mercredi 10 juin 2009

Je t'aime, je te tue. Paroxysme de duel in the sun. On croit longtemps que le fameux duel sera entre les deux frères, sortes d'Abel et Caïn, même si, dans cette histoire, c'est plutôt Caïn, qui a la faveur du Père, un père déboussolé, malade, paraplégique également dans son âme, que l'amour a rendu pleine d'aigreur et de haine... L'amour, c'est toujours le poison... Mais ce duel n'a lieu qu'à moitié. Le vrai duel, c'est entre elle et lui. Ils ne se tuent pas parce qu'ils s'aiment. Ils s'aiment parce qu'ils se sont tués. S'ils ne s'étaient pas tués, ils auraient sans doute continué de se chercher, se haïr, se mépriser, s'humilier... Ça a commencé dès qu'ils se sont vus... Deux bêtes sauvages, indomptables, tellement fières, blessées chacune à sa façon... Leur place n'est pas dans le monde... Ils seront toujours à la lisière... Ils en viennent à se tuer, croyant être animés par la haine... Leur amour n'a jamais su s'exprimer autrement... Il faudra qu'ils se tuent pour le réaliser... Elle rampe interminablement vers lui... Il a besoin de la voir, de la serrer dans ses bras, une dernière fois, mais en fait pour la première fois, la première vraie fois... Il n'y a que cet instant qui compte... Tout le reste est banni... Juste un instant, un baiser, une caresse... le premier baiser, la première caresse, même s'ils sont amants depuis toujours... Le dernier baiser, la dernière caresse... Elle rampe... Ça dure longtemps... Lui, il est trop amoché pour pouvoir la rejoindre... Il l'encourage... My love... Elle souffre... Il lui a toujours menti, mais cette fois elle le croit... C'est beau comme un calvaire... Il faut qu'elle y arrive... Même si ça ne dure qu'un instant?... L'instant, c'est l'éternité... Tout ce qui s'est passé avant, c'était un préambule... Tout sera lavé, dans l'instant, dans les larmes... Le bien, le mal, plus rien n'aura d'importance, tout sera unifié, Un... dans l'instant... sans regret, car il fallait en arriver là, à cet instant, quand les corps et les âmes, après avoir tellement lutté, se retrouvent enfin et se mêlent... sous le soleil... ou plutôt même dans le soleil...

jeudi 4 juin 2009

Il y a toujours quelque chose de mélancolique, dans les films de Billy Wilder. Une jeune femme un peu trop fine, un vieux Don Juan aux yeux de biche. J'ai vraiment compris pourquoi Audrey Hepburn me touchait à la fois tendrement et douloureusement depuis toujours, quand j'ai connu quelqu'un qui avait le même... problème, quoique dans un style bien différent... (D'ailleurs, c'est au cours de cette histoire, que j'ai appris qu'Audrey Hepburn avait ce problème... C'est par cette histoire que j'ai vraiment eu conscience de ce problème et que j'ai commencé alors à croiser beaucoup de femmes qui avaient ce problème... et ça me ramène alors toujours douloureusement, impuissamment, à elle... Quand je regarde cette photo, ce n'est pas seulement Audrey Hepburn que je vois, c'est elle... En plus, elle lui ressemble beaucoup, sur cette photo...) J'étais bien plus âgé qu'elle, un peu comme Gary Cooper dans Ariane (love in the afternoon), que je n'ai découvert qu'aujourd'hui. Je lui parlais parfois de Gary Cooper, d'ailleurs... que j'adore... Son côté féminin... (Dans Morocco, où il fait un légionnaire aux yeux de biche fardés comme ceux d'une princesse du désert, Marlène Dietrich est beaucoup plus virile que lui... Dans Désir, de Borzage, également...)... Je n'étais pas aussi vieux que Gary Cooper dans ce film... et je n'ai jamais vraiment été un grand séducteur aux yeux de biche... Mais je lui parlais de Gary Cooper... On se voyait souvent l'après-midi... J'ai le souvenir d'une sieste très agréable... (On dirait le paradis, elle a dit, ce jour-là...) J'avais acheté des films avec Gary Cooper, dans l'espoir qu'on les verrait ensemble... Des avec Fred Astaire aussi... (J'ai fini par les voir tout seul...) Un jour, je lui ai demandé de deviner à quel acteur on m'avait dit récemment que je ressemblais... Gary Cooper?... Pfff... Mais non, ne dis pas n'importe quoi... Gary Cooper, voyons, si je lui ressemblais ne serait-ce qu'un tout petit peu, tout serait sans doute très différent... Je me dis maintenant qu'elle ne le connaissait peut-être même pas, Gary Cooper... Ah... les jeunes, aujourd'hui... Parfois, dans mon cinéma, je discute cinéma... je me rends compte que certains ne connaissent même pas Gary Cooper... A quel acteur je ressemble? J'ai oublié son nom. Sérieux. Voyons... Non... ça ne me revient pas... Je vois sa tête, il est français, un poil plus vieux que moi... Mais le nom, je l'ai oublié... Je serais même incapable de dire dans quel film je l'ai vu... Il est assez banal je crois, le type qui passe un peu inaperçu... Je l'ai vu dernièrement dans un téléfilm pas si mal où il jouait un type qui disparaissait... Rien à voir avec Gary Cooper en tout cas... A la fin D'Ariane, j'étais tout remué... Comme elle est belle, Audrey Hepburn, quand elle court après le train... Mais je ne suis pas dans le train, hélas... C'est Gary Cooper, dans le train... Moi, je suis le type qui disparaît...

