lundi 14 octobre 2013

Ah... Bibi Andersson... Les fraises sauvages... — Comme dans le septième sceau, c'est elle qui cueille les fraises sauvages... — Et Max Von Sydow, il est toujours chevalier?... — Non non... il est devenu pompiste... à peine plus qu'un figurant... — Un chevalier des temps modernes?... — Peut-être bien... — Mais il y a toujours les fraises sauvages... et Bibi qui cueille les fraises sauvages... — Oui... et Victor Sjöström qui se souvient... — De Bibi?... — Oui, de Bibi... Ce sont un peu ses madeleines, les fraises sauvages... La Mort approche, se précise... Il fait alors le bilan, son examen de conscience et d'inconscience... — Et alors?... — Une vie de merde... — Le même Sjöström qui a fait la charrette fantôme et le vent?... — Oui, le même... D'ailleurs, on pourrait mettre en parallèle les deux personnages qu'il joue dans la charrette fantôme et les fraises sauvages... Attends que mon âme soit arrivée à maturité pour venir la cueillir... — Un peu comme les fraises sauvages... — Oui... — Et les fraises sauvages, c'est quoi?... — La jeunesse... L'insouciance... Les regrets... — Elle ne l'aimait pas, Bibi, quand ils étaient jeunes... — Non, elle préfèrait son frère... — C'est son drame... — Ce ne serait pas celui-ci, ce serait peut-être un autre... Cette histoire de montre sans aiguilles, aussi... dans son rêve... — Celle de son père... — Oui, il me semble... — Il a raté sa vie... — Au contraire, il l'a réussie... Mais ça ne pèse rien, par rapport aux fraises sauvages et à la montre sans aiguilles... avec le regard — sévère — du père, peut-être... qui l'avait déjà jugé... avait peut-être aussi préféré son frère... — Ah... s'il avait eu Bibi... — S'il avait eu Bibi, il lui aurait sans doute pourri la vie... — Mais peut-être pas... — Peut-être pas... On ne saura jamais... Dans sa rêverie, elle lui tend un miroir : Regarde-toi... Il ne veut pas... Il a peur de se voir... De voir ce qu'il sait mais se cache à lui-même, qu'il n'est pas le type bien, aimable et désirable qu'il croyait et mettait en scène jusque dans ses souvenirs, mais un monstre de froideur et d'égoïsme... — Et la charrette fantôme vient le chercher à la fin?... — Non... il est juste dans son lit, tout seul, un vieillard, avec ses souvenirs, ses regrets, sa tête de con, sa vie de merde... Et c'est alors qu'on se met peut-être enfin à l'aimer, dans cette sorte de déchéance ordinaire... On a pitié...

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