Le soleil, aussi. J'étais toujours dehors. Je prenais le soleil. Je n'en avais jamais assez. J'avais toute une vie sans soleil à rattraper. Ma mère m'avait tondu, comme un mouton, dans le pré. Mon crâne alors aussi pourrait prendre le soleil. De l'aube au crépuscule, j'absorbais chaque rayon. Et la nuit, je prenais la lune. Je ne dormais plus. Je ne rêvais plus. Plus besoin, tout était remonté à la surface, à fleur de peau, et dans mes yeux. (Ce que j'ai dit à un psychiatre, plus tard, en buvant son café et en fumant ses cigarettes, lors de nos six ou sept séances : Le problème n'est peut-être, au fond, que de nature dermatologique... (Il faut dire qu'il avait son cabinet dans un appartement qu'il partageait avec une dermatologue...) Et vous alors? C'est plutôt Freud?... Jung?... (La synchronicité, vous y croyez?...) Lacan peut-être?... Vous me préférez assis? Sur le divan?... Un soliloque? Un dialogue?... Il ne voulait jamais me répondre... Il éludait... Parfois, je me taisais, longtemps, tellement je finissais aussi par me saouler, ou pour voir comment il s'en sortirait, lui, du silence... Au bout d'un moment, il répétait mon dernier mot, ou alors c'était moi, qui le répétais, pour lui épargner la corvée et parfois même on en rigolait, un peu... Pas un bavard, mais il m'était sympathique... Vous n'en avez pas marre, parfois, de tous ces œdipes?... Vous ne trouvez pas ça un peu trop banal, au bout d'un moment, toutes ces souffrances, toutes ces singeries?... Son œil fatigué me disait que oui... Alors, vous, j'imagine, vous allez me prescrire des pilules... N'est-ce pas?... Alors, je vous le dis tout de suite, je suis contre... Une pommade, à la rigueur, pour ma peau, je veux bien... et des gouttes, pour mes yeux... Puis, regardant sa montre — car moi je n'en avais plus — je me levais : Je crois que c'est l'heure, Docteur, que c'est fini pour aujourd'hui... Il acquiesçait, me raccompagnait jusqu'à la porte, on s'y serrait la main, bons camarades...) Je ne me reposais plus. Me reposer? J'étais chargé, comme une pile, au soleil. Et puis, dans le miroir, la fusion. Comme une bombe, j'ai fini par exploser. En même temps, je m'observais, comme un cas, un cas clinique... Je n'ai jamais su dessiner, heureusement. Sinon j'aurais des images bien plus pathétiques. La laideur m'a toujours sauvé. Car on finit toujours par rigoler. Heureusement... Je me souviens, quand j'étais étudiant en philosophie, j'avais pris dessin, en UV libre. Une très jolie fille était venue poser. On était une dizaine, derrière nos chevalets, à essayer d'en saisir l'essentiel, la ligne, peut-être l'âme. (Quel embarras, pour moi...) À la fin, on avait regroupé tous les dessins, pour les analyser... Quelques fous rires, bientôt, quand j'avais aligné mon dessin avec les autres... Le professeur, très grand, très fort et barbu comme Rodin, avait conclu que même un polio aurait fait mieux et même qu'un singe aurait fait mieux... Pas gentil pour les polios, ni pour les singes, je m'étais dit... Un handicapé, j'étais... un handicapé du dessin... Je m'étais défendu un peu en signalant que j'étais un gaucher contrarié, ce qui était vrai... Mais le rire m'avait sauvé, comme il m'avait déjà sauvé quelques fois et me sauverait encore... Ce n'était pas possible, tant de laideur, ce ne pouvait qu'être délibéré, le fruit donc d'un esprit et d'un talent hors du commun... Honnête, je disais non non... et alors en plus je devenais modeste... Je n'ai donc jamais su dessiner. Même en ayant pris des cours. Dessiner une oreille, par exemple, je n'ai jamais su... J'avais honte... Je lui avais fait un gros nez, à la fille magnifique qui était venue poser, un corps difforme, une mégère de cauchemar... Pourtant, je m'étais appliqué, suivant les instructions du professeur, un œil fermé mesurant de loin avec mon crayon la beauté... Que les autres voient mon dessin et rigolent, que le professeur me dise que j'étais incurable, que je n'avais même pas deux mains gauches, mais deux pieds gauches, ça ne me blessait pas du tout, surtout que j'étais gaucher du pied... Mais que la belle le voit, mon dessin, ça me gênait, me plongeait même dans la plus cuisante, la plus rouge des hontes, c'était un crime... un crime contre sa beauté... D'autant plus que, la dessinant, je m'étais mis à l'adorer... J'aurais voulu disparaître, ne jamais même avoir existé, quand elle s'est levée de son haut tabouret pour venir voir les dessins... Elle les a parcourus vaguement d'un air un peu blasé, feignant parfois l'intérêt car elle était gentille, avait le sens des convenances, puis, quand elle est arrivée vers le mien, une grande fille, brune, elle a soudain baissé un peu les yeux, troublée, les a ensuite timidement relevés, puis a légèrement souri, émue m'a regardé...
