mercredi 6 janvier 2010

Parfois, je tombe sur une vieille photo que j'avais oubliée. (Et même trois...) Tiens, si je photographiais des flaques... je m'étais dit, un jour... Ce jour-là, j'étais à la terrasse du spleen, j'attendais pour visiter l'appartement où je vis aujourd'hui... Il est drôlement bien, ce bistrot, je m'étais dit, et puis cette rue... je m'y sens bien aussi... Comme tout est paisible... Et cette flaque, elle me plaît... je ne saurais dire pourquoi... Puis j'ai visité l'appartement... Tout blanc... Une lumière... De l'espace... Belle porte d'entrée... Belle vue sur les toits... Un grand évier ancien en émail... Un charme... C'était le dernier que je visitais, ma dernière chance de trouver un logement décent... pour Mouchette et pour moi... A une semaine près, je me retrouvais dans la rue avec mes cartons et ma minette, en plein hiver... On a tendance à oublier les galères... Cette flaque... je l'avais oubliée elle aussi... Dommage... Sans doute pour refouler l'angoisse de me retrouver bientôt à la rue, j'avais à ce moment-là fait le projet de photographier des flaques, des trottoirs humides, des reflets fantomatiques ou abstraits... Quitte à être dans la rue, autant y voir du beau... J'avais trouvé un garde-meuble... Des amis étaient prêts à m'héberger un moment... à me garder Mouchette... Puis, d'un claquement de doigts, l'angoisse a disparu... Alors, j'ai oublié mon projet de photographier des flaques...

lundi 4 janvier 2010

Un an après j'attends, on retrouve le juvénile Yujiro Ishihara et la sublime Mie Kitahara, dans rusty knife, de Toshio Masuda. Qu'elle était belle... Mie... On pourrait rester des heures à la regarder marcher, être assise, ou ne rien faire... Le même scénariste, Shintaro Ishihara, frère aîné du (jeune) premier. Du coup, on ne s'ennuie pas une seconde. On a en outre le plaisir de voir, dans un petit rôle, apparaître la future grande vedette de la Nikkatsu, icônisé par Seijun Suzuki dans la marque du tueur, Joe Hamster Shishido. On ne le voit pas longtemps. Il est jeté d'un train et écrasé par un autre. En 1958, on est encore un peu romantique, à la Nikkatsu, mais on sent venir la glorieuse décennie maniériste et abstraite du studio... Les prémices sont là... Le scénario est encore essentiel... Bientôt, ce ne sera plus qu'un prétexte, une toile plus ou moins vierge sur laquelle dégainer son pinceau...

dimanche 3 janvier 2010

Ore wa matteru ze (j'attends), de Koreyoshi Kurahara, est un petit bijou de film noir qui commence un peu comme un film réaliste poétique des années 30. Puis on glisse vers quelque chose d'autre. C'est un film singulier. La Nikkatsu ne produisait donc pas que des films de gangsters hyper-stylisés... où le revolver remplace le sabre du chambara. (Ici, les pistolets sont tout petits, ridicules. Tout se règle à mains nues, et de quelle façon... L'explication finale est formidable...) Peut-être parce que c'était à la fin des années 50 et que le style Nikkatsu, porté par les Takashi Nomura, Takumi Fukuhara et surtout Seijun Suzuki, ne s'était pas encore tout à fait affirmé... Ça donne envie d'en voir d'autres, des films de Kurahara... J'attends est son premier... C'est hélas le seul que l'on peut se procurer... Juste après, il a fait l'homme au milieu du brouillard, puis la femme qui vient du fond de l'océan... avec le même scénariste, Shintaro Ishihara... Ça fait envie... (Un éditeur intelligent et raffiné nous sortirait les trois dans un joli coffret cartonné...) Alors, il attend... Elle aussi, elle attend... Que faire d'autre?... A un moment, elle lui dit : "Tu es cynique!"... Ça m'a rappelé des souvenirs... Moi aussi, j'avais un rêve et j'ai beaucoup attendu et elle m'a dit que j'étais cynique... Cynique... A la fin, la chanson : "Au bout de la nuit... les étoiles disparaissent... l'une après l'autre... se perdent dans le ciel..."

