Ah... John Wayne... Gail Russell... angel and the badman... — Pas aussi bien que le souvenir qu'on en avait... — C'est vrai... Mais quand même, le charme de Gail Russell... le charme de John Wayne... la mélancolie... — Oui... Pas si mal et même plutôt bien quand on y repense... C'est un film plutôt moyen sur le coup mais qui se bonifie en y repensant... Je pense souvent à angel and the badman et pourtant quand je le revois je trouve toujours ça assez moyen... — C'est étrange... On le regarde pour pouvoir s'en souvenir... — C'est le charme, qui n'opère vraiment qu'une fois que le rideau est refermé... Sur le coup, pas grand chose... Puis... — Ça s'insinue... — Oui... Comme ils se regardent... — Je te sens soudain triste... — On dirait le Paradis... elle m'a alors dit... — La fille du gouverneur?... — Non non... La fille du prisonnier... — Ah... la fille du prisonnier... — Oui... — On n'ose pas tellement en parler... — C'est vrai... C'est délicat... Mais quelle belle sieste c'était... — Oui, c'est délicat... Tu saccagerais tout, si tu te mettais à en parler, tu voudrais parler de tout, ça deviendrait vite odieux... — Oui, même si tout a déjà été saccagé... Mais quelle jolie fille... Exactement dans la même position que John Wayne et Gail Russell sur la photo... Sauf qu'on était tout nus... — Non non... là c'était au milieu de le première nuit, à la bougie, quand elle t'avait dit que si elle avait su dessiner elle t'aurait dessiné... — Je sais bien... C'était pour l'image... En fait, elle était juste couchée à plat ventre sur moi, pendant la sieste, quand elle a parlé de Paradis... Il faisait chaud, on sommeillait... — Oui... Et tu lui as dit quoi alors?... — Ben ouais, je lui ai dit... — Mais ça a vite dégénéré, le Paradis... — Oui... — En même temps, c'était toujours le bordel... — C'est vrai... — Mais on était bien, parfois... — Oui... sacrément bien... parfois... — La fille du prisonnier, c'était quelqu'un... Et avec le fils du gendarme, ça avait de l'allure... — C'est vrai... Une sacrée fille... La plus drôle et la plus désespérée... La plus dangereuse aussi... Peut-être la plus proche... Et quelle voix... — Elle était bien jeunette... Tu y penses souvent... — Parfois, quand même... — Et à la fin, elle lui prend son pistolet... — Oui, ça fait un drôle d'effet... Elle le garde longtemps dans sa main... Puis elle le jette dans la poussière... Ils partent alors sur le chariot des quakers... — Parce que c'est la fille du quaker... — Oui... — Et il n'est plus le badman, alors... Il n'a plus son pistolet... — Non, il ne l'a plus... — Un cow-boy sans son pistolet... Ça laisse un drôle de goût, la fin... — Oui, il n'est plus le badman... — Partira-t-il encore à l'aventure?... Chevauchera-t-il encore libre comme le vent?... — Ça m'étonnerait... — Si encore elle lui avait laissé son pistolet... — Bien tendrement, elle a posé sa main dessus, en le regardant dans les yeux, l'a tenu longtemps dans sa main... puis l'a jeté dans la poussière... — Un happy end... — Oui, un happy end... Dust to dust... en commençant par le pistolet...