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dimanche 29 septembre 2013
mercredi 18 septembre 2013
Au moins, il est à l'abri, je dis au Singe. Mais le bruit, quand même, les trains, sur le pont, là-haut, les voitures en bas qui n'arrêtent pas de circuler. Et les gaz d'échappements... Et les piétons... Pas la plus tranquille villégiature... On regarde. C'est tout bien tenu. Il a même arrangé un petit bouquet, sur la table de nuit, coquet, à côté d'une petite pile de livres. Personne ne lui dérange jamais rien, me dit le Singe, qui passe souvent par là, lui, c'est son secteur. Il fait salon, on imagine. Peut-être même qu'il invite des copains. Même si on l'imagine mieux tout seul. Le soir, il rentre... Enfile peut-être même ses pantoufles et s'installe comme devant la télé... Et tous ces gens qui passent sans un regard. Ça doit être un sacré spectacle, quand on fait salon là, l'humanité. Ça le scandalise, le Singe, la misère. Moi, je suis plus résigné. C'est qu'il s'imagine, lui, le Singe, à la place. Moi, pas du tout. Trop bruyant, ce pont, trop de trafic, trop pollué, je m'en trouverais un plus en retrait, ou dans les bois. Je ferais mon deuil de l'humanité. N'en ferais en tout cas pas un spectacle permanent. On n'ose pas trop approcher. C'est privé. Quels livres lit-il? On ne le saura jamais. Et nous, on lirait quoi? Lirait-on encore?... On reprend notre virée. Pas une heure qu'on est dehors et déjà le Singe me dit qu'il a besoin de manger quelque chose. Il faut dire qu'il sort peu de sa ménagerie. C'est sa sortie hebdomadaire, aujourd'hui. Ébloui par toute cette lumière — pourtant basse — effaré par toutes ces sales gueules et ce bruit, il voit un peu des étoiles, a un peu les jambes en coton, grand singe tout traviolant, je le guette en permanence du coin de l'œil : si sa guibole lâchait, je ne sais pas si je pourrais rattraper un tel corpulent. (Tellement attentif à sa déambulation, qu'à un carrefour je ne vois pas un chauffard débouler et que c'est lui, le Singe, qui me tire par le bras et me sauve d'un probable emboutissement...) À l'heure du thé il lui faut alors son kebab. Pas qu'il ait vraiment faim. Mais ça le désangoisse, il me dit. On s'assied à une terrasse de fast food rue Chevreuil. Car ça se termine toujours rue Chevreuil. Il a toujours besoin qu'on s'échoue rue Chevreuil — c'est la Destination. Sitôt passée la place Jean Macé, invariablement : Tiens, on pourrait aller... rue Chevreuil?... Tu connais?... Et de manger. (Un chevreuil?) Il s'inquiète que je ne prenne qu'un café. Ma frêle humanité... Il me trouve à un moment à la fois zen et nerveux, ce qui me plonge dans une brève mais profonde réflexion. C'est une rue peu passante, la rue Chevreuil, plutôt résidentielle, un peu terne, un peu morne, chaque jour égale, sans soubresauts, comme hors du temps. Je regarde alternativement le Singe engloutir — délicatement — son kebab et le fond de ma tasse de café vide que je tourne entre mes doigts. Il parle... il parle... Manger le requinque... J'ai droit à tout son épisode suisse de faux musicologue et traducteur n'entendant rien à l'espagnol, avec dizaines de personnages colorés, une Argentine volcanique, hystérique, à un moment, mitraillant de jotas son mari baron de presse musicologique à gros cigare qui conclura plus tard à son propos, vous ensuquant dans son accent vaudois placide, mais sournois comme du papier tue mouche : femme magnifique, mais caractère impossible... décors variés, action tourbillonnante, on se retrouve à un moment sur le tournage de Passion de Godard, Piccoli se met même soudain, sans raison, à gesticuler et à gueuler, on rencontre plus tard, dans un manoir lausannois, une actrice mystérieuse, œuvrant clandestinement entre deux films dans l'escroquerie musicologique orchestrée par le Singe, une imposture bien huilée et juteuse — pour se payer sa coke? — la porte, lourde et ouvragée, s'ouvre, lentement, fais comme si tu ne la reconnaissais pas lui avait recommandé son copain l'entremetteur, l'œil malin, dont c'était certainement la maîtresse : Dominique Sanda, ou alors son sosie, le voile ne sera jamais vraiment levé — impeccable, comme négresse, à chaque livraison, pas une virgule à changer, une Grande Dame, vraiment, de grande classe et de grande culture, incognito, c'est même elle qui se tapait tout le boulot... Les passages à la douane avec des liasses de biftons plein les chaussettes, le caleçon... L'argent coulait à flots... (Et qu'ai-je gagné au bout du compte? Une R5 neuve... marron...) J'ai froid... Il échappe une frite enduite de sauce au poivre sur sa manche de chemise — camoufle la médaille par un revers de plus, ni vu, ni connu, plutôt content du résultat... Quel cochon, je lui dis gentiment...
