'elle dort qu'elle a tout juste rêvé, qu'il n'y avait pas de fantôme et que c'est elle qui l'a écrit, le roman... Pour qu'elle soit heureuse, il disparaît... sois heureuse... même s'il sera toujours là, mais plus du tout comme avant... Il lui a donné sa maison, son œuvre, son amour, à la Miour, pour qu'elle soit heureuse, puis il a disparu, corps et âme, plus même fantôme du tout, juste un tableau au mur de la Miour... Sauf qu'elle n'a pas été heureuse... Enfin si, un petit peu quand même, elle a chéri son rêve, le souvenir de son rêve... Elle a vieilli, la Miour... toute seule dans sa maison chérie, dont elle aimait tellement l'atmosphère et la maison alors aussi la chérissait, la maison qu'il avait lui-même dessinée, imaginée, la douce, tendre, cruelle, mélancolique prison de la Miour... Elle n'a jamais été aigrie en tout cas... C'est beau et con à la fois... et moi ça me fait pleurer... Et puis il y a la mer... — Et puis Georges Sanders, en salaud, qu'est-ce qu'il est bien... et tellement pathétique, dans son genre... — Il est toujours très bien, Georges Sanders, en salaud pathétique... — Et la musique aussi... — Ah... Bernard Herrmann... — Tu vas nous faire tout le générique comme ça?... —Et pourquoi pas?!... — Et tu y crois aux fantômes, toi?... — Évidemment... J'en ai même rencontré une... Tu veux que je te raconte?... — Alors, tu étais tout à la fois le fantôme et la Miour... Je comprends mieux maintenant...
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jeudi 26 avril 2012
jeudi 30 décembre 2010
Mis à part quelques films, je n'aime pas tellement Nicholas Ray. C'est un peu comme James Dean, on en a fait une icône. Le cinéaste rebelle, ça va bien quand on a 17 ans... Nicholas Ray, un nom de code, juste le prononcer est censé nous transporter dans les contrées sauvages du cinéma américain... Mais je trouve ses films parfois tellement... quelconques, parfois même mous, sans style, parfois même carrément fades, le brigand bien aimé par exemple. Rebel without cause est tellement surestimé... Même si j'aime beaucoup son premier film, plein de grâce, les amants de la nuit (they live by night), ainsi que la maison dans l'ombre (on dangerous ground)... Johnny Guitar évidemment... Le violent (in a lonely place), j'aime bien aussi... C'est qu'il y a Bogart... Et puis aussi Gloria Grahame... Mais je suis sûr que ç'aurait été beaucoup mieux, avec les mêmes acteurs, le même scénario, tourné par un autre, un Raoul Walsh par exemple, vous imaginez? ou un Robert Siodmak, un Jules Dassin... Même un Lewis Milestone j'aurais préféré, ou un Joseph H. Lewis... Et qu'en aurait fait Mankiewicz?... Voilà, on lui a donné un scénario pas trop mal, au Nicholas, des acteurs habités et il nous a cuisiné ce bon petit film, sans plus, service minimum... On vous donne des bons produits, même si vous n'êtes pas grand cuisinier, vous réussirez toujours à faire quelque chose de mangeable... Fallait le donner à Otto Preminger, ce film... Ou à Samuel Fuller... Et Hitchcock?... Il aurait été tenté de faire une variation de Soupçons... Bernard Herrmann à la baguette, même si, en 1950, ils ne travaillaient pas encore ensemble... Vachement plus captivant ç'aurait été, dans tous les cas...mercredi 16 décembre 2009