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mercredi 9 octobre 2013
jeudi 3 octobre 2013
Ah... John Wayne... Gail Russell... Le réveil de la sorcière rouge... Ça, c'était beau... — Oui... Sacrément... — Ceux qui méprisent John Wayne sont vraiment des cons... — Bien d'accord... — Les pires, ceux qui se proclament cinéphiles... — Les cinéphiles, de toutes façons, sont des cons... — Tous?... — La plupart... — Tu ne les aimes pas... — Sale engeance... Sérieux comme des papes... Ennuyeux à mourir... N'ont jamais compris que c'est du rêve, rien que du rêve, le cinéma... C'est comme la vie, de la fumée... Sinon ça ne vaut rien... Ils en tirent des idées, des conclusions, des minables petites fiches... N'ont jamais rien ressenti, ni rien vécu, ni même rien dit... Ce ne sont même pas leurs idées, en plus, la plupart du temps... Ces cons... Des charognards péteux... Ils veulent juste faire partie d'un club, d'un ciné-club... Ils prennent des airs inspirés... Moi je les mettrais tous dans une grande salle de cinéma et j'y foutrais le feu... — Comme au Bazar de la Charité... — Parfaitement... — Mais on s'en fout, des cinéphiles... — C'est vrai, on s'en fout... — John Wayne... Gail Russell... Le réveil de la sorcière rouge... Ça me rappelle toujours un peu reap the wild wind... — À moi aussi... Moissonne le vent sauvage... C'était sacrément beau, aussi... — C'était une autre époque... L'époque où on rêvait... Et puis l'Amour... — Oui, l'Amour... l'Aventure... les mers du Sud... — Je te sens tout chagrin, subitement... — Juste ça, m'a-t-elle dit, quand je l'ai serrée pour la dernière fois dans mes bras... — Et tu devais avoir alors la même gueule que John Wayne dans le réveil de la sorcière rouge... — Ça se pourrait bien... — C'était dans les mers du Sud aussi?... — Oui, parfaitement, dans les mers du Sud... — Il y avait un bateau aussi?... — Oui, il y avait un bateau, aussi... — Et elle avait la même gueule que Gail Russell dans le réveil de la sorcière rouge quand tu l'as serrée pour la dernière fois dans tes bras?... — J'en sais rien... Je me suis toujours demandé... Je me demande encore... Je me demanderai sans doute encore demain... — Elle était sacrément belle, Gail Russell... — Oui... Sacrément triste aussi... — L'Amour, ça rend triste... — Oui... Elle était malheureuse... John Wayne a bien essayé de la sauver, plusieurs fois... Angel and the badman, c'était sacrément beau ça aussi... Mais il n'a rien pu... contre la mélancolie... Elle s'était mise à boire beaucoup, Gail... Elle a dû aussi lui dire, à un moment : Juste ça... — C'est triste... Mais c'était un sacré bonhomme, ce John Wayne... On n'en fait plus, des comme ça... — C'est vrai... — Et pas que chez Ford... — Pas que chez Ford, non... — Et la sorcière rouge, alors, c'était Gail Russell?... Un peu façon Sorcière à l'Océan Dormant?... — Pas du tout, c'est le bateau, la Sorcière Rouge, un fier trois mâts... — Et alors?... — Et alors il le saborde... — Son bateau?... — Oui oui... Et pourtant il y tenait tellement... Sa maison, son univers, sa liberté, il dit, à un moment... C'était toute sa vie... Les cales étaient pleines d'or... — Mammon... Pour l'argent alors... Il est cupide... — Pas exactement... À cause de l'Amour surtout... Il devient alors un genre de tyran, un peu comme dans le loup des mers... Celui qui n'a jamais osé aimer, quand il se met enfin à oser, c'est avec une majuscule... — On ne devrait jamais mettre de majuscule... — Bien d'accord avec toi... — Il se fait crucifier, aussi, à un moment... — Oui oui... dans l'eau... avec tout autour des requins... — Et ils se rencontrent comment avec la fille?... — C'est la fille du gouverneur d'une île du Pacifique... Il l'entend jouer une nocturne de Chopin, il voit dans ses yeux, sa mélancolie, il plonge tout entier dans ses yeux... et vice versa... — Ça fait les meilleures amoureuses et les meilleurs amoureux, la mélancolie... — C'est vrai... Et les pires... Elle sera toujours pour lui une nocturne de Chopin... — Mais il y a son père... — Oui, son père... — Il ne veut pas d'un aventurier pour sa fille... — Non, il n'en veut pas... Il lui réserve un homme riche et puissant... — Il devient fou, alors... — Oui, de douleur... — L'épousera-t-elle, l'homme riche et puissant?... — Oui... — Il est comment?... — Toujours un peu le même, riche et puissant, tu vois bien, pas très intéressant, banal, plutôt laid, un notable sans la moindre fantaisie, mais riche et puissant, il lui fera même un lardon... Elle acceptera son destin, celui que lui a dicté son père, même s'il est mort... — Pas drôle... — Non, ça ne le fait pas rire du tout, John Wayne... Il faut dire que c'est lui, qui a tué le père, en légitime défense, mais quand même... — Alors, elle le maudit et épouse le notable... — Oui... mais elle ne peut pas le maudire complètement... — Il lui a quand même tué son père... — Oui, un vieux salaud, son père... mais elle l'aimait, comme une fille aime son père... — Et dans l'île alors?... — Dans l'île, il est le fils de Taro Tato, pour les indigènes, le fils des dieux, celui qui a défié la Pieuvre, dans la Grotte Sacrée... Ça se finit dans un grand nuage d'encre... — L'encre, toujours... — Oui... — Et ils se retrouvent, à la fin?... — Si on veut... Mais non, ils ne se retrouvent pas... Lui, il reste coincé dans l'épave de la Sorcière Rouge, qui l'entraîne dans l'Abîme... Un marin dit alors : Elle s'est vengée... — La fille?... — Non non... La Sorcière Rouge... — De quoi?... — Tu deviens pénible, avec tes questions... Elle s'est vengée... de tout... D'avoir été sabordée. D'avoir été délaissée. Qu'on l'ait sacrifiée à l'Amour, avec un grand A... Jalouse, comme une mère tyrannique, la liberté... Elle se réveille pour se venger, la Sorcière Rouge, pour l'emporter dans ses entrailles, dans le Néant... — Et elle?... La fille?... — Elle, elle était déjà morte depuis un bon moment, d'une maladie quelconque, j'ai oublié... — De mélancolie?... — Peut-être bien... — Et toi, ton bateau, tu l'avais sabordé, aussi?... — Évidemment... — Et la fille, c'était aussi la fille du gouverneur de l'île?... — En quelque sorte...