lundi 9 septembre 2013
Tords-toi, tu seras redressé, disait Lao Tseu. Parce qu'on est tout tordu, à la base. Pareil pour le monde. Tout tordu, quand on le croit bien droit. Inversement, on peut croire tordu ce qui est vraiment droit. Je me ressasse cette formule depuis au moins vingt ans. Céline l'avait bien compris, ne suivait en fin de compte que le précepte du Vieux. On en parlait, l'autre jour, avec le Singe. (On ne peut pas s'en empêcher, au bout d'un moment, il faut qu'on en parle, du Ferdinand, qu'on y revienne, il en connaît un rayon, lui, le Singe, et quelle passion...) Mais être redressé, quand on est tordu à ce point... Ça l'a tué. Là on est bien d'accord. Ce n'est pas la Guerre, ce n'est pas l'exil et la prison non plus qui l'ont usé et finalement tué, c'est les points de suspension... La moindre virgule me passionne, écrivait-il dans une lettre, en bricolant Mort à Crédit. Il avait la passion, la maladie de la ponctuation et finalement du Silence, qu'il ne trouvait jamais, des trous, des trous de la dentelle à sa maman. Le petit garçon à son papa et à sa maman. Une merveille, le petit Louis, vraiment, élevé dans le coton... Vous allez voir!... Il fallait qu'il en soit digne, de son statut de merveille... Le Singe me dit qu'il se passe quelque chose de terrible, en plein milieu de Mort à Crédit. C'est là que son style devient vraiment haletant, que les trois petits points se mettent à strier l'air comme des balles... Ça coïncide avec la mort réelle de son père... Il se met alors à prendre une voix de tout petit garçon, me dit le Singe, il est perdu... (Perds-toi, tu seras retrouvé...) Le Singe aussi, il est tordu et pareil quand je le vois je me dis qu'il pourrait se tuer à se tordre de la sorte pour être redressé. Vous le verriez marcher... Il est en guerre. Bien amoché déjà. Vengeance est inscrit sur son blason. Il finit toujours par me faire rire. Il pourrait en prendre ombrage, qu'un benêt inculte tel que moi se poire ainsi. Du rire de l'ignorant, peut-être bien, de l'imbécile qui a si peu à dire. (Le sourire ne fait pas tout, pouvait-on déjà lire sur mes bulletins scolaires.) Mais il a une bonne nature. La joie qui émane de lui est proportionnelle à son courroux. Il vit dangereusement, quand même. À la guerre on y laisse forcément quelques plumes, quand ce n'est pas la peau. Moi j'ai vu ce que ça donnait, de m'y plonger vraiment, de frôler même l'asile en rigolant : rien de bon. Mais je suis d'une nature peut-être plus fragile. Je me dis maintenant que c'était juste peut-être pour être à la hauteur de mon statut de merveille... (Vous allez voir!...) Conneries... Et quand mon père est mort, n'est-ce pas, pour de vrai... Tout ça est d'une banalité affreusement pathétique... On devait aller jouer aux boules, avec le Singe, ça me semblait être un projet autrement plus essentiel que partir à la guerre ou marteler furieusement nos carcasses toutes pourries... C'est alors que je me suis dit : Pose tes lunettes, tu y verras plus clair...
mardi 3 septembre 2013
Juste en face, il y a une boutique de chaussures de marques. Pour des baskets fluos garnies de fourrure léopard, il faut compter au minimum 300 euros. (La laideur et l'inconfort sont devenus hors de prix.) Les gens de la boutique s'entendent bien avec ceux d'à côté, à droite, qui font dans la téléphonie mobile. (Quand le disquaire, lui, à gauche, claquemuré, va bientôt disparaître, il paraît.) C'est l'invasion de la laideur, de la bêtise, de la vulgarité. Et du bruit, car ils parlent fort, y compris seuls, dans leur téléphone, car ils veulent qu'on les entende, même s'ils n'ont rien à dire, surtout parce qu'ils n'ont rien à dire, qu'on sache qu'ils existent, qu'ils sont importants, qu'ils sont Là. Tandis qu'à la radio Nat King Cole se remet à velourer son slow down... je lève le nez de mon Cioran, me sentant, dans le brouillard périphérique de ma myopie, observé par la Créature de la boutique de chaussures. Ne l'ayant plus lu depuis mes vingt ans, j'en gardais une image extrêmement grave, de Cioran, quand je réalise maintenant, rigolant parfois comme un bossu derrière ma vitre, qu'il est d'une drôlerie déflagrante, potentiellement donc un bon copain. (C'était sans doute moi, qui étais grave, à vingt ans.) Tout en chaussant mes lunettes pour vérifier la chose — que la Créature m'observe — je recopie dans mon carnet, à l'attention du Singe, pour la prochaine fois qu'on causera, même si c'est surtout lui le causeur, pour deux et même pour dix, pour cent, quand parfois ce serait tellement bon de se contenter d'écouter ce que disent les oiseaux, même s'ils ne font que roter, ou le murmure du ruisseau, même s'il n'y en a pas : Il faut garder quelques traces du singe, ou alors rester chez soi. (Il doit la connaître. Forcément. Il connaît tout, le Singe.) Au même moment, je décide de la prendre en photo, la Créature. Car elle m'obsède un peu, depuis le début de la journée. Ses petits seins bien droits, surtout, qui bossèlent l'intérieur de mon front. Je me dis qu'une fois que je l'aurai prise, j'y penserai beaucoup moins. (Comme preuve aussi qu'elle me regarde et que ce n'est pas que dans ma tête.) Elle croit, peut-être, que la plupart du temps je la regarde, que