vendredi 18 juin 2010

Par
fois
mes
lèvres
dis
pa
raissent
et
plus
per
sonne
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veut
m'em
brasser.
Par
fois
je
me
prends
pour
le
cri
d'Ed
vard
Munch
mais
en
bien
plus
poi
lu.

mardi 15 juin 2010

Elle a failli mourir, il y a deux semaines, Mouchette. A cause de son souffle au cœur. Parce qu'elle a un souffle au cœur, depuis toute petite. Elle avait du sang dans la poitrine qui lui comprimait ses petits poumons. Il a fallu lui faire une ponction. Quand je l'ai récupérée à la clinique, j'en avais les larmes aux yeux, de la voir comme ça, toute stressée dans sa boîte malgré la morphine, le poil tout mouillé, avec cet horrible trou orange là où on l'avait rasée. Le soir même, ça allait beaucoup mieux. Quelques jours plus tard elle était même toute pimpante, comme dans sa jeunesse. Elle va sur ses 15 ans. Elle va me manquer, quand elle ne sera plus là. Je ne pensais pas qu'on pouvait être aussi proche d'un animal. Ou plutôt je ne l'avais jamais vécu avant. Elle est même dans mes rêves, Mouchette, comme Milou avec Tintin. Comme elle m'a fait rire, toutes ces années... La fois où elle est partie en courant, grognant, emportant dans sa gueule le soutien-gorge de... Le nombre de fois où elle est venue se coucher sur ma poitrine et m'a apaisé... Combien de fois elle m'a consolé... Comme elle s'est bien occupée de moi, comme elle m'a bien protégé, toutes ces années, de mes démons... On dit que les chats éloignent les fantômes... On dit sans doute aussi le contraire... Car c''est un animal maléfique, souvent... Pas pour moi... Ou alors je suis moi-même un peu maléfique... Elle m'a aussi appris à vivre mieux l'instant... Tous ces moments parfaits... Et puis elle parle... Sa gamme de miaous est impressionnante... Il y a deux semaines, j'ai compris qu'elle n'était pas éternelle, hélas... (Son souffle au cœur, au début, je me suis dit que c'était à cause de moi : à force de soigner mon cœur, le sien était tombé malade...) Il faut qu'elle prenne ses cachets, maintenant... Et puis un jour elle aura une autre fuite de sang dans la poitrine, qui lui sera peut-être fatale... Mais on n'en est pas encore là... Elle est vivante et je suis bien content...

jeudi 3 juin 2010











Chishu Ryu
Mouchette
& moi

mercredi 2 juin 2010

Comme il était bon, ce John Mills... J'adore Hobson's choice... Peut-être le film de Lean que je préfère... Une variation ébouriffante, irrésistiblement drôle du roi Lear... Il y avait de sacrés acteurs, en Angleterre... Ce John Mills, quand même... Quand on pense à David Lean, on pense évidemment et à juste titre à Alec Guinness... Un peu moins à John Mills... Alors qu'il est extraordinaire dans trois de ses films qui sont peut-être les meilleurs : great expectations, Hobson's choice and Ryan's daughter... Sacrés films... (Dire que j'ai longtemps snobé David Lean, que je jugeais habile et insipide, ne sauvant guère que Lawrence d'Arabie... Je suis en train de me faire l'intégrale, découvrant notamment toute sa période anglaise, formidable... Quel style, ce David Lean...) Oui, c'est le même John Mills qui fera l'idiot dans la fille de Ryan... Il est... Autant Alec Guinness jouait et il pouvait tout jouer, à la limite parfois du cabotinage, même si j'aime beaucoup, autant John Mills était... Il est l'idiot dans la fille de Ryan... Il est le cordonnier d'Hobson's choice... Il est Pip dans great expectations... On ne le voit jamais jouer... Il incarne... Il est... Il ne se glisse pas dans la peau du personnage... C'est le personnage qui se glisse dans sa peau et l'habite...

