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mardi 10 novembre 2009

L'hiver, souvent, je chôme. J'aime bien. Je suis un peu ours. J'hiverne. J'ai un bon et joli poêle Auer. (J'aime le ronflement paisible du poêle, l'hiver...) Les après-midis sombres et froids, sur mon canapé, je m'emmitoufle dans ma couverture écossaise un peu miteuse, ma théière à portée de main, Mouchette ronronnant sur mon ventre, je me tape un bon petit western. (Hier, c'était le formidable the texas rangers, du King Vidor, la veille c'était the man from Alamo, du Budd Boetticher... Que des pépites...) C'est chouette, Canyon Passage... Normal, c'est signé Jacques Tourneur... Jacques Tourneur, ça sonne en moi comme Otto Preminger, ou Robert Wise... Il va y avoir du cinéma, ça veut dire... De la belle ouvrage... Le technicolor automnal exalte la rousseur de Susan Hayward, tout autant sensuelle que dans Garden of Evil que j'ai revu aussi récemment, grand western du grand Hathaway. Le technicolor adorait les rouquines. (On a la chance, aujourd'hui, en dvd, d'avoir accès à de très belles copies. Je viens de m'offrir deux petits coffrets universal indispensables : classic western round-up, en zone 1, pour 3 francs 6 sous, sur amazon uk... Les copies sont toutes très belles, ce qui n'est pas toujours le cas des copies diffusées dans nos contrées...) J'aime le jeu toujours très sobre de Dana Andrews. C'est un film qui gagne à être revu, pas si simple qu'il en a l'air. Plusieurs triangles amoureux, notamment... Ward Bond, en brute épaisse, est fameux et sa fin pathétique. Les indiens massacrent abondamment, femmes et enfants inclus, mais on comprend bien pourquoi... Et puis, il y a un rythme... Ce n'est peut-être pas aussi mémorable que out of the past, ou cat people... On prend peut-être un peu plus son temps, ici, il y a une sorte de paresse que j'aime bien, un genre de ballade...

dimanche 8 novembre 2009

J'aime beaucoup the gunfighter. Il me semble qu'on a toujours un peu négligé Henry king. Tous les films de lui que j'ai vus sont formidables. Son Jessie James, par exemple, est bien supérieur à celui de Nicholas Ray. Le cygne noir est l'un des plus beaux films de pirates que j'aie pu voir. Henry King était un esthète. Trop classique? Le duel au début de the gunfighter préfigure celui entre Randolph Scott et Lee Marvin à la fin de 7 hommes à abattre, de Budd Boetticher. C'est du grand style. Pas besoin d'en faire des tonnes... La photographie d'Arthur Miller est magnifique, ses cadrages et ses mouvements d'appareil toujours justes... (On devrait plus parler des directeurs de la photographie... Que seraient les chaussons rouges ou le narcisse noir sans Jack Cardiff?... Les plus beaux films de Douglas Sirk seraient-ils aussi beaux sans l'œil de Russell Metty?...) C'est en outre un film plein d'émotion retenue, de mélancolie, tout en sobriété. Le héros est fatigué. Il aimerait bien pouvoir se poser, tranquillement, sans qu'un abruti, toujours un peu le même, ait envie de lui tirer dessus. Gregory Peck est impeckable, comme il l'était dans yellow sky, de William Wellman. Lui aussi, Peck, il me semble qu'on l'a un peu vite rangé dans la catégorie bellâtre un peu fadasse, alors qu'il a joué dans tellement de films mémorables, je pense évidemment à duel au soleil, mais aussi à purple plain, le monde lui appartient...

mercredi 10 juin 2009

Je t'aime, je te tue. Paroxysme de duel in the sun. On croit longtemps que le fameux duel sera entre les deux frères, sortes d'Abel et Caïn, même si, dans cette histoire, c'est plutôt Caïn, qui a la faveur du Père, un père déboussolé, malade, paraplégique également dans son âme, que l'amour a rendu pleine d'aigreur et de haine... L'amour, c'est toujours le poison... Mais ce duel n'a lieu qu'à moitié. Le vrai duel, c'est entre elle et lui. Ils ne se tuent pas parce qu'ils s'aiment. Ils s'aiment parce qu'ils se sont tués. S'ils ne s'étaient pas tués, ils auraient sans doute continué de se chercher, se haïr, se mépriser, s'humilier... Ça a commencé dès qu'ils se sont vus... Deux bêtes sauvages, indomptables, tellement fières, blessées chacune à sa façon... Leur place n'est pas dans le monde... Ils seront toujours à la lisière... Ils en viennent à se tuer, croyant être animés par la haine... Leur amour n'a jamais su s'exprimer autrement... Il faudra qu'ils se tuent pour le réaliser... Elle rampe interminablement vers lui... Il a besoin de la voir, de la serrer dans ses bras, une dernière fois, mais en fait pour la première fois, la première vraie fois... Il n'y a que cet instant qui compte... Tout le reste est banni... Juste un instant, un baiser, une caresse... le premier baiser, la première caresse, même s'ils sont amants depuis toujours... Le dernier baiser, la dernière caresse... Elle rampe... Ça dure longtemps... Lui, il est trop amoché pour pouvoir la rejoindre... Il l'encourage... My love... Elle souffre... Il lui a toujours menti, mais cette fois elle le croit... C'est beau comme un calvaire... Il faut qu'elle y arrive... Même si ça ne dure qu'un instant?... L'instant, c'est l'éternité... Tout ce qui s'est passé avant, c'était un préambule... Tout sera lavé, dans l'instant, dans les larmes... Le bien, le mal, plus rien n'aura d'importance, tout sera unifié, Un... dans l'instant... sans regret, car il fallait en arriver là, à cet instant, quand les corps et les âmes, après avoir tellement lutté, se retrouvent enfin et se mêlent... sous le soleil... ou plutôt même dans le soleil...