Affichage des articles dont le libellé est eva marie saint. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est eva marie saint. Afficher tous les articles

mercredi 16 décembre 2009

Quel bonheur de pouvoir voir et revoir encore la mort aux trousses... Autour de minuit, l'envie me prend... Et je peux... Je l'ai... Je peux le voir autant de fois que je veux... Si j'avais su, quand j'avais dix ans, que j'aurais ce privilège... C'était le film qui suspendait le temps... C'était même un trou dans l'espace-temps... La vie, ce qui m'attendait, ne me réjouissait pas beaucoup... L'angoisse me nouait... J'avais parfois des crises terribles et je me roulais par terre en me tenant le ventre... (Un boyau qui se tord, disait le médecin de famille, qui était très gentil...) Mais là, pendant la mort aux trousses, tout disparaissait, j'étais happé... J'aurais aimé que ça dure l'éternité... Magie du cinéma... De ce film, en particulier, pour le gamin de 10 ans que j'étais, de 43 ans que je suis... La nuit m'appartient... Je n'ai plus ces angoisses de quand j'avais 10 ans, mais j'ai conservé le goût immodéré pour ce film... Je suis émerveillé à chaque fois au moins autant que la fois précédente... Quelle splendeur... Quel rythme endiablé... Et puis je ris, même si je connais toutes les répliques par cœur... (La scène dans l'ascenseur avec sa mère et les deux tueurs... juste m'en souvenir me fait glousser...) Et puis je suis toujours autant ému quand je vois Eva Marie Saint... Quelle grâce... J'en ai les larmes aux yeux, quand je la vois... La petite musique mélancolique de Bernard Herrmann, pendant les scènes d'amour... Comme c'est douloureux, au fond, l'amour, mon amour, comme si sa jolie main vous étreignait le cœur à nu, à vif, tendrement... Comme le technicolor était beau... Comme toutes les choses étaient belles, les voitures, les architectures, les compartiments de train, les robes d'Eva Marie Saint... Eva, qui s'appelle Eve, dans le film... Comme Cary Grant était drôle... Comme James Mason était fin... Comme Hitchcock était grand... Quel curieux mélange...

jeudi 5 mars 2009

J'aime Elia Kazan. J'ai toujours aimé Elia Kazan. J'aimerai toujours Elia Kazan. Même s'il a trahi un peu ses copains, du temps du maccarthysme. (Judas n'était-il pas le meilleur des apôtres?) Peu m'importe, finalement. (Tout comme peu m'importe que Céline ait été antisémite...) Ne restent que ses films. J'ai souvent entendu dire que sur les quais ce n'était pas si bien que ça, que c'était un peu... surfait, que les arcades sourcilières enflées de Brando c'est un peu trop, quand même... Peu importe. Ce sont les mêmes qui feront la fine bouche devant le fleuve sauvage ou la fièvre dans le sang... Le pire, c'est d'entendre, à propos de ces films, que c'est... pas mal... oui c'est pas mal... En revoyant sur les quais, j'ai été touché par un petit moment de grâce. Eva Marie Saint, comme elle était jolie, boit, pour la première fois, cul-sec, un petit verre de whisky. L'instant qui suit est magique. Ça dure une ou deux secondes. Elle devient d'un coup très sensuelle. Ce n'est plus la jeune fille sage. C'est une femme, d'un coup. Elle ouvre la bouche, comme pour reprendre sa respiration. Elle vient de goûter à quelque chose de très fort qu'elle ne connaissait pas avant et sa vie est sur le point de basculer. Il n'y en a pas tant que ça, des cinéastes qui m'ont offert ce genre de petits moments de grâce. C'est d'autant plus précieux que c'est fugace. Elle ouvre grands les yeux et la bouche comme pour reprendre de l'air. Juste avant, elle avait à peine trempé les lèvres dans le verre et dit, en souriant, que c'était agréable. Puis Marlon lui dit que ça se boit cul-sec... Effectivement, ce n'est pas le même effet. C'est fort. Ça peut couper un peu le souffle. Comme les films de Kazan. Ça se boit cul-sec. Si on trempe juste un peu les lèvres dedans, craintivement, on trouvera ça peut-être juste pas mal, en trempouillant la langue on sera peut-être même un peu écœuré, sirupé, au bout d'un moment, les papilles saturées, mais on n'aura jamais ressenti la force du breuvage. Pour cela, il faut s'abandonner, tout boire d'un coup, comme un petit verre de whisky. Au risque de perdre le plaisir de la dégustation? Un bon whisky est long en bouche, même s'il ne fait que passer. Ça ne se boit pas comme du vin.