vendredi 28 mai 2010

Je me souviens, mon père était dans le coma depuis le matin, j'étais resté jusqu'au soir à lui tenir la main. Quand il respirait, ça gargouillait comme un tuyau d'évier encrassé. Je lui parlais, lui caressais le front. Le soir, à un moment, j'ai eu besoin de changer d'air, ma mère a pris la relève, je suis allé dans le salon, j'ai commencé à regarder freaks, de Tod Browning. Quelle idée... freaks... Mon père était en train de mourir et moi je regardais freaks... Même si je ne le regardais pas vraiment... C'était une sorte de parenthèse, je me disais que dans cette parenthèse il ne pourrait rien arriver... Au milieu du film, vers les onze heures du soir, ma mère m'a appelé, j'ai mis le film sur pause : ton père est mort. (J'ai menti, parfois, après, en disant que j'avais été là, à son dernier souffle. J'ai même dû décrire l'instant avec beaucoup de précision, de réalisme.) J'aurais dû être là. Mais j'étais à côté. Je regardais freaks. Je suis entré dans la chambre. Y régnait un silence inhabituel, lourd. Tous les oiseaux qui, les derniers jours et même les nuits avaient piaillé parfois insupportablement, entassés dans les épais, sombres feuillages des vieux chênes, jamais il n'y en avait eu autant, des centaines, des milliers, on se demandait même si ce n'était pas seulement dans notre tête, s'étaient soudain tus. Il était tout figé comme une chose. Ses yeux étaient mi-clos, éteints. Je les ai fermés, comme j'avais vu faire dans les films. (Le lendemain, je les ai rouverts, pour voir... Ça ne se fait pas, je sais... Mais il le fallait... Quel effroi, sur le coup... En même temps, c'est la vie, la mort, l'œil qui s'est éteint... Animé de la même curiosité, mais aussi avec tendresse, j'ai touché le cadavre de mon père, tout mou quand on l'a lavé puis habillé, avec ma mère, puis comme une bête empaillée...) Ensuite, j'ai dû pleurer comme un nourrisson, en hurlant, vraiment, je me revois me revoir hurler comme si j'étais spectateur de moi-même et même doublement spectateur de moi-même, remontant dans ma chambre pour me jeter sur mon lit. Puis je suis redescendu, j'ai vu la fin de freaks, même si je ne l'ai pas vraiment vue. Il le fallait. Je ne saurais dire pourquoi. Mon père est mort en plein milieu de freaks, de Tod Browning. (Quel nom... Tod Browning...) La dernière chose que mon père a faite, avant de mourir? Il a fait la vaisselle. (Ma chambre était au dessus de la cuisine. Je l'ai entendu faire la vaisselle, tôt le matin, avant de me rendormir.) Comme tous les matins. Puis il a fait un brin de toilette, car c'était un homme très propre. Puis est allé se recoucher. J'ai souvent revu freaks. Le film où mon père est mort. Parfois même je l'ai revu un 15 juin, autour de 23 heures.

mardi 11 mai 2010

J'aime les grands films. Forcément David Lean. La fille de Ryan est une telle merveille. Du début à la fin. On pourrait se passer des paroles, ce serait un très grand film muet. Il n'y a pas grand chose à dire. Il y a tout à voir. La splendeur de cette scène est à couper le souffle. Comme la nature peut être belle. Comme faire l'amour peut être beau. On l'oublie, parfois. Alors qu'il suffit d'ouvrir les yeux. De sentir. Ce petit vent qui passe dans les herbes. Ce léger frémissement. Au début, Rosy n'est qu'une silhouette minuscule au bord de la falaise. Elle échappe son ombrelle. Son ombrelle tombe. Un idiot, en bas, sur la plage, la ramasse. (L'idiot, c'est moi, celui que la mariée n'a pas voulu embrasser.) Il est central, l'idiot. Sans lui, il n'y a plus rien, peut-être. Il est muet. (Comme le cinéma.) Il est le sosie inversé du fringant officier britannique. Il a la même claudication, marche dans ses pas comme son ombre. Et puis cette scène, dans les bois. Ils sont tout nus. C'est le cœur. Autour de ce cœur, ce sont des ondes. Comment était-il possible de faire d'aussi grands, d'aussi beaux films? Plus personne ne sait. Il y a comme un secret perdu, oublié. C'était encore le cinéma, en 1970, les derniers feux, le crépuscule. Alors c'était grand, très grand. Le cinéma, cette monstrueuse fabrique à rêves, devait s'immoler dans un dernier flamboiement. A la fin, elle embrasse l'idiot, enfin. Elle n'en a plus peur, du monstre. Peut-être même qu'elle l'aime. Oui, elle l'aime, tendrement. De tout son cœur, comme elle aimait l'autre de tout son corps. Il pleure. De tristesse, de bonheur. Elle disparaît. Tout est dit. C'est fini.