je la déshabille, que je suis un voyeur, un pervers — ce que je ne nie pas — quand la plupart du temps, sans lunettes, je regarde dans le vague. Dans sa direction, forcément, puisque je suis posté juste en face. Je ne sais, en fait, qui est le plus voyeur des deux. Car il suffit que je lève les yeux pour la voir qui m'observe. Je ne porte pourtant pas de chaussures de marques, les orteils libres et heureux dans mes tongs, plus proche globalement de mon voisin de trottoir le Roumain, que de ceux du trottoir en face, d'un autre monde. Elle a un bulldog nain qui souvent dort devant la porte et qu'elle promène en ondulant et parfois même il bande. Elle porte souvent des lunettes de soleil à miroirs, même à l'intérieur de la boutique, mais ce jour-là pas de soutien-gorge j'ai remarqué : de bien tentants tétons... C'est peut-être à partir du moment où j'ai cessé de la regarder — même si, la plupart du temps, c'est le vague que je sondais — qu'elle s'est mise, elle, à me guetter. Parce que c'est sa raison d'être, peut-être, qu'on la regarde, qu'on la désire, bien consciente des effets qu'elle produit sur le mâle, elle n'est même là peut-être que pour ça et ça l'a fortement troublée alors, non pas que je l'observe et désire ses bien tentants tétons dressés, ce qui est bien naturel, mais que je cesse de l'observer, niant peut-être alors, à son grand désarroi, son existence. Je ne la connais pas. Si ça se trouve, aux toilettes, les jambes écartées, aux chevilles sa culotte roulée, ou dans son lit le soir, l'âme grande ouverte, polissonne, elle se noie dans Emily Dickinson ou Thérèse d'Avila, voire même les surpasse en rêveries morbides et au-delà. Je l'ai prise, brusquement, en photo, ai volé sans me cacher son âme, à cet instant que j'ai trouvé bien mystérieux, de stupeur, de défit ou d'abandon, je ne l'avais jamais vue comme ça auparavant. Je n'arrive pas à savoir si elle me dit prends-moi ou bien sale con... ce qui est parfois finalement la même chose... Peut-être aussi que je ne veux plus savoir... Ou alors c'est Nat king Cole, qui lui fait cet effet...
mercredi 7 août 2013
Et tu mets plus rien sur Mouchette écho? (Qu'il me demande, mon neveu.) Parce que maman, elle aime bien, Mouchette écho... Ah, je fais. Je le savais bien, que ma sœur venait voir. Mais j'imaginais que c'était en secret. Maintenant je réalise que c'est une histoire de famille. Je me sens observé. Le petit aussi, il sait. Et sa grand-mère, ma mère, doit aussi savoir, si ça se trouve, même si, à cause de ses yeux usés, elle ne peut plus lire que LES GROS CARACTÈRES. Tout le monde sait. Mais lui, le petit, il me surveille. J'étais dans la cuisine, chez ma mère, j'écrivais un petit mail au Singe, lui disant que j'étais dans SA Michaille et qu'on ne pourrait donc pas se voir pour l'apéro, le petit se pointe, se met à lire derrière mon épaule : Tu écris un article pour Mouchette écho?... Mais... mais... Ouste!... C'est personnel!... (Du coup, tout mal torché, mon mail au Singe...) Merde, je me sens observé, maintenant. Ça fait se poiler ma mère, c'est déjà ça. Et lui, le petit, alors, il attend le prochain article de Mouchette écho? Et Mouchette écho par ci, et Mouchette écho par là... Merde... Et sa mère lui a dit que quand on était petits, elle et moi, elle me protégeait?... Ah bon?... Oui oui, il fait... (Même qu'elle l'a lu dans Mouchette écho...) En effet, j'admets, une fois ou deux... Je lui raconte l'histoire en colonie de vacances, je devais avoir sept ans, quand les monos m'avaient sorti manu militari (c'était une colonie de vacances pour gosses de militaires) de la douche (collective, comme dans les camps) parce que je prenais trop mon temps, les yeux fermés, n'avais pas vu que les autres étaient déjà sortis depuis un bon moment et m'avaient balancé tout nu dans la cour. Comment ma grande sœur m'avait sauvé de ce péril. Tout nu, par terre, un cercle hilare autour de moi. Voilà, d'où je viens, peut-être, qui je suis dans ce monde. Bien des années plus tard, je n'ai eu besoin de personne pour me dépouiller totalement et me retrouver à terre. ELLE viendrait me sauver, m'enroulerait dans une couverture comme un accidenté de la Route, m'apaiserait, me laverait, m'emmènerait... En attendant, couvert de boue et de sang, prophète aigu, j'errais sauvage et presque nu parmi les bêtes... Bien trop occupée, sur son île, à réussir sa vie, ELLE ne vint pas me sauver... Et c'est encore une fois ma sœur qui me sauva... Sans elle, j'aurais sans doute fini à l'asile, hurlant, camisolé, ou gentiment bavant... Leur faire comprendre que ce n'est pas la Vérité, leur Mouchette écho, que c'est même tout le contraire. Je ne suis pas le gardien de la mémoire familiale. Ni même d'aucune mémoire. Ne suis gardien que de mon phare éteint, sur mon île (confetti dérisoire d'un empire très ancien mais non moins dérisoire) dans ma nuit. D'ailleurs, ce n'est pas Mouchette écho... Mais il attend, le petit, le prochain article de Mouchette écho... Moi qui envisageais d'écrire des trucs un peu pornos... Moi, à ton âge, je lisais Pif Gadget!... Tous les mercredis je me ruais dès l'ouverture à la maison de la presse!... Pour avoir le couteau de Rahan!... Et puis j'allais en colo!...