mercredi 3 juin 2009

Cet après-midi, je fumais une cigarette à la sortie du cinéma où je travaille, quand j'ai vu passer une jolie fille avec un pied tout tordu. Puis j'en ai vu une autre qui marchait avec les pieds à neuf heures quinze. Puis j'ai vu un type qui lui aussi avait un pied tout tordu. Tout ça en deux minutes. La jolie Suzanne (ah... si j'avais vingt ans de moins...) est sortie fumer sa cigarette elle aussi et je lui ai raconté ce que je venais d'observer, en essayant d'imiter les démarches, songeant pour l'occasion à Lon Chaney, mon maître en la matière. Suzanne m'a dit que j'imitais bien. Elle est gentille, Suzanne. Et elle sent bon. (Mais elle ne connaît pas Lon Chaney.) Plus tard, quand je suis rentré du boulot, j'ai encore croisé un jeune type qui traînait sa jambe derrière lui comme une branche morte. Demain, il faudra que j'en parle à Suzanne.

dimanche 17 mai 2009

Depuis tout petit, son truc à lui c'est les flingues. Il n'y a même que ça qui l'intéresse dans la vie. Il est fasciné par les flingues. Les tenir dans sa main, les tripoter, tirer avec. Il veut même y consacrer sa vie. Il n'y a que quand il décharge (son arme) qu'il se sent bien. Alors il tire. Il tire même très bien. Un jour, il tire sur un poussin, pour voir ce que ça fait. Le poussin est tué. L'enfant est traumatisé. Jamais plus il ne tirera sur un être vivant. Mais ça ne l'empêche pas de toujours aimer les flingues. En fait, il aime les flingues pour les flingues, c'est tout. Il aime tirer, mais il ne faut surtout pas qu'il y ait de conséquences. C'est un peu de la branlette, en somme. Il tire avec candeur, décharge même joyeusement et sans aucune culpabilité ni même l'ombre de quoi que ce soit de malveillant ou de pervers. C'est toute sa vie. Un jour, il rencontre une fille éblouissante, qui tire formidablement bien au revolver (L'aurait-il seulement remarquée sinon?) quoiqu'un peu moins bien que lui. Il n'est plus seul. Il est amoureux. Ils sont tellement beaux, tous les deux, ils sont vraiment faits l'un pour l'autre... Le destin les a enfin réunis... Maintenant, dans sa vie, il n'y a pas que les flingues, il y a aussi une fille, et quelle fille... Ils sont fauchés. Il est prêt à mettre ses beaux revolvers au clou, ce qu'il possède de plus précieux, sa passion. Il est prêt à faire des petits boulots, n'importe quoi, pour les faire vivre. Mais elle est ambitieuse, elle veut tout, everything... Elle ne veut surtout pas d'un raté, d'un pauvre type... Et puis, un flingue, ça ne sert pas seulement à tirer sur des bouteilles, il est temps de grandir, mon petit, tu ne vas quand même pas te branler toute ta vie... Elle sait, elle, à quoi ça sert, un revolver, et ce que c'est que l'amour... C'est une femme et lui c'est encore un gamin, elle va lui montrer, comment on fait... Lui, il ne désire que l'aimer, être avec elle... Quel idiot... Mais il est amoureux... Il fera n'importe quoi... quand elle le lui demandera...