jeudi 26 septembre 2013
C'était histoire de calmer un peu les chevaux, après quelques galops qui m'ont un peu emballé la cervelle et le cœur — je me fais un peu vieux : les faire rentrer au petit trot, puis au pas, à l'écurie. Plus question désormais de traverser furieusement les steppes et au delà dans un nuage de poussière en massacrant tout. Juste un petit tour du pâté de maisons, ça ira bien, ma promenade digestive. Qu'ils se dégourdissent aussi un peu les jarrets, mes chevaux... Car j'ai appris à les connaître. Et à les tenir. (Je les ai lâchés, une fois, une vraie fois, j'ai vu ce que ça faisait, impossible de reprendre les rênes, failli même finir comme Messala, on ne m'y reprendra pas. On se croit fort, tellement fort, sur le coup, dans le feu de l'action, alors qu'on n'est au bout du compte qu'une vraiment toute petite merde...) Calmer ses chevaux, avant de rentrer. Ce n'est pas que pour soi, c'est aussi pour les chevaux, John Wayne le savait bien, dans la prisonnière du désert, qu'à un moment il faut calmer les chevaux, arrêter de faire galoper à bride abattue sa monture. Elle crèvera sinon avant destination. Ou alors c'est vous qui crèverez. Voire les deux. Quelle connerie... (Destination? Juste retourner à la maison. Nous fêterons ton retour dans les ruines et la cendre, est-il dit dans Ben-Hur.) Mais John Wayne il savait tout — ou presque — dans la prisonnière du désert. Je ne l'ai jamais pris pour un con, moi, John Wayne. Je l'écoute, quand il parle et même quand il ne parle pas ce que me disent ses yeux et même tout son corps de gros félin assoupi. Il m'intéresse. Souvent même me captive. Les chevaux, il connaît. Les Indiens aussi, il connaît. Un sacré bonhomme, John Wayne, dans la prisonnière du désert. Plein de haine? Eh oui... Plein de haine à vider... Et de dégoût... De lui-même surtout?... Et puis à la fin, n'est-ce pas, tout bien vidé, tellement soulagé, le pus tout bien drainé, il retourne dans le désert, où il n'y a plus de prisonnière, où il n'y a même plus personne ni plus rien, tout seul, car tout est dit, tout est joué, il peut bien maintenant se reposer, ou crever... Ceux qui méprisent John Wayne dans la prisonnière du désert sont des cons, je ne le dirai pas deux fois...