samedi 13 juillet 2013
Peut-on se passer d'images? Parce que la fabrique d'images est en panne. (L'œil est devenu torve peut-être, puis vitreux, à force de trop bien voir.) Peut-on? Je me laisse glisser dans la torpeur de l'été. Indolent. Enfin. J'ai des provisions. (Le Singe a rempli ma besace.) Le travail. L'argent. Le travail. L'argent. L'argent. Ça m'a occupé tous ces mois. Préoccupé plutôt, car je n'ai ni travaillé, ni gagné de l'argent. Pas suffisamment en tout cas. (Sans mon bas de laine, je serais à la rue.) L'argent. L'argent fait le bonheur, elle m'avait dit, langoureusement. (C'est même ce qu'elle m'a dit de plus langoureux.) J'avais trouvé ça triste. Tellement. Et vulgaire. Tristement vulgaire. (Elle n'avait pas le droit, d'être vulgaire.) Elle croyait que j'étais rentier, ou je ne sais pas trop quoi, un genre de prince en guenilles et dessous les guenilles c'était censé être de l'or. L'argent. L'argent. Moi je comptais mes billets. (Honteusement, dans les toilettes, ou dans un petit coin dans ma tête.) Ça fera tant de nuits à l'hôtel. Tant d'assiettes chez le Chinois. Pas beaucoup. Mon temps était compté. Il l'est toujours. L'argent, c'est comme le sable du sablier. Je compte les grains. Grosso modo. Il me reste tant. Je remets une pincée de sable dedans alors qu'une poignée s'en est écoulée. L'argent. Et puis le travail. Esclave plus ou moins consentant. Pour l'argent. Pour en remettre dedans. Le travail. L'argent. Le chèque sera peut-être en bois, on me dit. Alors, travailler, pour peut-être un chèque en bois. Pas bien gros, le chèque, mais quand même, ça pourrait payer quelques factures. Comme remettre du liquide dans un récipient troué. En rigolant, il le dit, qu'il sera peut-être en bois. Comme une bonne blague. Pour ce que ça change. Heureusement, l'indolence est revenue. Travailler ou ne pas travailler. Gagner de l'argent ou n'en point gagner. Monnaie ou non de singe. To have and have not. Pour ce que ça change. Mais elle avait raison : l'argent fait le bonheur. Même si c'était vulgaire. L'argent. Même riche, j'aurais les mêmes réflexes. Combien il me reste. Jusqu'à quand. Le même, en riche, en vraiment riche, n'aurait pas été le même. Ça c'est sûr. Pauvre, elle ne l'aurait même pas remarqué. C'était un pauvre mal déguisé en riche. Ça dure alors ce que ça dure. Le bonheur. La poursuite du bonheur. Parce qu'on le poursuit. C'est comme ça. Talonné par le malheur, on le poursuit, le bonheur. Mais pas moi. Moi, c'est juste payer mes factures que je vise, et remplir mon assiette. Survivre. Deux trois bricoles aussi. Ma ration de tabac. Du thé un peu finaud. Un peu d'ivresse de temps en temps. C'est tout. Le bonheur, pas pour moi. Et l'argent alors, le carburant, non plus. Avec ces idées, de toute façon, le malheur vous talonne, c'est assuré. Douleur persistante au tendon d'Achille droit, surtout à froid. (Reçu un coup, l'autre jour.) Ça commence peut-être comme ça. Un jour où l'autre, il vous rattrape, le malheur, par le tendon. C'est couru d'avance. Alors je ne cours pas. Je bâille. Rangé sur le côté. Hors course. À l'heure de la sieste. (C'est toujours l'heure de la sieste.) L'argent. L'argent. Je lis les mémoires de Lauren Bacall. (Revoir to have and have not.) Mais elle commence à m'ennuyer. L'argent. L'argent, je me dis, au bout d'un moment. Qu'elle se taise, The Look. Ou alors qu'elle ne l'ouvre que dans les films. Sa voix grave, quand même, sacrément érotique. (J'ai connu une fille, comme ça, qui avait une voix très érotique.) Il y a les seigneurs. Il y a les serfs. Admirant et craignant les seigneurs. Mais moi je suis un vilain. Que je dis. Bien plutôt : rien de bien défini. jeudi 31 janvier 2013
"Les peuples toujours idolâtrent la merde, que ce soit en musique, en peinture, en phrases, à la guerre ou sur les tréteaux. L'imposture est la déesse des foules. Si j'étais né dictateur (à Dieu ne plaise) il se passerait de drôles de choses. Je sais moi, ce qu'il a besoin le peuple, c'est pas d'une Révolution, c'est pas de dix Révolutions... Ce qu'il a besoin, c'est qu'on le foute pendant dix ans au silence et à l'eau!" qu'il disait, Ferdinand, dans Bagatelle pour un massacre. Après il en remet une couche sur les Juifs. Bon. Comme me disait il y a deux jours un Grand Singe au téléphone : "S'il avait mis con à la place de Juif, il aurait eu le Nobel." Et moi je dis que quand on aime quelqu'un, on ne fait pas le dégoûté quand soudain il se met à vomir tout debout. On l'aime en toute circonstance. On n'est pas comme ces filles qui ne vous veulent que quand vous êtes bien rasé et pomponné, bien gras du porte-monnaie, drôle, spirituel selon leur pauvre goût, admirable, bite increvable par dessus le marché. Il est malade, dans son lit, il sent mauvais, se fait dessus, on l'aime, on vient le voir, on lui apporte même des douceurs, on ne fait même pas la grimace, ou à peine, sur le coup, quand il vous les dégueule ensuite dessus ces douceurs. Il dit des conneries, on l'aime aussi. D'ailleurs il pourrait dire n'importe quoi on l'aimerait. C'est comme Coltrane, il prend son saxophone, il se le met en bouche, on ne peut plus l'arrêter ni s'arrêter de l'écouter. Même si parfois on s'emmerde, certains jours. On n'est pas au spectacle. On n'est pas venu voir un type qui marche sur un fil en espérant qu'il va tomber et tant qu'à faire en crever, au moins finir estropié. J'aurais aimé d'ailleurs l'entendre, Coltrane, jouer dans sa cuisine, pour personne, juste s'entraîner, faire des gammes et essayer des trucs. J'aurais été son voisin, j'aurais fait un petit trou dans le mur, à la chignole, doucement, qu'il ne me repère pas, pour y coller l'oreille. Et Céline, en lisant Bagatelle, je me dis la même chose. Il fait ses gammes. Il aurait mieux fait de la garder pour lui, peut-être, sa bagatelle. On aurait retrouvé ça, longtemps après, ses entraînements dans la cuisine, ces trucs qu'il essayait dans son laboratoire. On aurait dit : Ah ben il était antisémite alors, Ferdinand... j'aurais pas cru... pas à ce point en tout cas... En même temps, il ne savait pas être un peu... Au silence et à l'eau, c'est ce que je me dis aussi pour moi, ces derniers temps, c'est peut-être bien ça aussi qu'il me faut... Et à la fois non, il fallait qu'il la lance, sa bombe à merde bricolée urgemment, il avait besoin de s'y foutre vraiment, dans la merde... C'était son caractère... Ça ronronnait trop, depuis un certain temps...