samedi 24 avril 2010

L'Aurore. C'est tout, il n'y a rien à dire de plus. Ça suffit amplement. Sunrise, a song of two humans. Un chant. Voilà. Alors, pourquoi les faire parler, puisque ça chante déjà? Ne risque-t-on pas de ne plus rien entendre? Non, il ne faut pas se fier à la photo, à ce que l'on voit. Ce n'est pas elle, le deuxième être humain du chant en question. Elle, elle n'est pas vraiment humaine, c'est la vamp, c'est la créature de la nuit, Nosferatu en femme. Là, il est en son pouvoir. Elle l'a envoûté. Murnau, pour moi, c'est l'héritier du romantisme allemand, Hoffmann, Chamisso et les autres. Autant chez Fritz Lang les contrastes entre le noir et le blanc me semblent très marqués, francs, les frontières entre le bien et le mal très tranchées, au scalpel, autant chez Murnau tout me semble incertain, inquiétant, mouvant, comme l'effet d'une respiration, d'une palpitation, d'un flux et reflux permanent. La lumière semble battre comme un cœur fragile dans l'eau épaisse et noire. Ce qui est blanc ne l'est jamais pour toujours. Les rivages sont sans arrêt recouverts et découverts par le flux et le reflux d'un épais, sombre océan. C'est une lutte permanente. Parfois, la lumière est à l'agonie. (Pendant des années, jusqu'à récemment, j'ai lutté, dans mes rêves, contre l'obscurité. Je me sentais comme agonisant. Mes rêves semblaient s'éteindre. C'était très angoissant. La lumière baissait, baissait, j'avais beau écarquiller les yeux... Fondu au noir... Dès le début du rêve, ça commençait, d'abord lentement, inéluctablement, le temps m'était compté... Plus j'en prenais conscience et luttais, plus ça s'accélérait... Puis, peut-être épuisé, j'ai accepté le néant, de disparaître dedans, de m'y abandonner... Peut-être même l'ai-je absorbé tandis qu'il m'absorbait, peut-être même suis-je devenu le néant... Un gouffre, sans fond, sans bords, une chute sans chute... Puis la lumière est revenue... Peut-être de la même façon, une fois, dans un torrent, j'ai été à un instant de me noyer, plaqué au fond comme une simple brindille, quand j'ai accepté la force du courant, de ne plus lutter, de m'y mêler, d'être lui...) Les étoiles finissent toutes, à un moment ou à un autre, par disparaître. L'image est vivante, vraiment vivante, elle respire, parfois difficilement, douloureusement, mais elle respire. Peut-être le plus grand poète du cinéma est mort au crépuscule du cinéma muet, à l'aurore d'autre chose. (Je pense aussi à Lon Chaney qui, en 1930, ironie cruelle, est mort des suites d'un cancer des cordes vocales.) Aurait-il survécu au parlant, Murnau, s'il ne s'était pas tué en voiture, en 1931, à 42 ans, une semaine avant la première de Tabu? Qu'aurait-il eu à dire? Je n'en sais rien. Personne n'en sait rien.