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mercredi 4 mai 2011

Comme elle me manque... Mouchette... C'est dur, de perdre un être cher... Tellement précieuse, Mouchette, simple, ne parlant jamais pour ne rien dire, ne faisant jamais rien pour ne rien faire... Aucune rancœur, jamais, aucune mesquinerie, jalousie, pourtant elle aurait eu parfois des raisons, jamais envieuse, pas du tout ambitieuse, la noblesse incarnée... Elle aurait pu aller vivre ailleurs, les appartements accueillants ne manquaient pas, alentour, et même le luxe, là où on vivait autrefois. Le mien d'appartement était le plus petit, le plus modeste de très loin, le seul même dans son genre si petit. (Princier! s'était exclamé un certain Singe, qui m'avait une fois rendu visite. Assis dans le fauteuil, il était tellement massif qu'il semblait emplir tout l'espace...) Autour, il n'y avait que des riches et même parfois très riches. J'ai ouvert la fenêtre, au tout début, je lui ai dit d'aller voir ailleurs, comme ça, pour qu'elle se fasse une idée, car peut-être que chez moi ce n'était pas très bien, même pour une minette de l'assistance, qui avait bien le droit quand même de désirer autre chose... Pendant deux jours et une nuit, elle a disparu, elle est allée voir, par là-bas... A la tombée de la deuxième nuit, j'ai vu sa tête qui passait par la fenêtre, elle me regardait, différemment d'avant, je lui ai souri, ça a duré quatorze ans... Elle partait chasser, dehors, le jour, la nuit, me ramenait des rouge-gorges, des chauve-souris... vivants, évidemment... Personne ne m'a jamais si bien considéré... Je suis une bête, moi aussi... Ce qui me distingue? Mon odeur, le soyeux de mon pelage, le timbre de ma voix, ma chaleur. C'est tout. Le reste n'est que fantasmes. Une sale bête? Une brave bête?... C'est selon... A chacun de voir... Je m'en fous... Une bête de somme aussi, c'est à dire de la sieste... Moi aussi, il m'arrive de sortir les griffes, quand je suis bien... Ah... qu'elles étaient bonnes, ces siestes, avec Mouchette... Et puis on regardait des films, l'après-midi, la nuit aussi... On était bien... J'ai plus de mal, maintenant, à regarder des films, à les finir surtout... Il me manque quelque chose, ou plutôt même quelqu'un... Sur la terrasse chez ma coiffeuse, une petite minette est venue se frotter à mes jambes, on a discuté un moment, elle était jolie, douce, bien fine aussi... mais ce n'était pas Mouchette... Il y a encore un peu son fantôme, chez moi... Avant, c'était chez nous...

jeudi 6 janvier 2011

Des films qui autrefois m'auraient peut-être ennuyé me touchent aujourd'hui profondément. Ce petit Vincent Sherman, par exemple, old acquaintance, certes moins fort que Mr Skeffington, mérite tellement d'être vu et revu. L'air de rien, c'est très ambigu et d'une grande cruauté. La fin, qui semble anodine, passerait presque pour un happy end, comme celle de Mr Skeffington. Tout rentre dans l'ordre. On comprend même que l'histoire, celle d'old acquaintance, est l'échec artistique d'une romancière à l'eau de rose maniaco-dépressive. (Parce qu'il lui en fallait bien un.) C'est troublant. Se foutrait-on de notre gueule? Bette Davis est grandiose, comme d'habitude. Elle est d'une grande noblesse d'âme. Elle se sacrifie. Et avec quelle élégance. On voit tout par ses yeux. Mais, à la fin, on comprend que tout ceci est la vision maladive de son amie d'enfance insupportable. Elle n'est qu'une pauvre actrice, en somme, comme dirait Hamlet. Une marionnette. Et qui tire les ficelles? L'auteure, la démiurge, son amie d'enfance, possessive, jalouse, ambitieuse, médiocre, capricieuse, ridicule, superficielle, méchante, malade, tellement vide à l'intérieur. Ça laisse un drôle de goût. Mine de rien. Elles se retrouvent, à la fin, les deux vieilles copines, réconciliées, à boire du champagne éventé, on sait qu'elles vieilliront ensemble.