samedi 2 mai 2009

Je suis toujours autant ému, quand je revois cheyenne autumn. Pour son dernier western, John Ford a vu les choses en grand, tourné en 70 mm, une distribution pléthorique, des paysages somptueux, cieux à couper le souffle. Un sergent d'origine polonaise dit qu'il est fier d'être dans la cavalerie, mais qu'il a honte d'être un cosaque. Je ne suis pas seulement ému par la tragédie de l'agonie de la nation Cheyenne. Je suis ému aussi car ce film pourrait avoir pour titre : Ford's autumn. Il sait que c'est son dernier western. C'est ainsi une sorte de testament. Une veillée funèbre. De première classe. Presque tout le monde est venu. Même ceux qui ne font pas vraiment partie de la famille, Karl Malden fantastique, Edward G. Robinson, qui, on imagine, n'a pu se rendre à Monument Valley, pour une raison ou pour une autre et il semble être là parfois en duplex... Ne manquent que John Wayne (mais son fils est venu... et Richard Widmark est parfait...) et Victor Mc Laglen et peut-être aussi Ward Bond, ces deux derniers étant morts depuis quelques années et je me souviens du juge, dans Sergeant Rutledge, je m'étais dit que c'était un rôle pour Ward Bond, je comprends maintenant pourquoi il ne l'a pas joué... On retrouve Ben Johnson chevauchant, comme à la grande époque, aux côtés de Harry Carey Junior et ils n'ont pas pris une ride. John Carradine nous régale, comme toujours, dans une formidable scène de comédie, aux côtés de James Stewart et Arthur Kennedy (le duo mythique de certains westerns d' Anthony Mann), Wyatt Earp et Doc Holliday d'opérette, antithèses des personnages ténébreux et romantiques de my darling Clementine. On se demande ce qu'elle fout là, cette scène, puis tout devient clair. John Ford se moque un peu de lui-même, de la légende qu'il a lui-même créée. Il nous dit ainsi que la légende de l'Ouest, toutes ces histoires de héros solitaires dégainant leur révolver, tout ça est bien dérisoire, pour ne pas dire ridicule, c'est même du toc, à côté de la tragédie véritable, le génocide des Indiens d'Amérique, les seuls authentiques Américains. Jean Renoir, qui s'y connaissait, en êtres humains, disait de John Ford qu'il était un roi. Je suis du même avis.

