Un après-midi tout gris et froid, quoi de mieux qu'un bon et long western? Je n'ai jamais compris que Cimarron soit moins apprécié par nombre de cinéphiles (les cinéphiles se contentent souvent de répéter gravement ce qu'ils ont entendu et d'aimer sans passion ni tendresse ce qu'il est convenable d'aimer, neuf fois sur dix sont les plus sinistres compagnons...) que l'homme de l'ouest, que je considère pour ma part comme raté, erreurs de castings absolues, même si je l'aime bien partiellement, un grand film malade, selon l'expression heureuse de j'ai oublié qui. Cimarron, ce n'est plus un western comme Anthony Mann en faisait du temps de sa formidable association avec James Stewart, the far country et the naked spur en tête. On peut aussi préférer le Mann des films noirs du début. Mais pourquoi bouder d'aussi grands films que le Cid ou Cimarron? Je les revois avec toujours autant de plaisir et même plus d'émotion que ses films antérieurs. Anthony Mann avait bien le droit quand même de faire des superproductions, non? Là, dans le cas Cimarron, c'est tout juste un grand film en bonne santé, selon moi. On peut prendre n'importe quelle scène, c'est magnifique. Et l'ensemble est parfaitement équilibré, harmonieux. Le casting est parfait. L'image très belle. Les personnages complexes et leurs relations passionnées et passionnantes. Les idées sont foisonnantes. Et puis c'est long et bon et j'ai pleuré à la fin, au terme de ce qui a été bien au delà d'une simple distraction : une expérience. (Comparable peut-être à Giant, du passionnant George Stevens, que j'ai heureusement réévalué il y a peu... the talk of the town, formidable, à ranger à côté des meilleures comédies de Hawks, Mc Carey ou Cukor...) Ainsi qu'un retour sur moi. (Entre autres sur ma misérable vie amoureuse que je ne renie pourtant pas.) Le cinéma, comme la littérature, la peinture, la musique ou n'importe quoi d'autre, il faut que ça parle, que ça touche, que ça devienne finalement personnel et même intime. Sinon, quel ennui.
Affichage des articles dont le libellé est anthony mann. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est anthony mann. Afficher tous les articles
samedi 16 octobre 2010
Un après-midi tout gris et froid, quoi de mieux qu'un bon et long western? Je n'ai jamais compris que Cimarron soit moins apprécié par nombre de cinéphiles (les cinéphiles se contentent souvent de répéter gravement ce qu'ils ont entendu et d'aimer sans passion ni tendresse ce qu'il est convenable d'aimer, neuf fois sur dix sont les plus sinistres compagnons...) que l'homme de l'ouest, que je considère pour ma part comme raté, erreurs de castings absolues, même si je l'aime bien partiellement, un grand film malade, selon l'expression heureuse de j'ai oublié qui. Cimarron, ce n'est plus un western comme Anthony Mann en faisait du temps de sa formidable association avec James Stewart, the far country et the naked spur en tête. On peut aussi préférer le Mann des films noirs du début. Mais pourquoi bouder d'aussi grands films que le Cid ou Cimarron? Je les revois avec toujours autant de plaisir et même plus d'émotion que ses films antérieurs. Anthony Mann avait bien le droit quand même de faire des superproductions, non? Là, dans le cas Cimarron, c'est tout juste un grand film en bonne santé, selon moi. On peut prendre n'importe quelle scène, c'est magnifique. Et l'ensemble est parfaitement équilibré, harmonieux. Le casting est parfait. L'image très belle. Les personnages complexes et leurs relations passionnées et passionnantes. Les idées sont foisonnantes. Et puis c'est long et bon et j'ai pleuré à la fin, au terme de ce qui a été bien au delà d'une simple distraction : une expérience. (Comparable peut-être à Giant, du passionnant George Stevens, que j'ai heureusement réévalué il y a peu... the talk of the town, formidable, à ranger à côté des meilleures comédies de Hawks, Mc Carey ou Cukor...) Ainsi qu'un retour sur moi. (Entre autres sur ma misérable vie amoureuse que je ne renie pourtant pas.) Le cinéma, comme la littérature, la peinture, la musique ou n'importe quoi d'autre, il faut que ça parle, que ça touche, que ça devienne finalement personnel et même intime. Sinon, quel ennui.samedi 2 mai 2009
