Non, je ne suis pas déçu. Je ne m'attendais à rien. Je n'espérais rien. Mon profil ne convenait pas. On a la gueule qu'on a. Quel profil aurais-je dû avoir? Pas le mien en tout cas. Je me souviens comme j'avais peur, tout petit, à l'instant de m'endormir. Je tombais. Il n'y avait rien. Je tombais dans ce rien. L'effroi de disparaître, de mourir à chaque fois. C'était l'époque où il n'y avait pas encore de rêves. Puis il y en a eu. Des rêves qui faisaient peur, au début. Des bêtes des abysses, infernales, qui me pourchassaient. Je sentais leur haleine malfaisante sur mes mollets. Je me réveillais en hurlant. Il y avait des bêtes sous mon lit, des bêtes au plafond, partout des bêtes. C'était l'époque des bêtes après celle du néant. Puis, petit à petit, je n'ai plus eu peur, ni des bêtes ni du néant. Je me suis même mis à apprécier beaucoup les bêtes et le néant. Je tombe. Je me fiche de savoir où je tombe. S'il y a quelque chose ou alors rien. On verra bien. Ou pas. Je ne suis pas déçu car j'ai du mal à prendre tout ça au sérieux. La vie, ce n'est pas sérieux, que l'on dorme ou que l'on soit éveillé. Déçu, je l'ai été, parfois, dans ma vie, et même beaucoup, et même longtemps. Mais c'est comme la peur des bêtes, la nuit, la déception, ça finit par passer. Ça n'aura été qu'un stade de mon évolution, le temps de la déception.
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lundi 20 août 2012
mardi 24 juillet 2012
C'est toujours la même forêt. Qu'on aille au bout du monde, au delà des steppes d'Asie, au Japon, je ne sais où, qu'on se colle le nez à une benne pleine de pavés dans la rue en travaux. C'est la forêt. Quand on est myope, de toutes façons... Au moins, là, je ne me retrouverai pas nez à nez avec des touristes en short... Quelle tristesse, on me dira, il n'y a personne, dans votre paysage, il n'y a pas non plus d'oiseaux, ni de vent, ni rien... C'est vous qui le dites, je répondrai... Vous ne sentez pas la légère brise? Vous ne devinez pas la montagne derrière les arbres étiques? Vous ne ressentez pas le calme de l'étang? Tant pis pour vous... T'es parti où en vacances?... — A la benne... — C'était bien?... — Oh oui... — La prochaine fois tu m'emmèneras? — On verra... On risque quand même d'être un peu à l'étroit... — Ça semble immense pourtant... — Justement... Ce serait bien que ça le demeure... Et puis on gâcherait le silence, à bavasser comme on bavasse, dans une benne... Et puis on finirait au Vinatier, chez les lunatiques... — On y serait peut-être bien... — Peut-être bien... Il y a un grand parc... — Il y a des bennes aussi? — Bonne question... Je me renseignerai...