dimanche 11 mars 2012
Elle est fascinée par l'homme qui rit. Mélange de pitié, d'horreur et de désir. Alors que tout le monde riait, elle n'a pas ri. Elle a même pleuré, saisie, quand elle a vu l'homme qui rit. Lui, il est amoureux d'une jolie aveugle, depuis l'enfance, la fille du forain philosophe qui l'a recueilli, qui est un peu aussi comme sa petite sœur. Il souffre parce qu'elle ne peut le voir et voir alors qu'il n'est qu'un monstre de foire. Il souffre de penser qu'il la trompe en étant invisible. Il ne la mérite pas. (A un moment, il lui fera toucher son rire, pour qu'elle se rende bien compte du grotesque, de qui il est : l'homme qui rit, même quand il pleure.) Mais elle l'aime tendrement, tout comme il l'aime tendrement. Il va alors voir la duchesse, la première qui n'a pas ri en le voyant, lui, le monstre. Il se dit que si la duchesse n'a pas ri, c'est peut-être qu'elle a vu son âme et que donc il n'est pas seulement un monstre, que son apparence n'est pas tout. Alors seulement il pourra épouser sa jolie aveugle, car une autre femme, voyante celle-là et qui plus est d'une grande beauté, ne l'aura pas considéré comme un monstre. La duchesse va lui arracher son cache-bouche, comme on arrache un cache-sexe. Parce qu'elle veut voir son rire. Parce que c'est son rire, qui l'excite. Parce que ça l'excite. Elle veut en jouir. Elle va vouloir ensuite lui dévorer la bouche. Fascination pour le monstre. Olga Baclanova (Madonna en est une copie un peu fade) est d'une sensualité torride. Elle finira en poule, dans freaks. Je consulte sa filmographie hélas très mince de films presque tous introuvables, il y a souvent "sin" dans le titre. Quelle splendeur, Olga Baclanova. Elle est à la fois très gracieuse, émouvante et incroyablement lascive, je n'en vois point d'autres à cette époque autant transpirant la luxure. Dans l'homme qui rit, je ne vois qu'elle. Comment l'horreur et la pitié peuvent déclencher le désir brûlant, un genre même de furie sexuelle. On en oublie souvent l'homme qui rit, pourtant magnifique, pour ne voir que la femme lascive, bien plus fascinante. Elle pleure, quand elle se retrouve seule avec son petit singe... Elle veut aussi s'emparer de sa fortune, car elle est très vénale, mais c'est une autre histoire, même si c'est la même histoire. On pourrait croire alors qu'elle fait semblant, pour duper celui qu'elle veut plumer, mais elle le désire vraiment, frénétiquement. Car le monstre l'excite tellement... Cette bouche, elle la veut... Ça l'émeut à un point... qu'elle en pleure... et qu'elle en mouille, à un point... Ça l'émeut de partout... Jamais elle n'avait désiré à un tel paroxysme... Et lui, ça l'effraie, soudain, l'expression d'un tel désir, la proximité tellement brûlante, violente, du sexe, lui qui en plus est certainement puceau, idéaliste, en même temps il comprend que c'est le monstre qu'elle veut, la sensation inédite, un genre d'absolu pathétique et sulfureux, malsain... Dans l'homme qui rit, de Paul Leni, on retrouve aussi fugacement l'inquiétant homme sans menton qui faisait le livreur de lait dans le chat et le canari. Joe Murphy, il s'appelle. Étrange bonhomme, qui a surtout joué dans des films courts du temps du muet, quelques longs métrages aussi dans lesquels il ne figure même pas au générique. L'homme des rôles minuscules. Le figurant, le passant, l'anonyme, même si désormais il ne l'est plus pour moi, sur lequel on s'attarde un peu