samedi 2 janvier 2010

J'ai revu avec grand plaisir la trilogie samouraï d'Eiichi Kudo. Quels films magnifiques... Les onze guerriers du devoir est peut-être le plus poignant des trois, peut-être parce que c'est le dernier, comme un adieu donc, un crépuscule, on s'attarde plus sur certains personnages, il est peut-être un peu plus... sentimental... Chez Eiichi Kudo, on se traîne dans la boue, il y a du brouillard, des chevaux... Les samouraïs se battent comme des chiens enragés... On est loin du beau geste répété au dojo... Tuer n'est pas facile... Mourir non plus... Ça dure longtemps... Ça n'a rien d'artistique... C'est sauvage, brutal, il n'y a rien de sublime là-dedans... Mais comme la nature est belle... Dans le brouillard, au loin, on entend les sabots des chevaux qui approchent... C'est beau... Une femme se suicide pour donner du cœur au ventre à son samouraï de mari, qu'il n'ait plus rien à perdre... Un autre, avant de partir au combat, tue toute sa famille, tendrement... On peut considérer ces trois films comme des variations sur le même thème : ébranler le système en assassinant un grand seigneur inique, au sacrifice de sa vie... (Les 47 ronins serait le prototype, mais il ne s'agit plus ici seulement de laver l'honneur de son clan, même si l'on reste dans le cadre du Bushîdo, il s'agit aussi et peut-être surtout de révolution...) Pourquoi les samouraïs portaient de grands chapeaux? Pour cacher leur grande honte d'être des samouraïs, disait Kudo, issu lui-même d'une famille de samouraïs... C'est bien dommage que toutes ces merveilles du cinéma japonais ne soient distribuées qu'avec parcimonie...

mercredi 30 décembre 2009

Jirô Taniguchi m'émerveille et m'émeut. Je ne pensais pas qu'une BD un jour pourrait me faire un tel effet. Quartier Lointain est tout simplement stupéfiant. Je le savoure tout doucement. J'ai peur d'arriver à la fin. J'ai peur de savoir comment cela finira. J'aimerais que cela ne finisse pas. Comme c'est beau. Comme c'est simple... baigné dans une sorte de sérénité mélancolique. L'émotion est retenue, un peu comme chez Ozu et au bout d'un moment ça monte aux yeux. C'est bon. J'aime Taniguchi. Le premier que j'ai lu était l'homme qui marche. J'ai grandement été ému également par l'orme du Caucase... Et puis aussi par... J'ai toujours un manga de Taniguchi en attente d'être lu, caressé des yeux... Je ne me précipite pas, je ne le dévore pas, j'attends un peu, je tourne autour, le prends, le repose, le laisse dormir un peu, le reprends quelques jours plus tard, l'ouvre au hasard, le referme... non, ce n'est pas encore le moment... Il ne nous drague pas, Taniguchi, ne cherche pas à nous plaire, c'est ce que j'aime... C'est de l'amour... C'est pur... Ça fait un peu peur, d'y entrer, juste un peu, on a envie et puis on a un peu peur... un peu peur peut-être que ça gâche quelque chose, l'envie, le désir, le rêve, c'est idiot... Quand on est dedans, on n'a pas envie de tout découvrir d'un coup... On s'attarde sur une page... Bientôt, je les aurai tous lus... Je redoute ce moment... En même temps, je pourrai toujours les relire... Oui, mais ce ne sera plus jamais la même chose... Ce sera comme feuilleter un vieil album de photos... Mais je ne sais pas, en fait, comment ce sera... Serai-je troublé autant?...

mercredi 23 décembre 2009

Je croyais ne plus être très sensible au cinéma de John Cassavetes, mon idole de quand j'avais moins de trente ans. C'est sûr, ça ne me ferait plus le même effet, aujourd'hui, je me disais, j'étais jeune, je croyais que la vie c'était comme ça, ou plutôt que la vie se devait d'être comme ça, sinon à quoi bon... Be yourself!... Mais maintenant, toute cette hystérie, ce psychodrame permanent, non, je ne supporterais plus, ce n'est plus pour moi... je n'y croirais plus comme avant... Maintenant, j'ai envie de films posés, sobres, contemplatifs... Y en a marre des cris, des gesticulations, d'la caméra qui va dans tous les sens... Alors, j'ai revu une femme sous influence... comme ça, pour voir... Toute la dernière heure du film, je ne pouvais plus m'arrêter de pleurer... Pire que quand j'avais moins de trente ans... Et puis j'ai eu envie de revoir meurtre d'un bookmaker chinois... Oh là là... Alors, il a fallu que je revoie tous les autres... Je ne les avais jamais vus comme ça... C'était encore plus fort qu'autrefois...