vendredi 11 novembre 2011
Elle croit ce qu'elle voit. Elle voit ce qu'elle croit voir. Avec ou sans longue vue, elle a d'abord la vue très courte. Parce qu'elle a tellement rêvé, elle a tellement souhaité depuis toujours voir ce qu'elle croit voir enfin. Seulement, voir n'est jamais objectif, même à travers un objectif. Longtemps, elle continuera de voir ce qu'elle veut voir. Parce que c'est toute sa vie, tout le rêve de sa vie, qui est en jeu. C'est même l'Amour, qui est en jeu. D'abord, elle croit. Puis elle veut croire. Ça devient de plus en plus difficile et même douteux quand ce n'est plus qu'une question de volonté parce que la foi s'en est allée. Parce que quelque chose s'est insinué dans sa vision. Ce n'est plus aussi net qu'au début. Comme une poussière dans l'œil. Elle va lutter longtemps pour conserver son rêve, continuer de le voir, parce qu'il était tellement beau son rêve, parce qu'elle aimait tellement l'aimer. Jusqu'au moment où elle verra autre chose. Quelque chose de même totalement différent. Tout son monde sera mis sens dessus dessous. Elle en sera déchirée. Mais par là même renaîtra. C'est l'histoire d'une tempête, reap the wild wind (les naufrageurs des mers du sud). D'une tempête intérieure. Une femme, deux hommes, le rêve et la réalité. Chacun dans son style est très noble, mais l'un des deux est un peu faux, ou plutôt le devient, par la force des choses mais c'est déjà une autre histoire, car il y en a tellement des histoires dans ce qui semble être une simple histoire. On peut se demander s'il ne devient pas faux juste du fait de son regard à elle, son regard qui, sans qu'elle le sache, s'est déjà mis à voir le monde autrement et donc à le voir lui autrement, le déformant, lui qui semblait si pur, si grand, si fort et beau et qui l'était, peut-être trop pour être vrai. C'est le rêve d'une jeune femme. Une jeune femme qui perd ses rêves de jeunesse. Il y a donc pas mal d'amertume... La foi s'en est allée... C'est le grand capital qui a gagné et on trouve ça même très bien... Parce qu'il est très charmant, le grand capital, très fin, très drôle, très noble et courageux même dans son genre... Mais le rêve est mort et bien mort et moi-même qui fus un peu jadis dans mon genre très discret naufrageur des mers du sud je me sens mourir à chaque fois que je vois ce film somptueux et funèbre, noyé dans un nuage d'encre de seiche... Moissonne le vent sauvage, le titre dit déjà tout. Qui sème le vent... Le technicolor, en ce temps-là, ne cherchait pas à copier les couleurs de la vraie vie. Parce que ce n'était pas la vie, le cinéma, en 1942, c'était autre chose, c'était du rêve et on y allait pour ça, au cinéma, il faut dire aussi qu'en ce temps-là la réalité c'était la Guerre. Les couleurs, en technicolor, étaient bien plus belles que les couleurs de la vie. (Parfois, dans ma vie, j'ai eu des visions fugitives belles comme en technicolor, mais tellement rarement.) Puis le cinéma s'est éloigné du rêve. On a voulu que les couleurs se rapprochent le plus possible des couleurs de la vraie vie. Parce qu'on a cru qu'ainsi l'image serait plus réelle et qu'on y croirait d'autant mieux. Parce qu'on ne voulait plus rêver. Ou qu'on ne savait plus rêver.
dimanche 13 mars 2011
J'ai vu True Grit, des frères Coen, très dispensable, passable remake quoiqu'assez distrayant, jovial et cabotin, du True grit d'Henry Hathaway, que j'ai revu avec grand plaisir le lendemain. C'est loin d'être le meilleur western d'Hathaway, mais il faut considérer que c'est le crépuscule, celui du western, 1969, avec un John Wayne vieux, gras et borgne presqu'au bout de la dernière bobine, comme le western. Beaucoup de charme donc, et de mélancolie. Du coup, je reste chez Hathaway, quelques jours plus tard, avec le formidable Rawhide. Tout naturellement, les fabuleux décors naturels de Lone Pine me donnent envie de revoir la série des westerns de Budd Boetticher avec Randolph Scott. Ce dernier, avec son allure sèche, son visage de pierre, semble être une émanation de Lone Pine. Comme si ce désert pierreux en avait accouché et l'avait livré au monde pour accomplir son œuvre. Ils sont très beaux, ces westerns, très épurés, à la limite parfois de l'abstraction, convenant donc parfaitement aux natures contemplatives, même s'il s'agit également de films d'action menés tambours battants, sans gras, tout en os et tendons. Avec de tels films, on comprend ce qu'est le