plus que sur les autres, parce qu'il fait sensation. Fascination pour le monstre... En le croisant, on se dit qu'on l'a déjà vu quelque part, cet homme sans menton, et qu'on ne l'oubliera pas. Pourtant, on finit par l'oublier, lui qui est pourtant quelque part immortel, avant qu'il ne réapparaisse, comme sortant des brumes de notre inconscient... C'est comme cette dame, que je croise parfois dans la rue, qui a un pied-bot... Ou bien ce type, que je croisais dans mon cinéma, qui avait des bras minuscules, avec au bout des mains minuscules, m'évoquant cruellement un tyrannosaure rex... Ils ont cette façon singulière de se rappeler à ma mémoire, d'apparaître soudain, comme sortant des brumes de mon inconscient...
mercredi 21 décembre 2011
Elle était drôlement jolie, Maureen O' Sullivan, dans Tarzan l'homme singe. Drôlement sensuelle aussi et coquine. On la voit même nageant toute nue, dans Tarzan et sa compagne il me semble, mon préféré de la série, celui de Cedric Gibbons, le grand décorateur hollywoodien. Tarzan vivait comme un singe dans les arbres, très simplement, pas du tout matérialiste. Avec Jane, tout va changer, la super cabane dans les arbres, avec tout le confort moderne, l'eau courante, même un ascenseur, actionné par un éléphant. Ça me faisait tellement rêver, quand j'étais gamin, les Tarzan avec Johnny Weissmuller et Maureen O'Sullivan. A dix ans, en gros, il y avait Charlot, King Kong, John Wayne, Tarzan... A 45 ans, Maureen O' Sullivan me fait toujours rêver... et envie... Finalement, Tarzan devient son esclave... Elle veut une maison dans les arbres? Un lave-vaisselle? Un ascenseur? Il suffit de demander... Esclave domestique, esclave sexuel aussi, parce que c'est du sexe, Tarzan, surtout... Elle sait y faire, Jane... Et Tarzan, qui n'avait jamais connu la femme, tombe dans le piège, lui qui était un homme libre, un grand singe distingué, qui jouait, chassait, dormait... What else?... Là, il devient constructeur... Ou plutôt ouvrier, esclave, car la tête pensante, c'est Jane, la maîtresse (de maison), la civilisation... Elle est attirée par la vie sauvage, la simplicité et en même temps il lui faut un certain confort, une certaine sophistication... C'est la femme moderne, Jane, la bobo bio... En même temps, on le comprend bien Tarzan, il ferait n'importe quoi, si elle le lui demandait... Parce qu'elle est quand même sacrément jolie, cette petite, et vive, et drôle et elle doit sentir tellement bon... Et puis il n'est pas complètement esclave... Il est toujours roi de la jungle, avec ses potes les éléphants et les grands singes... Il faut bien faire des concessions... Il n'aurait pas pu continuer longtemps à vivre avec elle sur une simple peau de bête dans une vague hutte dans les arbres... Il fallait s'installer... Ça a un prix... J'aurais fait pareil... si dans ma jungle une Jane était restée, forcément... esclave domestique et sexuel... tout le confort moderne... Mais, en même temps, quand même, roi de la jungle... (PS : La maison dans les arbres, avec eau courante et ascenseur, ce sera dans le troisième volet, Tarzan s'évade (1936). Le sénateur Hays est passé par là. On ne verra plus jamais, hélas, le joli derrière de Maureen O' Sullivan. La mode a changé. Fini les échancrures polissonnes... Un short sous sa robe ras le cou, qui fait aussi costume de bain... Tarzan, en bout de table, découpe le gigot de gnou pour les invités... L'ambiance a changé...)