vendredi 1 mai 2009

Cimino, reviens!... (Après avoir revu la porte du paradis...) A une époque pas si lointaine, je m'en souviens, on attendait avec ferveur le prochain film de Michael Cimino. Il y avait eu the deer hunter, puis la porte du paradis, deux films extraordinaires, des films monde, énormes, crépusculaires, fin des années 70, début des années 80... Fin d'une époque. The end. En 85, je suis donc allé voir l'année du dragon, qui ne pouvait qu'être un nouveau chef-d'œuvre. Grosse déception, quand même, car ce n'était qu'un très bon film, comparé aux deux précédents. Puis, peu à peu, Cimino s'est éteint. Qu'attend-on, aujourd'hui, du cinéma américain? Michael Mann nous a pondu le formidable collatéral, voilà, un des films les plus mémorables de ces dernières années, mais qui n'est peut-être pas plus finalement qu'un sommet de virtuosité sans doute très melvillien, et juste après il nous a pondu un gros navet boursouflé à peine regardable. Scorsese est parti depuis bien longtemps à la pêche à l'oscar... Coppola a pris un coup de vieux... Lynch fait de la méditation transcendantale, ne s'est toujours pas remis de la vision de Persona d'Ingmar Bergman... Les jeunes?... Tarantino nous amuse un moment, nous donne surtout envie de voir les films qu'il recycle, souvent bien plus intéressants... Lodge Kerrigan, oui, par exemple, c'est monstrueux, mais pas franchement dans le genre fresque épique... Beaucoup de choses autrement qui sont déjà périmées en quelques années voire même en quelques mois, comme les ordinateurs, qui fonctionnent sur le coup, par des sortes d'effets de mode, qui manquent très vite de mémoire vive. Je m'ennuie, moi, aujourd'hui, au cinéma, je m'endors, souvent, je sais de quoi je parle, je suis projectionniste... La dernière fois, c'était dans la brume électrique, que j'étais pourtant impatient de voir, alléché par des critiques enthousiastes, me disant que Tavernier, grand et passionnant amateur de cinéma américain, se réaliserait peut-être enfin là-bas, mais je n'ai pas trouvé la brume très électrique, hélas et je me suis littéralement endormi, il faut dire aussi que c'était juste après un stage de quatre jours d'aïkido et que j'étais très... très détendu... A un moment, un mouvement de caméra m'a semblé tellement gratuit et mal fichu, un simple effet, que je me suis dit : là, j'ai le droit de me rendormir... Voilà le genre de films qu'on attend, aujourd'hui... Alors, quand j'ai le cafard, je revois the deer hunter, parfois aussi la porte du paradis. Parce que c'est grand, on se perd dedans, ça remue, c'est beau. Et puis il avait sa façon de prendre son temps... On n'est pas pressé, quand même, d'arriver au bout d'un film... Ce n'est pas une corvée... Plus c'est long, plus c'est bon, quand c'est bon, non?... C'était le rêve de D. W. Griffith, le père de John Ford et Raoul Walsh, de faire des films de dix heures, vingt heures... Ça n'a pas suivi... Pas de temps à perdre... Pas assez rentable... (C'est peut-être la télé, finalement, qui a réalisé le rêve de Griffith, avec certaines séries...) Cimino, lui, il s'en foutait, du temps que ça durait, et que ça prendrait à faire, et combien ça coûterait, et il avait bien raison... Et puis l'histoire, celle de son pays, il la voyait à sa façon, et il avait bien raison, d'autant plus qu'elle était sacrément belle, son histoire, pleine de bruit et de fureur, de tendresse aussi... Voilà, c'était du cinéma, du grand cinéma, le Paradis quoi... Depuis, on dirait que la porte s'est refermée...

jeudi 30 avril 2009

Dans ses films tardifs, John Ford a peut-être eu besoin de régler ses comptes avec l'Amérique blanche et son histoire. Lui qui passait pour un conservateur, voire un réactionnaire, était en fait tout le contraire. En tant qu'Irlandais, il s'était longtemps senti considéré comme une sorte de nègre blanc. Qu'il ait joué un cavalier du Klu Klux Klan dans naissance d'une nation ne voulait pas dire qu'il avait quoi que ce soit de commun avec ces gens-là, pas plus que Raoul Walsh n'a désiré assassiner Lincoln ni encore moins se casser la cheville en sautant du balcon du... Ford's theater, où Lincoln fut assassiné. Dans Cheyenne autumn, Ford ne parle de rien d'autre que du génocide des Indiens d'Amérique. Dans Sergeant Rutledge, nous n'assistons pas au procès du sergent noir, mais à celui de l'Amérique toute blanche. Quel est son crime, finalement? D'être de très loin le plus beau mâle, le plus bel animal, sans doute le plus secrètement et violemment désiré des femmes (ce qu'il était d'ailleurs dans la vie...) et pour cette raison la cible de la haine des petits blancs envieux. S'ensuit forcément un crime sexuel... (Woody Strode est magnifique. Quel dommage qu'il n'ait pas eu plus de rôles conséquents, car il déchirait l'écran, évidemment dans Spartacus, les quelques minutes du début de il était une fois dans l'ouest, inoubliables, quand il boit dans son chapeau... dans les professionnels...) Là, il n'est pas le bon nègre, à la limite du très gênant, comme dans l'homme qui tua Liberty Valance. Il n'est pas non plus un dangereux Black Panther. Il est pour l'intégration, tout en étant lucide. On ne se bat pas pour les blancs, mais pour notre fierté. Il est noble, courageux. A un moment, il hausse le ton et on sent toute l'indignation qui dormait en lui, toute l'émotion. Trop approcher une femme blanche est dangereux. Un jour, cela changera... Cela a-t-il changé? Considérons le pourcentage des noirs dans les couloirs de la mort... Ils ont maintenant un président noir? Attendons un peu pour voir... J'aurais aimé être dans une salle de cinéma, en 1960, quand Sergeant Rutledge est sorti, en Alabama ou même n'importe où en Amérique, même à New York la progressiste où, quand même, Miles Davis, qui était depuis longtemps un dieu vivant du jazz, fut sévèrement passé à tabac à l'entrée d'un grand hôtel juste parce qu'il n'était pas de la bonne couleur. Ce n'est pas le plus beau western de John Ford. Ses plus beaux, je pense à my darling Clementine, stagecoach, Fort Apache, il les avait faits depuis longtemps et n'avait plus grand chose à prouver. C'est juste qu'il fallait mettre les choses au point, une fois pour toutes, au terme de ce long chemin.