style, au cinéma. On comprend aussi que pour arriver au style, j'en parle comme s'il s'agissait d'un lieu et peut-être bien après tout qu'il s'agit d'un lieu, ailleurs, il faut déjà maîtriser une certaine grammaire, pour ne plus en être seulement esclave, même si ce n'est pas suffisant. Maîtriser, ce n'est jamais suffisant. (Il faut trouver la porte, ensuite, pour sortir de la maîtrise. S'il n'y en a pas, de porte, il faut en percer une, à coups de pioche, de dynamite, de tête ou de n'importe quoi, pour sortir. Sinon, on est comme l'oisillon prisonnier de sa coquille. Il faut une certaine énergie, pour ne pas crever dans l'œuf.) C'est comme en littérature, il ne suffit pas de savoir écrire, de connaître la grammaire et l'orthographe, pour écrire. Beaucoup de ceux qui font des films aujourd'hui n'ont aucun style, ne connaissent même pas leur grammaire, ne sont peut-être même pas conscients qu'il y en a une. Les frères Coen, par exemple, on peut se demander s'ils n'usent pas simplement d'effets de style, à défaut d'en avoir, des petits trucs de séduction qui font mouche et qui les rendent malins et alors le spectateur aussi se trouve malin et tout le monde est bien content.vendredi 17 décembre 2010
Elle est drôlement jolie, Constance Towers, dans les cavaliers, de John Ford. On est bien, dans ce western. On se promène. Ils se battent contre des réservistes éclopés. Un régiment d'enfants les met en fuite. Ils s'embourbent. Ils se font finalement rétamer par les confédérés. Mais on est bien. En somme, c'est une belle galère, cette chevauchée. Mais comme elle est jolie, Constance Towers, de plus en plus jolie, semant ses oripeaux le long du chemin... Alors ça change tout, ce n'est plus une déroute ordinaire... Et John Wayne n'est jamais aussi bien que quand il est fatigué, blessé... Il le porte sur sa figure... Ce n'est pas une balle dans la jambe qui va changer quelque chose... La balle, on la retire, ça fait mal sur le coup, un petit bobo de rien du tout... C'est son cœur, qui est blessé... Il se traîne, depuis toutes ces années... Aura-t-il une autre chance?... Le vieil animal a tendance à vouloir lécher ses blessures tout seul dans son coin... Mais certaines blessures ne guérissent pas comme ça... A la fin, il s'en va, à bride abattue, faisant sauter le pont derrière lui, pour retarder les poursuivants, mais alors on se dit qu'il la laisse derrière lui, aussi, qu'il coupe les ponts... avec elle?... Alors qu'il vient juste de la serrer dans ses bras pour la première fois?... Ou alors avec son passé... On ne sait pas trop... Ça se termine là... On est partagé entre un certain optimisme et une profonde tristesse...lundi 13 décembre 2010
J'ai une tendresse particulière pour Will Rogers, dans les 3 films qu'il a faits avec John Ford : Judge Priest, Doctor Bull, steamboat 'round the bend... Je les vois plus comme des films avec Will Rogers que comme des films de John Ford. Pourtant, ce sont bien des films de John Ford. Lequel regrettait tellement de ne pas avoir pu faire d'autres films avec Will Rogers. C'était le Sud, Will, le Sud que John aimait tant... S'il n'était pas mort en 1935... Je me demande si John Wayne aurait été John Wayne, si Will Rogers n'était pas mort en 1935... Y aurait-il eu Stagecoach, en 1939?... John Ford aurait-il été John Ford?... Bien sûr, qu'il aurait été John Ford, mais sans doute qu'il aurait fait d'autres films avec Will Rogers, parce qu'il aimait beaucoup Will Rogers, ils devaient boire de sacrés coups ensemble... Aurait-il eu envie de boire autant de coups avec John Wayne?... Ou tout simplement de l'inventer?... Car on peut se demander si John Ford n'a pas inventé John Wayne... Peut-être pour se consoler de la perte de Will Rogers... Pourtant, il n'y a pas grand chose de commun entre John Wayne et Will Rogers... John Ford n'a pas inventé Will Rogers... Will Rogers, c'était Will Rogers, un point c'est tout... Certes on avait vu John Wayne, avant 1939, il apparaissait même, simple figurant, dans des films muets de John Ford, puis il crevait l'écran dans The Big Trail, de Raoul Walsh, en 1930... Avant de retomber dans des westerns B, où certes il avait de l'allure, mais que fort peu d'aura... Jusqu'à Stagecoach... où il devient vraiment John Wayne... L' Icône du western... Et celui qui a peint l'Icône, c'est John Ford... Il n'aurait jamais pu faire de Will Rogers une icône... L'idée ne l'a sans doute même jamais