mercredi 4 mai 2011
Comme elle me manque... Mouchette... C'est dur, de perdre un être cher... Tellement précieuse, Mouchette, simple, ne parlant jamais pour ne rien dire, ne faisant jamais rien pour ne rien faire... Aucune rancœur, jamais, aucune mesquinerie, jalousie, pourtant elle aurait eu parfois des raisons, jamais envieuse, pas du tout ambitieuse, la noblesse incarnée... Elle aurait pu aller vivre ailleurs, les appartements accueillants ne manquaient pas, alentour, et même le luxe, là où on vivait autrefois. Le mien d'appartement était le plus petit, le plus modeste de très loin, le seul même dans son genre si petit. (Princier! s'était exclamé un certain Singe, qui m'avait une fois rendu visite. Assis dans le fauteuil, il était tellement massif qu'il semblait emplir tout l'espace...) Autour, il n'y avait que des riches et même parfois très riches. J'ai ouvert la fenêtre, au tout début, je lui ai dit d'aller voir ailleurs, comme ça, pour qu'elle se fasse une idée, car peut-être que chez moi ce n'était pas très bien, même pour une minette de l'assistance, qui avait bien le droit quand même de désirer autre chose... Pendant deux jours et une nuit, elle a disparu, elle est allée voir, par là-bas... A la tombée de la deuxième nuit, j'ai vu sa tête qui passait par la fenêtre, elle me regardait, différemment d'avant, je lui ai souri, ça a duré quatorze ans... Elle partait chasser, dehors, le jour, la nuit, me ramenait des rouge-gorges, des chauve-souris... vivants, évidemment... Personne ne m'a jamais si bien considéré... Je suis une bête, moi aussi... Ce qui me distingue? Mon odeur, le soyeux de mon pelage, le timbre de ma voix, ma chaleur. C'est tout. Le reste n'est que fantasmes. Une sale bête? Une brave bête?... C'est selon... A chacun de voir... Je m'en fous... Une bête de somme aussi, c'est à dire de la sieste... Moi aussi, il m'arrive de sortir les griffes, quand je suis bien... Ah... qu'elles étaient bonnes, ces siestes, avec Mouchette... Et puis on regardait des films, l'après-midi, la nuit aussi... On était bien... J'ai plus de mal, maintenant, à regarder des films, à les finir surtout... Il me manque quelque chose, ou plutôt même quelqu'un... Sur la terrasse chez ma coiffeuse, une petite minette est venue se frotter à mes jambes, on a discuté un moment, elle était jolie, douce, bien fine aussi... mais ce n'était pas Mouchette... Il y a encore un peu son fantôme, chez moi... Avant, c'était chez nous...
mercredi 2 février 2011
Il était bien tranquille sur son île (du crâne). Il n'emmerdait personne et personne ne l'emmerdait. Roi solitaire d'un monde bien plus ancien que le nôtre, on ne lui connaissait pas de parents. De qui était-il le fils? Ou bien de quoi? On l'a capturé en l'appâtant avec une jolie blonde. Ensuite, on a voulu le donner en spectacle. On l'a même crucifié. (C'est la honte, la crucifixion...) Mais il ne s'est pas laissé faire. S'il n'y avait pas eu la blonde, il se serait peut-être laissé faire, serait devenu neurasthénique comme la plupart des grands singes en captivité. Il aurait peut-être même levé les yeux au ciel en disant : Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font... Mais il y avait la blonde. C'était la première fois qu'il en voyait une. En plus, on la lui avait offerte. Un cadeau, ça ne se refuse pas. Ça ne se reprend pas non plus. Il avait à peine commencé à jouer un peu avec, à lui enlever délicatement ses vêtements, qu'on lui a repris sa blonde. Ça ne lui a pas plu. Il était le Roi, sur son île. Maintenant, il n'est plus qu'un grand singe crucifié. King Kong, c'est le Christ qui se serait révolté. On imagine quel christianisme on aurait eu si Jésus était descendu de la croix de son vivant et avait foutu une sévère dérouillée aux romains avant de succomber sous le nombre et la puissance de feu de l'adversaire, Christ Kong. Mais il n'avait pas de blonde à protéger et effeuiller, hélas, Jésus.