mercredi 16 décembre 2009

Quel bonheur de pouvoir voir et revoir encore la mort aux trousses... Autour de minuit, l'envie me prend... Et je peux... Je l'ai... Je peux le voir autant de fois que je veux... Si j'avais su, quand j'avais dix ans, que j'aurais ce privilège... C'était le film qui suspendait le temps... C'était même un trou dans l'espace-temps... La vie, ce qui m'attendait, ne me réjouissait pas beaucoup... L'angoisse me nouait... J'avais parfois des crises terribles et je me roulais par terre en me tenant le ventre... (Un boyau qui se tord, disait le médecin de famille, qui était très gentil...) Mais là, pendant la mort aux trousses, tout disparaissait, j'étais happé... J'aurais aimé que ça dure l'éternité... Magie du cinéma... De ce film, en particulier, pour le gamin de 10 ans que j'étais, de 43 ans que je suis... La nuit m'appartient... Je n'ai plus ces angoisses de quand j'avais 10 ans, mais j'ai conservé le goût immodéré pour ce film... Je suis émerveillé à chaque fois au moins autant que la fois précédente... Quelle splendeur... Quel rythme endiablé... Et puis je ris, même si je connais toutes les répliques par cœur... (La scène dans l'ascenseur avec sa mère et les deux tueurs... juste m'en souvenir me fait glousser...) Et puis je suis toujours autant ému quand je vois Eva Marie Saint... Quelle grâce... J'en ai les larmes aux yeux, quand je la vois... La petite musique mélancolique de Bernard Herrmann, pendant les scènes d'amour... Comme c'est douloureux, au fond, l'amour, mon amour, comme si sa jolie main vous étreignait le cœur à nu, à vif, tendrement... Comme le technicolor était beau... Comme toutes les choses étaient belles, les voitures, les architectures, les compartiments de train, les robes d'Eva Marie Saint... Eva, qui s'appelle Eve, dans le film... Comme Cary Grant était drôle... Comme James Mason était fin... Comme Hitchcock était grand... Quel curieux mélange...

samedi 12 décembre 2009

Que dire alors de the crimson kimono? Tout comme dans pick-up on south street, Samuel Fuller, à un moment, s'est dit : Et si on lançait un chat dans le cadre? Il aimait bien, Samuel Fuller, lancer un chat dans le cadre, de temps en temps. C'est nerveux, un chat, c'est vif, toujours un peu sauvage, ça peut surprendre. Le tout, c'est de bien choisir le moment pour le lancer, le chat. On me dira que c'est anecdotique, voire en deçà, que c'est bien plus intéressant de parler d'amour, puisque ça parle d'amour, et de métissage culturel, et d'amitié, et de jalousie... Qu'il y en a toujours un qui reste sur le carreau... Et puis il y a un crime, quand même... Certes... Mais moi j'en reviens toujours au chat lancé dans le cadre, et aux travellings somptueux... Les scènes d'action, chez Fuller, c'est du jazz... J'aime tellement les travellings... Mais le chat, quand même, ça m'intrigue... Ce serait intéressant et rigolo de recenser tous les lancers de chat dans l'histoire du cinéma, peut-être même en faire une étude très poussée... Etait-ce l'accessoiriste, qui lançait le chat?... A-t-on souvent retourné la scène pour mauvais lancer de chat?... Y avait-il des chats spécialement affectés à ce rôle et qui auraient été ainsi lancés dans plusieurs films?... Tout comme dans underworld usa, tout comme dans pick-up on south street, il y a un personnage de femme mûre, qui a bien roulé sa bosse... C'est elle, qui a le mot de la fin : "Come on Charles, let's belt a few..."