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lundi 20 juin 2011

Qui se souvient encore de Janet Gaynor et de Charles Farrell? Et de Frank Borzage? C'était du rêve. Pur. Du temps où le cinéma ne parlait pas. Ils ouvrent la bouche, on peut parfois lire un peu sur leurs lèvres, ça suffit bien. On ouvre bien grand les yeux. C'est même comme si on se réveillait, quand on regarde Lucky Star, comme si on se réveillait d'un très très long sommeil, lourd, sans rêves. On est ailleurs, enfin, pas juste un peu ailleurs, mais totalement ailleurs. Les bouches en disent bien plus et surtout bien mieux lorsqu'aucun son n'en sort. Alors, on ouvre les yeux, bien grand. Les oreilles, c'est fait pour entendre la musique, quand il y en a. Pour voir, il y a les yeux. On est là pour les voir, pour regarder, pour être dans ce rêve muet. (Si on veut les entendre parler, qu'on aille au théâtre.) A la fin, on n'est pas plus intelligent, ni plus malin, on a juste rêvé. Le propos est tellement simple. L'intrigue, il n'y en a pas vraiment. Il lui a lavé longuement et vigoureusement les cheveux avec des œufs. C'était drôlement beau, drôlement émouvant et sensuel. (Dans 7th Heaven, c'est elle, qui lui coupait les cheveux...) Des petites choses comme ça... Parce qu'il n'y a que les petites choses comme ça qui comptent vraiment... Ça vaut toutes les intrigues... Comme elle était gracieuse, Janet Gaynor... A la fin, il se traîne, avec ses béquilles, interminablement, dans une tempête de neige, pour la retrouver... Voilà, le rêve... On sait que ce n'est pas réaliste, qu'il ne peut pas retrouver l'usage de ses jambes si vite et dans de telles conditions... Un miracle?... On appelle ça comme on veut. Un rêve. C'est beau. C'est simple et lyrique. Ça fait pleurer. Ça suffit bien.

samedi 17 avril 2010

(Après Street Angel, m'étirant comme un chat après la sieste.) Le cinéma, c'était un truc du XXème siècle peut-être seulement, je me dis. C'est comme le jazz, c'est fini, c'est le passé, le de plus en plus lointain et nébuleux passé. Les brumes du rêve se sont peu à peu dissipées. Il n'en reste plus grand chose, de ce mystère des origines. On s'est mis ensuite à faire parler les acteurs. Puis la couleur est venue. Maintenant, il y a la 3D, Avatar, on en prend plein les yeux, fascinés de bout en bout, c'est du très grand spectacle. Mais qu'en reste-t-il? Un film assez banal et même un peu simplet, finalement, dont le seul vrai intérêt est la technologie développée pour le réaliser. (Mais on ira voir Avatar 2, évidemment, on a même hâte qu'il existe, parce qu'on en veut encore, on est même toute langue pendante, baveuse, toute cervelle avide de vide en attendant la chose, même si on connaît la suite que n'importe qui pourrait écrire en un quart d'heure sur un coin de table de fast food, on est bien de son époque... Grosso-modo, ce sera l'empire contre-attaque... Vivement... Le THX est mort!... Vive le Real3D!... (Aucune ironie là-dedans, je suis vraiment client...) Comme si on croyait que le rêve pouvait renaître avec des béquilles, des trucs pour donner du relief à ce qui a perdu toute profondeur...) Qui se souvient encore de Janet Gaynor et de Charles Farrell? Qui se souvient de Frank Borzage? C'était du rêve. De l'émotion. On n'avait pas encore appris à parler et donc on ne disait pas encore trop de conneries. L'histoire qui nous est contée est très banale, bien plus banale par exemple que celle d'Avatar. On la connaît même par cœur, cette histoire, c'est un peu comme ces bluettes que chantait Billie Holiday, sauf que là ça finit plutôt bien. Elle aurait pu chanter n'importe quoi, Billie, de toutes façons... Là, c'est un peu pareil, Borzage, avec Janet Gaynor et Charles Farrell, ils auraient pu prendre n'importe quelle histoire... Leur association tenait de l'alchimie, ils auraient transformé n'importe quoi en rêve... C'est une histoire d'amour, voilà, il n'y a rien à dire de plus, à un moment, il est à deux doigts de l'étrangler, comme dans toute histoire d'amour qui se respecte, il faut dire qu'il a tellement souffert, quand elle a disparu, tellement d'amertume en a résulté, il a même perdu foi en son art... (Dans l'Aurore également le meurtre n'était pas très loin...) Parce que dans l'ombre, tapie, attendant son heure, il y a toujours une menace et même et surtout l'amour le plus tendre, le plus pur peut y sombrer, dans l'ombre... Et puis il y a la lumière... On peut la retrouver, parfois, même si on l'a perdue depuis longtemps... (On a bien le droit de rêver...)

