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samedi 3 décembre 2011

Archie Mayo est mon ami, me dis-je, après the black legion, 1937. On n'en parle pas beaucoup, il me semble, d'Archie Mayo. On dit souvent que c'est Raoul Walsh, qui a permis à Bogart d'être enfin Bogart, dans high sierra, 1941. Avant, il servait surtout de faire-valoir à James Cagney ou Edward G Robinson dans des films de gangsters, c'était même le salaud le plus répugnant, le traître, le sournois, brutal, sadique, pas du tout sympathique, qu'on voyait aussi dans des rôles improbables à la Bela Lugosi comme dans the return of doctor X de l'excellent Vincent Sherman. Toujours impeccable. Archie Mayo est mon ami, disais-je. D'abord dans la forêt pétrifiée (1936), puis dans the black legion, il a mis Bogart au centre. Alors, on a regardé Bogart. Il ne servait plus à en faire briller un autre. Il n'y avait plus que lui. Il n'était pas encore le Bogart minéral qu'on verra par la suite. Mais il n'était déjà plus le salaud répugnant des débuts. Il est ouvrier. Plein de ressentiment, il adhère à la légion noire, des nazis en cagoules et chemises de nuit façon Ku Klux Klan qui disent l'Amérique aux Américains et font des virées sauvages en voitures, comme au bon vieux temps de naissance d'une nation... C'est un bon gars, à la base, puis il tombe là-dedans... Il ira jusqu'à tuer son meilleur ami... Il y avait qui d'autres sous les cagoules en ce temps-là?... Il y avait Ford, pas le grand John, mais celui des bagnoles, qui était même membre d'honneur du NSDAP, mécène, copain d'Hitler... Il y avait aussi IBM, qui fournissait aux nazis l'ancêtre de l'ordinateur, une machine à fiches perforées, idéale pour le comptage des Juifs et des Tziganes... Et tant d'autres... Bref, l'Amérique ne savait pas encore très bien sur quel pied danser... C'est donc un peu un film de propagande anti-nazis, the black legion... avant que l'Amérique choisisse nettement son camp... Mais ce n'est pas que ça... Il y a un très beau travelling, de nuit, dans les bois... Une fluidité... (Archie Mayo, mon ami, a fait aussi Moontide, que j'aime beaucoup, le seul rôle potable de Gabin à Hollywood, avec peut-être l'imposteur, de Duvivier, pour dire qu'il était toujours bien, puisqu'il n'en a fait que deux.)

jeudi 30 décembre 2010

Mis à part quelques films, je n'aime pas tellement Nicholas Ray. C'est un peu comme James Dean, on en a fait une icône. Le cinéaste rebelle, ça va bien quand on a 17 ans... Nicholas Ray, un nom de code, juste le prononcer est censé nous transporter dans les contrées sauvages du cinéma américain... Mais je trouve ses films parfois tellement... quelconques, parfois même mous, sans style, parfois même carrément fades, le brigand bien aimé par exemple. Rebel without cause est tellement surestimé... Même si j'aime beaucoup son premier film, plein de grâce, les amants de la nuit (they live by night), ainsi que la maison dans l'ombre (on dangerous ground)... Johnny Guitar évidemment... Le violent (in a lonely place), j'aime bien aussi... C'est qu'il y a Bogart... Et puis aussi Gloria Grahame... Mais je suis sûr que ç'aurait été beaucoup mieux, avec les mêmes acteurs, le même scénario, tourné par un autre, un Raoul Walsh par exemple, vous imaginez? ou un Robert Siodmak, un Jules Dassin... Même un Lewis Milestone j'aurais préféré, ou un Joseph H. Lewis... Et qu'en aurait fait Mankiewicz?... Voilà, on lui a donné un scénario pas trop mal, au Nicholas, des acteurs habités et il nous a cuisiné ce bon petit film, sans plus, service minimum... On vous donne des bons produits, même si vous n'êtes pas grand cuisinier, vous réussirez toujours à faire quelque chose de mangeable... Fallait le donner à Otto Preminger, ce film... Ou à Samuel Fuller... Et Hitchcock?... Il aurait été tenté de faire une variation de Soupçons... Bernard Herrmann à la baguette, même si, en 1950, ils ne travaillaient pas encore ensemble... Vachement plus captivant ç'aurait été, dans tous les cas...

mardi 20 avril 2010

J'ai bien connu Ana Tot. Je la connais d'ailleurs toujours un peu. Il y a quelques jours, elle était à Lyon. On a dîné ensemble, deux fois. Ça faisait au moins cinq ans qu'on ne s'était pas vus. Elle n'a pas tellement changé. Elle m'a dit que moi non plus je n'avais pas tellement changé. Hier soir, j'ai revu les anges aux figures sales (James Cagney, c'était quand même la classe...) et je me suis souvenu que c'était avec elle que je l'avais vu la première fois. C'était du temps des tout premiers magnétoscopes, il y en avait un chez elle, on prenait des films à la bibliothèque... Ça ne nous rajeunit pas... C'était bien avant le Tournevisme... Alors, elle m'a offert son livre, plus un autre... On était à l'école ensemble, dès l'âge de 10 ans... On ne s'aimait pas tellement, au début... Une fois, elle a craché sur mon cahier... Je l'ai alors giflée... Devant tout l'monde... Voilà comment on s'est connus... Il est beau ce papier, je lui ai dit, en ouvrant le livre, en caressant les pages, broché?... Cousu! m'a-t-elle répondu. Plus tard, seul, je l'ai un peu lu, en picorant... Ça m'a rappelé des moments... Certaines choses étaient dans hélice... jadis... On se marrait bien, quand même, en ce temps-là... Même si on se bagarrait toujours un peu... (Elle avait une forte personnalité, j'avais parfois du mal à exister...) Sinon, on se serait peut-être bien ennuyés... Ce qui me fait penser qu'on s'est parfois beaucoup ennuyés, ensemble, quand on traînait, je me souviens... C'est peut-être bien l'ennui, qui est le point de départ de tout... En tout cas, il est bien, son livre, bien cousu... J'ai parfois ri bien fort... La poésie, il faut que ça soit drôle, sinon c'est bien trop triste...