jeudi 9 avril 2009

Barbara Stanwyck et Fred Mac Murray formaient au cinéma un couple aussi magnétique pour moi et même plus que Gene Tierney et Dana Andrews. Dommage que (à ma connaissance) ils n'aient tourné que deux films ensemble, deux chefs- d'œuvre absolus, Double Indemnity, de Billy Wilder et there's always another tomorrow, de Douglas Sirk. Je ne me souviens autrement de Fred Mac Murray que dans la garçonnière, du même Billy Wilder, où il est également formidable, mais dans un second rôle. C'est aux côtés de Barbara Stanwyck (qui elle est toujours extraordinaire, je me souviens de la dominatrice bottée de cuir menant au fouet sa horde de cavaliers lubriques, transmutée en midinette dans forty guns, de Samuel Fuller, dans l'emprise du crime (the strange love of Martha Ivers), de lewis milestone, l'homme de la rue de Franck Capra, Pacific express de Cecil B. de Mille et tant d'autres merveilles...) qu'il devient vraiment inoubliable. Il est une sorte de golem, massif, inexpressif, une matière brute, minérale, elle lui insuffle la vie... Il y a vraiment quelque chose de poignant, là-dedans... (Ça me fait penser alors à Victor Mature, cet autre grand golem, tellement émouvant, quand il est bien dirigé... (my darling clementine, la proie, easy living, Ford, Siodmack, Tourneur...)). Barbara Stanwyck est une de mes actrices préférées, pas tellement pour le glamour, je n'ai jamais fantasmé sur elle, l'ai même parfois trouvée carrément repoussante, monstrueuse, car elle osait l'être, mais pour ce qu'elle a apporté à tous ces films qu'on ne pourrait pas imaginer une seule seconde sans elle, une sorte de générosité aussi qui faisait que son énorme talent irradiait son partenaire sans jamais le consumer. Je l'aime, en fait, Barbara, j'aimerais la prendre dans mes bras, et lui dire... Barbara... comme tu es... Barbara... regarde-moi ne serait-ce qu'un instant, pour que j'existe au moins un peu... Tu es monstrueuse, tu es belle, tu me fais peur, tu es tellement douce aussi, fragile, au fond, pathétique, Barbara, tu es malade, pourrie jusqu'à la mœlle, tu es très conne parfois aussi, tu es... Tout... Elle était le contraire d'une star obsédée par son image et qui ramène tout à elle. Je dis ça avec certitude alors que je ne connais pas du tout sa vie, n'ai jamais rien lu sur elle. Et c'est la vérité. Elle a rendu immortel un Fred Mac Murray qui autrement n'aurait été vaguement mémorable que dans des petits rôles. Dans Forty guns, elle est entourée, le plus naturellement du monde, d'acteurs de séries B et sa grande classe illumine leur jeu, ils ne sont jamais dans son ombre. Je n'en vois pas tellement d'autres, des stars hollywoodiennes comme ça. Qu'elle soit avec Gary cooper, un débutant nommé Kirk Douglas, ou un parfait inconnu, elle est grandiose. Avec Fred Mac Murray, c'est encore autre chose, dans ces deux films-là, c'est un vrai couple, tragique, et même fantastique... c'est tellement rare... Barbara et le Golem...