Quel bonheur de pouvoir voir et revoir encore la mort aux trousses... Autour de minuit, l'envie me prend... Et je peux... Je l'ai... Je peux le voir autant de fois que je veux... Si j'avais su, quand j'avais dix ans, que j'aurais ce privilège... C'était le film qui suspendait le temps... C'était même un trou dans l'espace-temps... La vie, ce qui m'attendait, ne me réjouissait pas beaucoup... L'angoisse me nouait... J'avais parfois des crises terribles et je me roulais par terre en me tenant le ventre... (Un boyau qui se tord, disait le médecin de famille, qui était très gentil...) Mais là, pendant la mort aux trousses, tout disparaissait, j'étais happé... J'aurais aimé que ça dure l'éternité... Magie du cinéma... De ce film, en particulier, pour le gamin de 10 ans que j'étais, de 43 ans que je suis... La nuit m'appartient... Je n'ai plus ces angoisses de quand j'avais 10 ans, mais j'ai conservé le goût immodéré pour ce film... Je suis émerveillé à chaque fois au moins autant que la fois précédente... Quelle splendeur... Quel rythme endiablé... Et puis je ris, même si je connais toutes les répliques par cœur... (La scène dans l'ascenseur avec sa mère et les deux tueurs... juste m'en souvenir me fait glousser...) Et puis je suis toujours autant ému quand je vois Eva Marie Saint... Quelle grâce... J'en ai les larmes aux yeux, quand je la vois... La petite musique mélancolique de Bernard Herrmann, pendant les scènes d'amour... Comme c'est douloureux, au fond, l'amour, mon amour, comme si sa jolie main vous étreignait le cœur à nu, à vif, tendrement... Comme le technicolor était beau... Comme toutes les choses étaient belles, les voitures, les architectures, les compartiments de train, les robes d'Eva Marie Saint... Eva, qui s'appelle Eve, dans le film... Comme Cary Grant était drôle... Comme James Mason était fin... Comme Hitchcock était grand... Quel curieux mélange...lundi 30 novembre 2009
Parfois (et même souvent) j'ai besoin de retourner à mes classiques. Dès les premières images de Saul Bass, dès les premières notes de Bernard Herrmann, je suis envoûté. Rarement l'alchimie entre l'image et le son a si bien fonctionné. (La petite chose que j'ai remarquée lors de ma dernière vision : à un moment, lorsque Stewart est en maison de repos, quelques subtiles notes de musique opèrent la transition avec le plan suivant, quelques mois plus tard. Je me suis passé plusieurs fois cet instant, entre deux plans, pour savourer ce motif délicat, ces quelques notes qui durent des mois... Ça ne m'avait pas marqué, les fois précédentes, et là, ces quelques notes ont provoqué en moi quelque chose de très étrange et j'ai eu besoin de retourner voir, ou plutôt de retourner entendre... J'ai été conscient d'être sensible à un effet, qui auparavant n'opérait qu'inconsciemment, dans un état proche de l'hypnose...) Quand j'étais gamin, je préférais la mort aux trousses. Il passait souvent le dimanche soir, à 20 heures 30. Le lendemain matin, je devais me lever très tôt pour partir à l'internat, où j'étais enfermé toute la semaine. Alors, je savourais. Le film était long. C'était un sursis, mieux valait qu'il soit long. Si j'avais pu, je serais resté l'éternité à regarder la mort aux trousses, la boule dans le ventre disparaissant le temps du film. C'est aussi un dimanche soir à la télé que j'ai dû voir pour la première fois vertigo. C'était beaucoup plus étrange, beaucoup plus complexe, pour un enfant de dix onze ans. (Ça l'est toujours, pour un homme de 43 ans.) Je suis toujours frappé par la splendeur de la chose, sans même parler des retentissements psychologiques. Tous ces talents réunis sous la baguette de Sir Alfred... D'un point de vue plastique, j'adore la période VistaVision et Technicolor d'Alfred Hitchcock... (Même si, en fait, Hitchcock, c'est toujours beau, la grande classe inoxydable...) Quand Kim Novak apparaît, dans sa robe verte, dans le restaurant rouge... La scène dans la forêt de sequoias... La Rolls verte... Le collier rouge de Carlotta...