Je ne comprends pas. Je me lève, me dirige sans nerf les yeux crotteux vers la cuisine pour y préparer et prendre mon petit déjeuner, c'est là que je vois cette flaque. Catastrophé je regarde vite au plafond, en inspecte chaque centimètre carré, croyant être une nouvelle fois inondé par le voisin du dessus, mon gros lourdaud de voisin du dessus qui m'avait une fois déjà amené le déluge, il pleuvait littéralement chez moi des seaux et le plâtre s'effondrait par plaques, qui m'a réveillé prématurément ce matin vers les onze heures en traînant son mobilier de long en large et en faisant tout trembler à chacun de ses pas. Mais le plafond est sec, je monte même sur le fauteuil pour m'en assurer tactilement. Il déménage bientôt, m'a-t-il informé, l'autre jour, venant sonner à ma porte, me présentant par la même occasion sa compagne, que je n'avais jamais vue mais dont je connaissais le pas lourd et les cris porcins quand le sommier se met à couiner frénétiquement, heureusement ça ne dure jamais très longtemps et lui aussi il crie, alors, je n'ai jamais compris qu'on puisse crier comme ça aussi fort, je me dis que peut-être elle crie parce qu'il crie et vice versa, pour ne pas être en reste, ne pas vexer, montrer à l'autre qu'on est dans le même moment d'extase, parfaitement synchrone dans l'orgasme, à hurler, en harmonie, en communion, parce qu'ils s'aiment, parce que c'est beau, l'amour, surtout quand on jouit à l'unisson comme une seule bête, ou alors il lui met tout un bras, peut-être, et vice versa. Une blonde, assez fade, molle, comme lui, et lourde, avec un peu de ventre, comme lui, le regard bovin, un peu, comme lui. Enchanté, ai-je dit, hypocritement, prenant aussi une mine vaguement désolée — pas trop en faire non plus, ça ferait louche — en apprenant leur départ, soupirant ensuite de soulagement une fois la porte refermée. Mais sur quoi vais-je tomber ensuite?... L'inquiétude, quand même, car j'en ai connu, des lourdauds, des envahisseurs... Mais cette flaque... Je me retrouve devant, je regarde au plafond : rien... La fenêtre était fermée et de toute façon il n'a pas plu... Je ne comprends pas... Je l'enjambe, pour aller à la cuisine, pendant une bonne heure m'interroge... Cette flaque... Il doit y avoir une explication... De la condensation?... Je reviens vers la flaque, avec mon bol de thé et ma cigarette, reste longtemps à la regarder en me grattant la tête sous la tignasse... Une femme fontaine?... Après ma douche, je reviens vers la flaque... Je ne passerai pas la serpillère avant d'avoir percé ce mystère... En y songeant, ce n'est pas la première fois que je me retrouve confronté à ce phénomène de flaque spontanée... On passe la serpillère, on n'y pense plus, on oublie, c'est comme pour tout... Mais là, je reste planté devant... J'ai besoin de savoir... Une manifestation ectoplasmique?...
Affichage des articles dont le libellé est flaque. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est flaque. Afficher tous les articles
dimanche 27 octobre 2013
vendredi 22 mars 2013
Cette image, ou alors une autre, je me suis dit, mais prenons celle-là, plutôt qu'une autre, celle qui vient, qu'on a tout de suite sous la main, de toute façon j'en dirai toujours la même chose, ça m'emmènera toujours au même endroit, alors à quoi bon s'user les yeux à trouver la bonne image, puisqu'il n'y a pas en soi de bonne image, que n'importe quelle image, y compris un carré noir, ou blanc, aurait le même effet, celui de déclencher la parole, si parole il y a, au moins le son, la voix, si voix il y a, mais le son au moins, qu'il y ait un son qui sorte, que ça emmène là ou ailleurs ou nulle part quelle importance au fond, même si d'ailleurs l'image se suffit à elle-même et qu'on pourrait alors s'en contenter, de l'image même muette. L'instant est passé, ce que ça me dit. C'est figé, là, étrangement. Toutes ces histoires, derrière les fenêtres, toutes ces vies qui sont déjà passées, perdues, englouties. Ça n'existe déjà plus. C'était ce matin, il y a une éternité. Je me suis arrêté, je me suis accroupi, dans le caniveau, ai regardé longtemps en bas, pour voir ce qu'il y avait en haut. Ça m'a rappelé un film de Sokourov que j'avais vu hier soir, il y a une éternité : Élégie de la traversée. Une voix, sur des images, monotone et intense. Elle aurait pu me raconter n'importe quoi, je l'aurais suivie, cette voix, même me raconter rien du tout je l'aurais suivie, c'était comme l'eau qui court dans le caniveau avec dessus les reflets à la fois figés et fuyants de la vie, du temps. Tout est englouti, déjà. On ne peut pas reproduire ça. On ne peut pas l'emprisonner dans un cadre. Même si on le fait. C'est alors juste un constat d'impuissance. Un instantané. C'est l'appareil, qui le prend. Moi, je ne prends rien, je ne sais rien prendre. Je ne vois rien, d'ailleurs, quand l'appareil le prend. C'est l'appareil, qui voit. Alors, je regarde, après, ce qu'il a pris, l'appareil. C'est à peine si j'admets que mon doigt a appuyé sur le déclencheur à un moment donné. J'envisage pour très bientôt de déclencher les yeux fermés, pour voir, ou plutôt pour ne plus voir et donc pour enfin voir, comme s'il y avait un secret, là-dedans, un mystère, qui se déroberait à l'instant même où on voudrait l'apercevoir et le cadrer, le figer. Il faudrait donc arrêter de vouloir saisir ce qui ne se saisit pas, arrêter de porter un regard, quel qu'il soit, sur quoi que ce soit. Peut-être qu'alors, une fois, un instant, ou entre deux instants, on verrait.



