jeudi 17 mai 2012

J'ai de moins en moins le souci de plaire. Ou alors je l'ai différemment, de façon moins consciente — car je suis toujours très conscient que mes gènes en appellent d'autres et parfois aussi répondent à d'autres. J'ai donc aussi de moins en moins le souci de déplaire, même si parfois je me plais à déplaire (tout comme à plaire) mais c'est bien plus je crois par amusement que par désir de plaire ou de déplaire vraiment. Les gens sont tant sérieux, à propos de tout et de rien, comme si leur vie en dépendait et c'est peut-être vrai que leur vie en dépend, leur vie telle qu'ils la vivent ou telle qu'ils croient la vivre et c'est bien triste alors. Ils savent ceci, ils savent cela, ignorent ceci, ignorent cela... Moi, je ne sais rien et par là même je n'ignore rien non plus... Ça peut sembler très prétentieux, ce qui n'est peut-être qu'une formule qui pour moi n'a pas plus d'importance que me gratter l'oreille... C'est que tout de suite on hiérarchise les phrases... Je me gratte l'oreille... Je ne sais rien et par là même je n'ignore rien non plus... On méprisera la première, jugée d'emblée vulgaire et froncera peut-être un peu les sourcils à la seconde car on estimera qu'elle s'adresse à une région plus haute de notre entendement, qu'elle pourrait avoir des répercussions ô combien plus profondes... Elle serait inscrite sur un fronton antique, elle aurait un impact différent que griffonnée sur un mur de latrines... Et pourquoi l'oreille et pas le nez?... Parce que l'oreille... Si j'avais voulu me gratter le nez, à ce moment-là, je me serais gratté le nez, c'est aussi simple que ça... C'était l'oreille... C'est à cause de l'olivier peut-être aussi... Voir son oreille m'a fait prendre conscience de la mienne... Je l'aurais vu bâiller, je me serais mis moi-même à bâiller... Je me disais, au début, qu'il avait tant de choses à me dire, l'olivier... Je me dis maintenant qu'il a aussi tant de choses à entendre... et me voici soudain intimidé... Je vois alors un cul, à gauche, un très beau cul... Elle est debout, les jambes croisées, me tourne le dos, derrière l'oreille... Quel cul magnifique... Elle sort peut-être de la salle de bain?... J'ai à peine le temps de voir son cul magnifique... Et puis elle disparaît... Elle était tellement pressée de disparaître... Elle avait tellement de choses à faire il faut dire... Mais quel cul magnifique... C'est gravé à jamais là, dans l'olivier... Je me dis alors que c'est peut-être ma vie que me raconte l'olivier... Peut-être alors que l'olivier c'est moi...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire