J'ai vu True Grit, des frères Coen, très dispensable, passable remake quoiqu'assez distrayant, jovial et cabotin, du True grit d'Henry Hathaway, que j'ai revu avec grand plaisir le lendemain. C'est loin d'être le meilleur western d'Hathaway, mais il faut considérer que c'est le crépuscule, celui du western, 1969, avec un John Wayne vieux, gras et borgne presqu'au bout de la dernière bobine, comme le western. Beaucoup de charme donc, et de mélancolie. Du coup, je reste chez Hathaway, quelques jours plus tard, avec le formidable Rawhide. Tout naturellement, les fabuleux décors naturels de Lone Pine me donnent envie de revoir la série des westerns de Budd Boetticher avec Randolph Scott. Ce dernier, avec son allure sèche, son visage de pierre, semble être une émanation de Lone Pine. Comme si ce désert pierreux en avait accouché et l'avait livré au monde pour accomplir son œuvre. Ils sont très beaux, ces westerns, très épurés, à la limite parfois de l'abstraction, convenant donc parfaitement aux natures contemplatives, même s'il s'agit également de films d'action menés tambours battants, sans gras, tout en os et tendons. Avec de tels films, on comprend ce qu'est le style, au cinéma. On comprend aussi que pour arriver au style, j'en parle comme s'il s'agissait d'un lieu et peut-être bien après tout qu'il s'agit d'un lieu, ailleurs, il faut déjà maîtriser une certaine grammaire, pour ne plus en être seulement esclave, même si ce n'est pas suffisant. Maîtriser, ce n'est jamais suffisant. (Il faut trouver la porte, ensuite, pour sortir de la maîtrise. S'il n'y en a pas, de porte, il faut en percer une, à coups de pioche, de dynamite, de tête ou de n'importe quoi, pour sortir. Sinon, on est comme l'oisillon prisonnier de sa coquille. Il faut une certaine énergie, pour ne pas crever dans l'œuf.) C'est comme en littérature, il ne suffit pas de savoir écrire, de connaître la grammaire et l'orthographe, pour écrire. Beaucoup de ceux qui font des films aujourd'hui n'ont aucun style, ne connaissent même pas leur grammaire, ne sont peut-être même pas conscients qu'il y en a une. Les frères Coen, par exemple, on peut se demander s'ils n'usent pas simplement d'effets de style, à défaut d'en avoir, des petits trucs de séduction qui font mouche et qui les rendent malins et alors le spectateur aussi se trouve malin et tout le monde est bien content.
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dimanche 13 mars 2011
J'ai vu True Grit, des frères Coen, très dispensable, passable remake quoiqu'assez distrayant, jovial et cabotin, du True grit d'Henry Hathaway, que j'ai revu avec grand plaisir le lendemain. C'est loin d'être le meilleur western d'Hathaway, mais il faut considérer que c'est le crépuscule, celui du western, 1969, avec un John Wayne vieux, gras et borgne presqu'au bout de la dernière bobine, comme le western. Beaucoup de charme donc, et de mélancolie. Du coup, je reste chez Hathaway, quelques jours plus tard, avec le formidable Rawhide. Tout naturellement, les fabuleux décors naturels de Lone Pine me donnent envie de revoir la série des westerns de Budd Boetticher avec Randolph Scott. Ce dernier, avec son allure sèche, son visage de pierre, semble être une émanation de Lone Pine. Comme si ce désert pierreux en avait accouché et l'avait livré au monde pour accomplir son œuvre. Ils sont très beaux, ces westerns, très épurés, à la limite parfois de l'abstraction, convenant donc parfaitement aux natures contemplatives, même s'il s'agit également de films d'action menés tambours battants, sans gras, tout en os et tendons. Avec de tels films, on comprend ce qu'est le style, au cinéma. On comprend aussi que pour arriver au style, j'en parle comme s'il s'agissait d'un lieu et peut-être bien après tout qu'il s'agit d'un lieu, ailleurs, il faut déjà maîtriser une certaine grammaire, pour ne plus en être seulement esclave, même si ce n'est pas suffisant. Maîtriser, ce n'est jamais suffisant. (Il faut trouver la porte, ensuite, pour sortir de la maîtrise. S'il n'y en a pas, de porte, il faut en percer une, à coups de pioche, de dynamite, de tête ou de n'importe quoi, pour sortir. Sinon, on est comme l'oisillon prisonnier de sa coquille. Il faut une certaine énergie, pour ne pas crever dans l'œuf.) C'est comme en littérature, il ne suffit pas de savoir écrire, de connaître la grammaire et l'orthographe, pour écrire. Beaucoup de ceux qui font des films aujourd'hui n'ont aucun style, ne connaissent même pas leur grammaire, ne sont peut-être même pas conscients qu'il y en a une. Les frères Coen, par exemple, on peut se demander s'ils n'usent pas simplement d'effets de style, à défaut d'en avoir, des petits trucs de séduction qui font mouche et qui les rendent malins et alors le spectateur aussi se trouve malin et tout le monde est bien content.vendredi 20 novembre 2009