jeudi 28 janvier 2010

"Je n'ai pas l'habitude d'être heureuse, c'est drôle, ça fait mal..." Qui se souvient encore de Janet Gaynor? Et de Charles Farrell?... Lui, dès les premières images de 7th heaven, de Frank Borzage, je me suis dit, il devait jouer dans l'aurore... Et elle, oui, j'en suis presque sûr, c'était dans city girl... On ne peut pas l'oublier... C'est gravé à jamais dans la mémoire... J'en donnerais ma main à couper... En fait, c'est elle, qui jouait dans l'aurore... et lui, dans city girl... En tout cas, même si je me suis trompé, c'était dans un film de Murnau... Et ils n'ont joué que dans un seul film de Murnau, alors... Ce qui veut dire peut-être aussi que pour moi, dans mon souvenir, le couple de l'aurore ou celui de city girl, c'est Janet Gaynor et Charles Farrell, même si c'est faux, c'est ma vérité à moi... En cherchant un peu, j'apprends que Murnau voulait que ce soit elle, aux côtés de Farrell, dans city girl... Murnau avait donc rêvé son film avec ce couple-là... Alors, je ne me suis pas vraiment trompé... Ma vérité dépasse même, d'une certaine façon, la réalité historique... (Ça ne m'étonnerait pas que Murnau, tournant city girl, ait dirigé l'actrice comme s'il s'était agi de Janet Gaynor... Alors, c'était un peu Janet Gaynor, quelque part, pour Murnau et pour moi, qui jouait dans ce film...) En attendant, c'est Borzage, qui les a réunis pour la première fois, dans 7th heaven, en 1927, la même année que l'aurore... Ça devint même son couple fétiche, si on peut dire et certainement l'un des plus beaux couples du cinéma muet et même du cinéma tout court... C'est un rêve... Borzage filme du rêve... Lui, au début, son rêve c'est d'être balayeur et de rencontrer une belle blonde... Elle, son rêve... Rêve-t-elle?... On ne l'imagine pas projeter quoi que ce soit, tellement son quotidien est dur, noir, mais elle est tellement... En fait, c'est elle, le rêve... Lui, au début, cette petite chose toute fragile et misérable sur le trottoir, qui n'est même pas blonde en plus, ce n'est pas du tout son rêve... En même temps, il est troublé... Qui ne le serait pas?... Et puis... Non, c'est trop beau pour être raconté... Le bonheur, cette toute petite chose... Alors moi j'en ai les yeux tout mouillés, voilà, puis je ris, doucement... pas un rire éclatant de joie ou réaction à un effet comique... un rire ému plutôt, de bonheur, c'est tellement inattendu... et puis c'est là... Il est assis sur une chaise, elle lui coupe les cheveux... Non, ce n'est pas vulgaire, le bonheur, c'est même tout le contraire de vulgaire... Et puis c'est vrai, ce qu'elle dit, ça fait mal, aussi, là... surtout quand on n'est pas habitué... Mais quel film... Un rêve... D'une élégance, en plus... D'une sensualité...

jeudi 4 juin 2009

Il y a toujours quelque chose de mélancolique, dans les films de Billy Wilder. Une jeune femme un peu trop fine, un vieux Don Juan aux yeux de biche. J'ai vraiment compris pourquoi Audrey Hepburn me touchait à la fois tendrement et douloureusement depuis toujours, quand j'ai connu quelqu'un qui avait le même... problème, quoique dans un style bien différent... (D'ailleurs, c'est au cours de cette histoire, que j'ai appris qu'Audrey Hepburn avait ce problème... C'est par cette histoire que j'ai vraiment eu conscience de ce problème et que j'ai commencé alors à croiser beaucoup de femmes qui avaient ce problème... et ça me ramène alors toujours douloureusement, impuissamment, à elle... Quand je regarde cette photo, ce n'est pas seulement Audrey Hepburn que je vois, c'est elle... En plus, elle lui ressemble beaucoup, sur cette photo...) J'étais bien plus âgé qu'elle, un peu comme Gary Cooper dans Ariane (love in the afternoon), que je n'ai découvert qu'aujourd'hui. Je lui parlais parfois de Gary Cooper, d'ailleurs... que j'adore... Son côté féminin... (Dans Morocco, où il fait un légionnaire aux yeux de biche fardés comme ceux d'une princesse du désert, Marlène Dietrich est beaucoup plus virile que lui... Dans Désir, de Borzage, également...)... Je n'étais pas aussi vieux que Gary Cooper dans ce film... et je n'ai jamais vraiment été un grand séducteur aux yeux de biche... Mais je lui parlais de Gary Cooper... On se voyait souvent l'après-midi... J'ai le souvenir d'une sieste très agréable... (On dirait le paradis, elle a dit, ce jour-là...) J'avais acheté des films avec Gary Cooper, dans l'espoir qu'on les verrait ensemble... Des avec Fred Astaire aussi... (J'ai fini par les voir tout seul...) Un jour, je lui ai demandé de deviner à quel acteur on m'avait dit récemment que je ressemblais... Gary Cooper?... Pfff... Mais non, ne dis pas n'importe quoi... Gary Cooper, voyons, si je lui ressemblais ne serait-ce qu'un tout petit peu, tout serait sans doute très différent... Je me dis maintenant qu'elle ne le connaissait peut-être même pas, Gary Cooper... Ah... les jeunes, aujourd'hui... Parfois, dans mon cinéma, je discute cinéma... je me rends compte que certains ne connaissent même pas Gary Cooper... A quel acteur je ressemble? J'ai oublié son nom. Sérieux. Voyons... Non... ça ne me revient pas... Je vois sa tête, il est français, un poil plus vieux que moi... Mais le nom, je l'ai oublié... Je serais même incapable de dire dans quel film je l'ai vu... Il est assez banal je crois, le type qui passe un peu inaperçu... Je l'ai vu dernièrement dans un téléfilm pas si mal où il jouait un type qui disparaissait... Rien à voir avec Gary Cooper en tout cas... A la fin D'Ariane, j'étais tout remué... Comme elle est belle, Audrey Hepburn, quand elle court après le train... Mais je ne suis pas dans le train, hélas... C'est Gary Cooper, dans le train... Moi, je suis le type qui disparaît...