Je suis toujours autant ému, quand je revois cheyenne autumn. Pour son dernier western, John Ford a vu les choses en grand, tourné en 70 mm, une distribution pléthorique, des paysages somptueux, cieux à couper le souffle. Un sergent d'origine polonaise dit qu'il est fier d'être dans la cavalerie, mais qu'il a honte d'être un cosaque. Je ne suis
pas seulement ému par la tragédie de l'agonie de la nation Cheyenne. Je suis ému aussi car ce film pourrait avoir pour titre : Ford's autumn. Il sait que c'est son dernier western. C'est ainsi une sorte de testament. Une veillée funèbre. De première classe. Presque tout le monde est venu. Même ceux qui ne font pas vraiment partie de la famille, Karl Malden fantastique, Edward G. Robinson, qui, on imagine, n'a pu se rendre à Monument Valley, pour une raison ou pour une autre et il semble être là parfois en duplex... Ne manquent que John Wayne (mais son fils est venu... et Richard Widmark est parfait...) et Victor Mc Laglen et peut-être aussi Ward Bond, ces deux derniers étant morts depuis quelques années et je me souviens du juge, dans Sergeant Rutledge, je m'étais dit que c'était un rôle pour Ward Bond, je comprends maintenant pourquoi il ne l'a pas joué... On retrouve Ben Johnson chevauchant, comme à la grande époque, aux côtés de Harry Carey Junior et ils n'ont pas pris une ride. John Carradine nous régale, comme toujours, dans une formidable scène de comédie, aux côtés de James Stewart et Arthur Kennedy (le duo mythique de certains westerns d' Anthony Mann), Wyatt Earp et Doc Holliday d'opérette, antithèses des personnages ténébreux et romantiques de my darling Clementine. On se demande ce qu'elle fout là, cette scène, puis tout devient clair. John Ford se moque un peu de lui-même, de la légende qu'il a lui-même créée. Il nous dit ainsi que la légende de l'Ouest, toutes ces histoires de héros solitaires dégainant leur révolver, tout ça est bien dérisoire, pour ne pas dire ridicule, c'est même du toc, à côté de la tragédie véritable, le génocide des Indiens d'Amérique, les seuls authentiques Américains. Jean Renoir, qui s'y connaissait, en êtres humains, disait de John Ford qu'il était un roi. Je suis du même avis.jeudi 19 mars 2009
J'ai toujours beaucoup aimé les westerns. Mes préférés, déjà tout petit, étaient ceux de John Ford, sans savoir qu'ils étaient de John Ford. (Juste après, venaient ceux d'Anthony Mann, sans non plus savoir qu'ils étaient de lui.) Il y avait comme une signature invisible, qui authentifiait certains westerns. Ceux-là, je les aimais plus que tout. Il y avait souvent John Wayne. J'aimais donc forcément John Wayne. J'aimais sa démarche de gros félin, surtout de dos. J'aimais la mélancolie qui se dégageait de ces films. L'importance donnée aux paysages, les grands espaces filmés non pas comme de simples décors, mais comme un Tout englobant, vivant, vibrant. La solitude, même au sein de la communauté. Je ne savais pas trop l'expliquer. Je ne cherchais d'ailleurs pas à l'expliquer. Ça me touchait. Comme me touchait, à un degré un peu moindre, la colère qui couvait en James Stewart, dans les westerns d'Anthony Mann. Aujourd'hui encore, ce sont mes deux cinéastes de western préférés, pour les mêmes raisons qu'autrefois. (Les autres, j'ai souvent du mal à les cerner. Raoul Walsh, par exemple, passait, d'un film l'autre, du grandiose à l'insignifiant ou presque... comme s'il avait expédié certains de ses films... Il m'est difficile de lier ses films dans une œuvre homogène, d'y lire une signature invisible, comme si tout était fait au coup par coup, au jour le jour... Mais ça a son charme aussi, comme s'il se réinventait à chaque fois...) John Ford et Anthony Mann sont les deux seuls que je reconnais aussitôt, comme je reconnais aussitôt le son du saxophone de john coltrane. Question de style, mais aussi de timbre. Parce qu'on peut aussi parler de timbre, pour l'image, si on veut. Je les vois du même œil que quand j'étais petit garçon, ces films-là. Les émotions sont toujours là. C'est quelque chose de primitif. Aucune ironie ne vient jamais interférer. Ce n'est pas un cinéma d'idées. C'est un cinéma d'émotions. Je me souviens quand John Wayne est mort, en 79, j'avais 13 ans, ils ont repassé à la télé plein de films de John Ford, la prisonnière du désert notamment, c'est à partir de ce moment que j'ai compris que mes westerns préférés étaient ceux de John ford, que j'ai pu mettre un nom sur tous ces films qui avaient depuis toujours une signature invisible. Ça a peut-être été alors la fin de l'innocence.