Quatre cavaliers peu rassurants arrivent dans une petite ville bien tranquille. Et c'est parti... Voilà ce que j'aime, entre autres, dans ce film, comment l'argument est posé, comment ça se développe ensuite, tambour battant. C'est ce que j'aime aussi chez Budd Boetticher, dont Allan Dwan est peut-être le père d'ailleurs, on est tout de suite dans l'action. Petits films fauchés tournés en quelques semaines. Dwan, ici, avec une poignée de dollars, nous bricole un petit bijou de western. Je l'avais vu quand j'étais gamin, à la télé, je me souvenais surtout du méchant, Dan Duryea, qui crève l'écran et de la belle Lizabeth Scott, inoubliable dans le magnifique the strange love of Martha Ivers, de Lewis Milestone, blonde aux sourcils noirs presqu'aussi mémorable que Dorothy Malone, en plus douce, en beaucoup moins sexuelle. John Payne n'est pas mal, même s'il est un peu pâlot à côté de Dan Duryea. L'homme peut-être le plus aimé et le plus admiré de la ville sera bientôt l'homme à abattre... L'instinct grégaire n'attend que le signal pour la curée... La foule a soif de sang... bien plus haineuse, finalement, que les quatre cavaliers... Quelque part, il faut lui faire payer, et très cher, d'avoir été autant admiré... Même si ça se finit bien, la conclusion est tout de même très amère... Heureusement, pour sauver ce qu'il reste de noble dans la communauté, il y a la femme, la fiancée et la putain... Ah... l'immense travelling dans la ville... comme c'est beau... aussi inoubliable que celui au début de l'homme au bras d'or ou de la soif du mal... Dès le départ, d'ailleurs, c'est beau... Des enfants jouent dans la rue... Puis on voit les sabots des quatre chevaux qui arrivent... Allan Dwan, que je connais assez peu, n'ayant vu pour le moment que trois ou quatre films sur peut-être quatre cents, a traversé toute l'histoire du cinéma américain, du cinéma muet jusque dans les années 60... Il visionnait ses films sans le son, pour voir si ça tenait... Quel dommage que la plupart de ses films, notamment de l'époque du muet, dont il était l'un des grands artisans, aient disparu... Que de trésors perdus... Peut-être qu'un jour certains ressurgiront... Dans les films parlants de Fritz Lang aussi, on aurait pu couper le son... Moi, je suis un nostalgique du cinéma muet... J'aurais aimé que ça continue... encore un peu... comme ces rêves, au petit matin...mardi 10 novembre 2009
L'hiver, souvent, je chôme. J'aime bien. Je suis un peu ours. J'hiverne. J'ai un bon et joli poêle Auer. (J'aime le ronflement paisible du poêle, l'hiver...) Les après-midis sombres et froids, sur mon canapé, je m'emmitoufle dans ma couverture écossaise un peu miteuse, ma théière à portée de main, Mouchette ronronnant sur mon ventre, je me tape un bon petit western. (Hier, c'était le formidable the texas rangers, du King Vidor, la veille c'était the man from Alamo, du Budd Boetticher... Que des pépites...) C'est chouette, Canyon Passage... Normal, c'est signé Jacques Tourneur... Jacques Tourneur, ça sonne en moi comme Otto Preminger, ou Robert Wise... Il va y avoir du cinéma, ça veut dire... De la belle ouvrage... Le technicolor automnal exalte la rousseur de Susan Hayward, tout autant sensuelle que dans Garden of Evil que j'ai revu aussi récemment, grand western du grand Hathaway. Le technicolor adorait les rouquines. (On a la chance, aujourd'hui, en dvd, d'avoir accès à de très belles copies. Je viens de m'offrir deux petits coffrets universal indispensables : classic western round-up, en zone 1, pour 3 francs 6 sous, sur amazon uk... Les copies sont toutes très belles, ce qui n'est pas toujours le cas des copies diffusées dans nos contrées...) J'aime le jeu toujours très sobre de Dana Andrews. C'est un film qui gagne à être revu, pas si simple qu'il en a l'air. Plusieurs triangles amoureux, notamment... Ward Bond, en brute épaisse, est fameux et sa fin pathétique. Les indiens massacrent abondamment, femmes et enfants inclus, mais on comprend bien pourquoi... Et puis, il y a un rythme... Ce n'est peut-être pas aussi mémorable que out of the past, ou cat people... On prend peut-être un peu plus son temps, ici, il y a une sorte de paresse que j'aime bien, un genre de ballade...