effleuré... Parce que Will Rogers était Will Rogers et ce qu'attendait John Ford de Will Rogers, c'était qu'il fût Will Rogers... John Wayne, si ça n'avait tenu qu'à lui, il aurait fait cascadeur, un point c'est tout, c'est ce qui lui plaisait... John Ford ne filmera pas John Wayne comme il avait filmé Will Rogers... John Wayne était son invention, sa chose, son golem... Ces films-là sont plus des films de John Ford que des films avec John Wayne... John Wayne, c'est la Créature... En inventant John Wayne, John Ford s'est réinventé lui-même... John Wayne, c'est John Ford... Alors que Will Rogers, c'était Will Rogers... Suis-je bien clair?... John Ford, c'est John Wayne... Finalement, il fallait peut-être qu'il meure, Will Rogers, pour que John Ford renaisse... S'il n'était pas mort si tôt, Will Rogers, alors peut-être que John Ford n'aurait pas ressenti le besoin d'inventer John Wayne, ou de se réinventer lui-même je ne sais plus très bien... Parce qu'il était bien, en compagnie de Will, John, peut-être que ça lui aurait suffit, de rester avec Will, à boire des coups, dans le Sud profond, en remontant le Mississipi, un peu saoul, à moitié sommeillant... Le désert, les cow-boys et les indiens, ça ne l'intéressait pas tellement, à l'époque... Quelque part, on peut donc se réjouir qu'il soit mort si tôt, Will, même si on l'aimait bien... Parce que quand même, John Wayne, c'est une sacrée invention...dimanche 5 décembre 2010
Comme c'est bien, Red River... (Bien mieux que Rio Bravo... Presque aussi beau que The Big Sky...) Howard Hawks rêvait de filmer une histoire d'amour entre deux hommes, avec une femme entre les deux. En fait, c'est ce qu'il a toujours fait. Il a dû bien s'amuser. A la fin, John Wayne n'a plus rien de la brute épaisse assoiffée de vengeance : tout dépenaillé, cheveux ébouriffés, on dirait une folle. C'est la femme, qui leur révèle qu'ils... s'aiment, Clift et lui. Je ris toujours, à la fin. Même si je trouve un peu injuste le sors réservé à Cherry Valance, joué par le formidable John Ireland, une des plus belles gueules de crapules du cinéma américain avec Lee Marvin et Dan Duryea. Là, pour une fois, il est réglo, John Ireland. Mais il se fait plomber quand même. On le sent venir. C'est injuste. C'est son destin. Avec une gueule de salaud comme la sienne... (Un an plus tard, il tuera Jessie James dans I shot Jessie James de Fuller...) Au début, il cherche un peu des noises, Cherry, on se dit que ça finira mal, qu'il trahira, ça se lit sur son visage, que c'est un salaud, c'est pour ça qu'on l'aime autant il faut dire, puis on se rend compte qu'il est cool, et même très cool... Mais il se fait plomber par un John Wayne qui fonce tête baissée comme un taureau, furieux comme rarement on l'a vu, peut-être seulement dans la prisonnière du désert, aveuglé par la passion... Ce qui est vraiment dégueulasse, c'est qu'on s'en fout, qu'il se fasse plomber, on ne sait même pas s'il est mort ou blessé, on passe à autre chose, on ne s'intéresse plus du tout à lui, alors qu'il était drôlement bien, Cherry Valance, noble et tout, pas une once de scélératesse, pour une fois... C'est peut-être qu'il était jaloux, John Wayne... En fait, entre Wayne et Montgomery Clift, ce n'était peut-être pas une femme, l'élément perturbateur, mais Cherry... Drôle de prénom pour un cow-boy, non?... Cerise... Parce que les deux, là, ils s'étaient bien touchés les pistolets, quand même : Tu veux le prendre?... Ok... mais alors tu prends le mien... Ok... Hum... nice gun... Il tire bien... Le tien n'est pas mal non plus, tu sais... (Et Walter Brennan, en Chœur de l'antique tragédie, de nous annoncer que ça finira mal, entre ces deux-là...) Normal qu'il ait pété les plombs, John Wayne... En même temps, Cherry, il n'avait qu'à pas rester sur le passage du Duke et dégainer on se dit, peut-être bien qu'il voulait Monty pour lui tout seul... Dans les histoires d'amour, il y en a souvent un qui reste sur le carreau... Ce qui est dégueulasse, c'est qu'on s'en fout... Il peut bien crever... On n'aura même plus la plus petite pensée pour lui... Il a rejoint le Néant... Alors que finalement c'était peut-être bien lui le plus noble, derrière ses airs de crapule, le plus digne d'intérêt et d'amour... Se souvient-on seulement qu'il a existé?... Elle est peut-être bien là, la tragédie annoncée, même si on l'a oubliée, balayée impitoyablement par un immense éclat de rire terminal...