vendredi 3 septembre 2010

Don't let's ask the moon... We have the stars... Bette Davis me fait pleurer comme une madeleine... Ah... les yeux de Bette Davis... (comme chantait Bowie...) Elle est sacrément belle, émouvante, dans now, voyager, de Irving Rapper. Elle fait le trajet inverse à celui qu'elle faisait dans Mr Skeffington. Cette fois, elle ne vieillit pas pathétiquement, elle ressuscite. Les mères tyranniques ne sont pas à la fête. Ah... les mères tyranniques... On leur doit tout... On est toujours ingrats vis à vis d'elles... Elle ne vous disent jamais rien qui puissent améliorer votre propre image de vous-mêmes, votre propre estime de vous-mêmes... Elles disent même parfois tout le contraire... Elles sont les éternelles incomprises et martyrs... C'est tellement dur de s'en détacher, de ces mères-là... Surtout quand elles ont certains bons côtés... (La mienne, j'ai failli l'étrangler... il y a bien longtemps... Il n'y a pas très longtemps, elle m'a dit, au téléphone, très sérieusement et ça semblait être le fruit très mûri, pour ne pas dire pourri, d'une longue réflexion, que je n'avais pas de souci à me faire pour mon avenir, qu'elle se débrouillerait pour que je puisse aller dans une maison (de vieux), cela semblant être pour elle la conclusion logique et réussie d'une vie qui ne l'est pas forcément... Je n'ai pu m'empêcher d'exploser de rire, sans la moindre méchanceté... C'est vrai que je n'aurai sans doute pas une retraite bien épaisse, si j'en ai une, ni beaucoup d'économies, quand je s'rai vieux, si je le deviens, mais j'ai la chance d'avoir une mère très prévoyante... Merci m'man, c'est gentil, mais tu vois, je préfère de loin aller crever indigent sous un pont, à la belle étoile... Tu ferais mieux de te payer un voyage... que j'y ai dit, et c'était très sincère...) J'ai toujours trouvé suspect le dogme freudien du parricide... Tuer la mère, ça peut être nécessaire également et peut-être même davantage... Elles sont souvent incurables, ces mères-là, c'est ce qui est bien triste, elles n'apprennent rien de la vie, de leurs enfants... Elles ne les écoutent pas vraiment, ne s'intéressent pas vraiment à eux, à ce qui les intéresse, à leur vie, leurs envies, leurs goûts, leurs rêves, leurs amours, ne voulant partager ni leurs joies ni leurs peines, se plaignant ensuite d'en être exclues... Avec tout le lait qu'elles ont donné et continuent de donner sous une autre forme... Les enfants sont tellement égoïstes... Mais ils peuvent se soigner, heureusement... Il n'est jamais trop tard, pour vivre...

jeudi 2 septembre 2010

Bette Davis est hallucinante, dans Mr Skeffington, de Vincent Sherman. (Je refuse catégoriquement d'utiliser ou même de me souvenir du titre français, absolument mièvre...) Film assez singulier où l'on oscille longtemps entre comédie un peu cruelle et mélodrame. (Je n'ai pas souvenir d'un autre film mélangeant ainsi, si subtilement, les deux genres.) On ne sait jamais sur quel pied danser et du coup on boite tout du long. Très grande finesse de mise en scène de Sherman (qui n'a rien à voir avec le char d'assaut ni le génocideur d'Indiens), captation fugace de petits regards très éloquents, au début, notamment de Claude Rains, formidable. En 1944, à 36 ans, Bette Davis réussit à avoir la tête et la folie qu'elle aura presque 20 ans plus tard dans qu'est-il arrivé à Baby Jane, comme si elle savait déjà... C'est monstrueux, absolument gênant... Malgré le happy end (au goût un peu rance), Sherman réussit à être bien plus cruel que le Douglas sirk d'imitation of life... Dans ce sens, c'est peut-être un des plus beaux happy ends du cinéma hollywoodien... Gros malaise, à la fin... Un des plus beaux rôles de Claude Rains, au moins aussi mémorable que dans notorious... Ça me donne envie de voir d'autres films de Vincent Sherman, que je ne connais pas vraiment, quelques films par ci par là que j'ai oubliés, désormais j'y ferai plus attention... (Sur Wikipédia, Mr Skeffington est attribué à... Irving Rapper... On se demande qui écrit les articles...)